Текст книги "De bons présages"
Автор книги: Terence David John Pratchett
Соавторы: Neil Gaiman
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– Parfait. Avec un glaçon ? »
En fait, ce fut un gin, et il y avait des glaçons. Anathème, qui avait appris la sorcellerie sur le tas, désapprouvait l’alcool en général, mais n’y voyait aucune objection dans son cas particulier.
« Je vous ai parlé du Tibétain qui sortait d’un trou, au milieu de la route ? lui demanda Newt, en se détendant un peu.
– Oh, je les connais, dit-elle en brassant les papiers sur la table. Ils ont tous les deux émergé au milieu de ma pelouse, hier. Les malheureux avaient l’air complètement perdus. Je leur ai fait une tasse de thé, et puis ils m’ont emprunté une pelle et ils ont replongé. Je ne crois pas qu’ils sachent vraiment ce qu’ils sont censés faire. »
Newt se sentit légèrement ulcéré. « Comment saviez-vous que c’étaient des Tibétains ?
– Et vous ? Comment le savez-vous ? Il a fiait Ommmmm quand vous l’avez heurté ?
– Ben, ilc il avait une tête de Tibétain. Robe safran, crâne raséc vous savez, quoic tibétain.
– L’un des miens parlait très bien anglais. À ce qu’il m’a dit, il était en train de réparer des radios à Lhassa, et le voilà qui se retrouve tout à coup dans un tunnel. Il ne sait absolument pas comment il va rentrer chez lui.
– Si vous lui aviez dit d’aller jusqu’à la route, la soucoupe volante aurait pu faire un crochet pour le déposer, répondit Newt sur un ton morose.
– Trois extraterrestres ? Dont un petit robot métallique ?
– Parce qu’ils ont atterri sur votre pelouse, eux aussi ?
– S’il faut en croire la radio, c’est sans doute le seul endroit où ils n’ont pas encore atterri. Ils n’arrêtent pas de se poser partout dans le monde en apportant un petit message banal de paix cosmique, et quand les gens leur disent : « Oui, et après ? », ils les regardent sans comprendre et redécollent. Des signes et des présages, comme l’annonçait Agnès.
– Je suppose que vous allez me dire qu’elle avait prévu tout ça ? »
Agnès fouilla un classeur à fiches usagé en face d’elle.
« Je voulais tout mettre sur ordinateur, dit-elle. Procéder à des analyses statistiques du texte et tout ça, vous voyez ? Ce serait beaucoup plus pratique. Les prophéties sont rangées dans n’importe quel ordre, mais il y a des indices : l’écriture, etc.
– Elle a tout rédigé dans un classeur à fiches ?
– Non. Dans un livre. Mais jec euh, je l’ai égaré. Nous en avons toujours gardé des copies, bien entendu.
– Tiens ? Égaré ? fit Newt, tentant d’injecter un zeste d’humour dans la situation. Je parie que ça, elle ne l’avait pas prévu ! »
Anathème lui jeta un coup d’œil noir. Si un regard avait pu tuer, Newt aurait été étendu sur une table d’autopsie.
Puis elle poursuivit : « Mais nous avons établi une concordance impressionnante, au fil des ans, et mon grand-père a mis au point un système de références très utilec ah. Nous y voilà. »
Elle poussa une feuille de papier devant Newt.
3988. Quand hommes crocus viendront de terre et hommes verts des cieux, et point ne sçauront pourquoi, quand les barres de Pluton quitteront les ca ftels de la foudre, que parai ftront les continents engloutis, que Leviathan sera libre, que Bra fil verdiroit, que Troys s’assembleront et que Quatre se lèveront sur cavales de fer, je vous le dicz : la fin sera proche.
... Crocus = safran
(cf. 2003)c des extra-terrestresc ??c
parachutistes ?c
centrales nucléaires
(voir coupures de presse N‹ 798-806)c l’Atlantide, coupures 812-819c
Léviathan = baleine (cf. 1981) ?c L’Amérique du Sud est verte ?? 3 = 4 ? Trains (chemin de fer) (cf. 2675)
« Pour celui-ci, je n’avais pas tout compris à l’avance, reconnut Anathème. J’ai complété en écoutant les bulletins d’informations.
– Vous devez être redoutables pour les mots croisés, dans la famille.
– De toute façon, je crois qu’Agnès commence un peu à perdre pied. Ses histoires de Léviathan, d’Amérique du Sud, et ses trois et ses quatre pourraient s’appliquer à n’importe quoi. » Elle soupira. « Le problème, ce sont les journaux. On ne sait jamais si Agnès ne fait pas référence à un incident infime qu’on a pu manquer. Vous savez le temps que ça prend, de lire tous les quotidiens,chaque matin, jusqu'à la dernière ligne ?
– Trois heures dix minutes », répondit Newt, machinalement.
« Chuppose qu’on va avoir une médaille, déclara Adam avec optimisme. Tirer un homme d’une épave en flammes.
– Elle était pas en flammes, intervint Pepper. C’était même pas vraiment une épave quand on l’a remise à l’endroit.
– Oui, mais ça aurait pu, lui expliqua Adam. Je vois pas pourquoi on n’aurait pas de médaille, simplement parce qu’une bagnole est trop nulle pour prendre feu quand il faudrait. »
Ils étaient debout autour du trou, et regardaient à l’intérieur. Anathème avait appelé la police, qui l’avait attribué à un effondrement de terrain localisé, et ceinturé de cônes de signalisation ; c’était un trou très sombre et très profond.
« Ça pourrait être marrant d’aller au Tibet, fit Brian. On pourrait apprendre les arts martiaux, tout ça. J’ai vu un vieux film où y avait une vallée au Tibet, et tout le monde vivait des siècles et des siècles. Elle s’appelait Shangri-La.
– La maison de ma tante s’appelle pareil », signala Wensleydale.
Adam exprima sa dérision par un renâclement.
« C’est pas très malin de donner un nom de maison à une ville, dit-il. Pourquoi pas Sam Suffitouc ou Les lauriers-roses ?
– En tout cas, c’est mieux que Chamboula, répliqua Wensleydale.
– Shambala, corrigea Adam.
– Si ça se trouve, c’est le même endroit. Doit y avoir deux noms », dit Pepper, faisant preuve d’un sens de la diplomatie dont elle n’était guère coutumière. « Comme chez nous. Ça s’appelait Le Pavillon. Et puis on a changé le nom quand on a emménagé : on a mis Norton View .Mais on continue à recevoir du courrier adressé à Théo C. Cupier, Le Pavillon .Peut-être que c’est Shambala maintenant, mais que les gens l’appellent encore Les lauriers-roses. »
Adam jeta un caillou dans le trou. Il commençait à se lasser des Tibétains.
« Qu’est-ce qu’on fait, à présent ? demanda Pepper. Ils lavent les moutons, à la ferme de Norton Bottom. On pourrait aller les aider. »
Adam jeta un caillou plus gros dans le trou et attendit un bruit de chute. Il n’y en eut pas.
« Chais pas, dit-il avec un peu de hauteur. Je suppose qu’on devrait faire quelque chose pour les baleines, et les forêts, et tout.
– Quoi, par exemple ? » demanda Brian, qui avait un faible pour les activités ludiques accompagnant tout décrassage de moutons qui se respecte. Il entreprit de vider ses poches de tous ses paquets de chips et les jeta un par un dans le trou.
« On pourrait aller à Tadfield, cet après-midi et pas s’acheter un hamburger, suggéra Pepper. Si on est quatre à pas en acheter, ça fait des millions d’hectares de forêt tropicale qu’ils devront pas raser.
– Ils les raseront de toute façon, fit Wensleydale.
– C’est encore la matérialisme grasse, dit Adam. Pareil pour les baleines. C’est pas croyable, tout ce qui se passe. » Il regarda Toutou.
Il se sentait vraiment bizarre.
Le petit bâtard, remarquant qu’on s’intéressait à lui, se dressa sur ses pattes de derrière.
« C’est des gens comme toi qui bouffent toutes les baleines, le gronda Adam. Je parie que t’en as presque mangé une à toi tout seul. »
Toutou inclina la tête de côté et poussa un gémissement, tandis que l’ultime étincelle de sa nature satanique se méprisait pour une telle conduite.
« Ça va être un beau monde, quand on sera grand, dit Adam. Plus de baleines, plus d’air, et tout le monde en train de barboter parce que le niveau des mers aura monté.
– Alors, y aura que les Adantidais qui seront à leur aise, fit Pepper, joviale.
– Hmmm », répondit Adam qui n’écoutait pas vraiment.
Il se passait quelque chose dans sa tête. Il avait la migraine. Des pensées surgissaient sans qu’il les ait conçues. Une voix lui disait : Toi, tu peux faire quelque chose, Adam Young. Tu peux arranger ça. Tu peux faire ce que tu veux. Et ce qui lui disait ça, c’étaitc lui. Une partie de lui-même, enfouie très profond. Une partie de lui-même qui avait été rivée à lui toutes ces années sans qu’il remarque vraiment sa présence, comme une ombre. Elle lui disait : « Oui, le monde est nul. Il aurait pu être bien. Mais maintenant, il est nul, et il est temps d’y remédier. Voilà pourquoi tu es là. Pour tout réparer. »
« Parce qu’ils pourraient aller partout, continua Pepper en lui jetant un regard inquiet. Les Atlantidais, j’veux dire. Parce quec
– J’en ai marre, des Atlantidais et des Tïbétiens », trancha Adam.
Tout le monde le regarda. Ils ne l’avaient encore jamais vu comme ça.
« C’est bien joli pour eux, dit Adam. Tout le monde passe son temps à gaspiller les baleines, et le charbon, et le pétrole, et la zone et les forêts tropicales, et tout, et y aura plus rien pour nous. On devrait partir sur Mars et tout, au lieu de rester assis dans le noir et dans l’eau, pendant que l’air s’échappe. »
Ce n’était pas l’Adam que connaissaient les Eux. Ils évitèrent de se regarder. L’humeur de leur chef semblait soudain rendre le monde plus froid.
« Y m’semble », dit Brian, pragmatique, « y m’semble à moi que le mieux à faire, c’est d’arrêter de lire tous les trucs qui parlent de ça.
– C'est toi qui avais raison, l’autre jour, répondit Adam. On grandit en lisant des histoires de pirates et de cow-boys et d’astronautes et tout ça, et au moment où tu crois que le monde est plein de trucs géniaux, on te dit qu’en fait y a que des baleines crevées et des forêts abattues et des déchets radioactifs qui durent des millions d’années. Ça vaut pas la peine de grandir, si vous voulez mon avis. »
Les Eux échangèrent un regard.
Une ombre planait bel et bien sur le monde. Des nuées d’orage s’amassaient au nord, la lumière du soleil les teignait en jaune, comme si le ciel avait été peint par un amateur plus enthousiaste que doué.
« Y me semble qu’on devrait tout remballer pour recommencer à zéro », dit Adam.
La voix ne ressemblait pas à celle d’Adam.
Un vent âpre traversa les forêts estivales.
Adam regarda Toutou qui essayait de faire le poirier. Au loin, on entendit grommeler le tonnerre. Adam tendit la main et donna une petite tape distraite à son chien.
« Ça serait bien fait pour tout le monde si les bombes atomiques explosaient toutes et qu’on recommençait à zéro, mais en s’organisant mieux, cette fois, dit Adam. Y a des fois, je me dis que c’est ce que je voudrais qu’il se passe. Comme ça, nous, on pourrait tout remettre en ordre. »
Le tonnerre gronda à nouveau. Pepper frissonna. Ce n’étaient plus les palabres normales des Eux, ces rubans de Möbius qui aidaient à passer les heures calmes. Il y avait dans l’œil d’Adam une expression que sa camarade ne savait pas interpréter – ce n’était pas cette lueur quasi permanente témoignant qu’Adam avait le diable au corps, mais une sorte de morne grisaille qui était bien pire.
« Ben, nous, c’est pas sûr, risqua-t-elle. Je sais pas, passque si toutes les bombes explosent, on saute tous.
En tant que mère des générations à venir, je suis contre. »
Ils la regardèrent curieusement. Elle haussa les épaules.
« Et puis le monde sera envahi par des fourmis géantes », dit Wensleydale, nerveux. « J’ai vu un film là-dessus. Ou alors, tu te promènes avec des fusils à canon scié, et puis tout le monde a des voitures avec, vous savez, des couteaux et des fusils attachés dessusc
– J’empêcherais qu’il y ait des fourmis géantes et des trucs comme ça », répondit Adam, dont le visage s’éclaira d’horrible façon. « Et je ferais en sorte que vous ayez rien à craindre. Ça serait méchammentbien, non ? On aurait le monde entier à nous tout seuls. Non ? On pourrait se le partager. On pourrait jouer à des jeux vachement bien. On pourrait faire la guerre avec des vraies armées, et tout ça.
– Mais y aurait plus de gens, fit Pepper.
– Boh, je pourrais en faire d’autres, dit Adam sur un ton léger. Enfin, ça serait largement suffisant pour faire des armées. Par exemple, toic » il indiqua Pepper du doigt, et elle recula comme si l’index d’Adam avait été un fer chauffé à blanc « c tu pourrais avoir la Russie, parce que la Russie est rouge et que t’as les cheveux roux, tu vois ? Et Wensley aurait l’Amérique, et Brian, il peutc il peut avoir l’Afrique et l’Europe et, etc »
Malgré leur état de terreur croissante, les Eux accordèrent à cette proposition toute la considération qu’elle méritait.
« Heuc heuc », bafouilla Pepper, tandis que le vent qui montait faisait claquer son T-shirt, « je vc vois pas pourquoi Wensley aurait l’Amérique, lui, et moi, j’aurais que la Russie. C’est nul, la Russie.
– T’auras la Chine et le Japon, et l’Inde, dit Adam.
– Ça veut dire que moi, j’aurais que l’Afrique et un tas de petits pays idiots », intervint Brian, marchandant même sur l’extrême pointe de la catastrophe. « J’aimerais bien avoir l’Australie », ajouta-t-il.
Pepper lui donna un coup de coude et secoua la tête avec insistance.
« L’Australie, c’est pour Toutou », décida Adam, les yeux pétillant des feux de la création, « passqu’il a besoin de beaucoup d’espace pour courir. Et puis y a tous les lapins et les kangourous pour qu’il les pourchasse etc »
Les nuées s’étalaient vers l’avant et sur les côtés, comme de l’encre dans un récipient d’eau claire, avançant à travers les deux plus vite que le vent.
« Mais y aura plusde lapc » hurla Wensleydale.
Adam n’écoutait plus, en tout cas pas des voix extérieures à son crâne. « C’est trop le bazar, dit-il. On devrait recommencer. On sauve juste ceux qu’on veut et on repart à zéro. C’est le mieux à faire. Ça rendrait service à la Terre, quand on y réfléchit bien. Ça me met en rogne de voir comment tous ces vieux débiles gâchent toutc »
« C’est la mémoire, voyez-vous, expliquait Anathème. Ça marche pour le passé comme pour le futur. La mémoire raciale, je veux dire. »
Newt la regarda avec politesse, mais sans expression.
« Ce que j’essaie d’expliquer, poursuivit-elle avec patience, c’est qu’Agnès ne voyaitpas le futur. C’est juste une métaphore. Elle s’en souvenait. Pas très bien, évidemment, et le temps que tout soit passé au filtre de ce qu’elle comprenait, ça s’embrouillait un peu. Nous pensons qu’elle se souvenait surtout de ce qui allait arriver à ses descendants.
– Mais si vous devez aller à certains endroits et faire certaines choses à cause de ce qu’elle a écrit, et que ce qu’elle a écrit, c’est son souvenir des endroits où vous avez été, alorsc
– Je sais. Mais, euhc l’évidence montre que ça fonctionne de cette façon. »
Ils regardèrent la carte étalée entre eux deux. À côté, la radio murmurait. Newt était très conscient de la présence d’une femme assise près de lui. Conduis-toi comme un professionnel, s’enjoignait-il. Tes un soldat, oui ou non ? Oui, enfin presque. Alors, agis en soldat. Il réfléchit intensément pendant une fraction de seconde. Oui, enfinc agis en soldat bien élevé qui se conduit au mieux, quoi. Il se força à ramener son attention sur le sujet qui les occupait.
« Pourquoi Lower Tadfield ? demanda-t-il. Moi, je m’y suis intéressé à cause du temps. Un microclimat idéal, on appelle ça. Ça veut dire que l’endroit possède son propre beau temps. »
Il jeta un coup d’œil vers les carnets de notes d’Anathème. Il se passait vraiment des choses bizarres dans le coin, même sans tenir compte des Tibétains et des OVNIs qui semblaient infester le monde entier, ces derniers temps. Non seulement il régnait à Tadfield un climat sur lequel on pouvait régler son calendrier, mais la région résistait de façon remarquable au changement. Personne ne semblait rien y construire. La population paraissait très stable. On aurait dit que les bois et les haies étaient plus fréquents qu’il n’est commun, de nos jours. Le seul élevage en batterie qui opérait dans le coin avait fermé après une année ou deux, pour être remplacé par un éleveur de gorets à l’ancienne mode, qui laissait ses cochons s’ébattre dans les champs de pommiers et les vendait à des prix défiant toute concurrence. Les deux écoles locales semblaient poursuivre leur tâche sous couvert d’une benoîte immunité aux variations de la mode en matière d’éducation. Une autoroute qui aurait dû faire de la plus grosse partie de Lower Tadfield l’aire de repos du Joyeux Nourrain, sur la bretelle n‹ 18, avait changé de trajectoire dix kilomètres plus au sud, effectué un grand détour semi-circulaire et poursuivi son chemin sans remarquer l’îlot d’immuabilité rurale qu’elle avait contourné. Personne ne semblait vraiment savoir pourquoi ; un des géomètres concernés avait été victime d'une dépression nerveuse, un autre était entré dans les ordres, un troisième était parti à Bali peindre des femmes nues.
On aurait dit qu’une grande partie du XX e siècle avait déclaré ces quelques hectares Zone interdite.
Anathème tira une nouvelle carte de son fichier et la tendit de l’autre côté de la table.
2315. Certains di foientc
qu'Il viendrait de Londres ou de la Nouvelle Yorke, mais ils e ftoient dans l'erreur, car le lieu est Taddes Fild. Fort de son pouvoir il e ftoit tel suzerain en son fief, il divi foit le monde en quatre parts, il invoquoit l’orage.
c avec 4 ans d’avance
[Nouvelle Amsterdam jusqu’en 1664]c Taddville, Norfolkc
Taddesfield, Devonc Tadfield, Oxonc Fild. Fort de son pouvoir ilc !c Voir Apocalypse, e/toit tel suzerain en son C6, vlO fief, il divi/oit le monde en quatre parts, il invoquoit l’orage.
« J’ai dû compulser pas mal d’archives locales, dit Anathème.
– Pourquoi celui-ci est-il le n‹ 2315 ? Il est antérieur aux autres.
– Agnès était un peu désordonnée sur le chapitre des dates. Je ne pense pas quelle savait toujours très bien où se classaient les choses. Je vous l’ai dit, nous avons passé des éternités à mettre au point un système pour les mettre en ordre. »
Newt regarda quelques cartes. Par exemple :
1111. Et viendrait le grand Chien, et les Deux Puissances le guetteront en vain, car il alloit où e ftoit son maiftre, et point ne sçavent où ; et il le nommera selon sa vraie nature, et l’Enfer le fuira.
? Y a-t-il un rapport avec Bismark ? [AF Bidule, 8 juin 1888] ?
c ?... Schleswig-Holstein ?
« C’est d'une obscurité particulièrement impénétrable, même pour elle », commenta Anathème.
3017. Je voicz quatre Che-vaulchant, Ambassadeurs de la Fin, et les Anges de l’Enfer sont à leurs coftez. Et Troys se lèveront. Et Quatre et Quatre en femble seront Quatre, et l’Ange Noir reconnai ftroit sa défaite, pourtant, l’Homme e ftabliroit son duz.
Les Cavaliers de l’Apocalypse.
L'homme = Pan, le Diable (Les Procès en Sorcellerie du Lancashire, Brewster, 1782).
??
J’ai le sentiment que notre bonne Agnès avait abusé du jus de la treille cette nuit-là [Amulphe Bidule, 15oct. 1789]
Je partage cet avis. Nous ne sommes que de pauvres humains, hélas. [Miss O.J. Bidule, 5 janv. 1854]
« Belles et bonnesc Pourquoi belles ? s’enquit Newt.
– Bellesa le sens d’exactes ou de précises, répondit Anathème du ton las de quelqu’un qui a déjà donné cette explication. C’est un archaïsme.
– Mais enfin, quoic » fit Newt.
Il s’était presque persuadé que l’OVNI n’avait pas existé, que c’était forcément un effet de son imagination, et le Tibétain aurait pu être unc euhc il y réfléchissait, mais en tout cas ce n’était pasun Tibétain, et ce dont il était de plus en plus convaincu, c’est qu’il partageait la pièce avec une jeune femme très séduisante, et il avait bien l’impression de lui plaire, ou en tout cas de ne pas lui déplaire – une première incontestable pour Newt. Et, certes, les événements bizarres ne manquaient pas, apparemment, mais, en faisant un réel effort, en ramant pour conduire la barque du bon sens à contre-courant de l’évidence, il pouvait se convaincre que c’étaientc eh bien, des ballons-sondes, la planète Vénus ou une hallucination collective.
Bref, si Newt réfléchissait en ce moment, ce n’était pas avec son cerveau.
« Mais enfin, quoi, dit-il, la fin du monde ne va pas vraiment se produire, quand même ? Je veux dire, regardez autour de nous. C’est pas comme si on était en période de tension internationalec enfin, pas plus que d’habitude. Pourquoi ne laisserions-nous pas tomber tout ça etc oh, je ne sais pas, moi, on pourrait aller se promener, par exemple, je veux direc
– Vous ne comprenez donc pas ? Il y a quelque chose, ici ! Quelque chose qui affecte toute la région ! Ça a bouleversé tous les leys. Ça protège le secteur de tout changement ! C’estc C’estc » Encore une fois : cette pensée dans sa tête qu’elle ne parvenait pas, qu’elle n’avait pas l’autorisation d’empoigner, comme un rêve au réveil.
Les fenêtres tremblèrent. Dehors, un rameau de jasmin, poussé par le vent, commença à toquer avec insistance contre la vitre.
« Mais je n’arrive pas à le localiser, dit Anathème en se tordant les doigts. J’ai tout essayé.
– Le localiser ?
– J’ai essayé le pendule. J’ai essayé le thauodalite. J’ai des pouvoirs psychiques, voyez-vous. Mais on dirait que ça se déplace. »
Newt contrôlait encore suffisamment son propre cerveau pour être capable d’une traduction correcte. En général, quand quelqu’un disait : « J’ai des pouvoirs psychiques », cela signifiait : « J’ai trop d’imagination et pas assez d’originalité / je porte du vernis à ongles noir / je tiens des conversations avec ma perruche » ; mais quand Anathème le disait, on aurait dit qu’elle avouait une tare héréditaire dont elle se serait bien passée.
« L’Apocalypse se déplace ? demanda Newt.
– Nombre de prophéties disent que l’Antéchrist doit d’abord se manifester. Agnès parle de Il . Je n’arrive pas à le localiserc
– Ou la ,glissa Newt
– Quoi ?
– Cest peut-être une elle .On est au XX e siècle, après tout. Égalité de l’emploi.
– Je n’ai pas l’impression que vous prenez tout ça très au sérieux, dit-elle avec sévérité. Et d’ailleurs, on ne perçoit rien de mauvais ,ici. C'est ça que je ne comprends pas. Il y a juste de l’amour.
– Pardon ? »
Elle lui jeta un regard désemparé. « C'est difficile à expliquer. Quelqu’un aime cet endroit. Avec une telle intensité qu’il en abrite et protège chaque centimètre carré. Un amour profond, énorme, farouche. Comment quelque chose de mauvais pourrait-il commencer ici ? C’est le genre de ville où on aimerait élever ses enfants. C’est le paradis, pour les gosses. » Elle esquissa un sourire. « Vous devriez voir les gamins, dans le coin. Ils ne sont pas vrais ! Ils sortent tout droit des pages d’un vieil illustré ! Les genoux écorchés, les “super !” et les tirs en plein dans le millec »
Elle y était presque. Elle sentait la forme de sa pensée, elle gagnait du terrain.
« C’est quoi, cet endroit ? demanda Newt.
– Quoi ? » hurla Anathème tandis que le fil de sa pensée cassait net.
Le doigt de Newt tapota la carte.
« C'est marqué : Aérodrome désaffecté. Là, exactement regardez, à l’ouest de Tadfieldc »
Anathème exprima son mépris. « Désaffecté ? Qu’ils disent ! C’était une base d’avions de combat pendant la guerre. C’est la base militaire d’Upper Tadfield depuis environ dix ans. Et avant que vous ne posiez la question, la réponse est non. Je déteste cordialement toutes ces installations, mais le colonel est plus sain d’esprit que vous, et de loin. Bon sang, sa femme pratique le yoga ! »
Bon. À quoi pensait-elle ? Les enfants du coinc
Elle sentit le terrain mental se dérober sous ses pas, et elle retomba dans les considérations plus personnelles qui l’attendaient pour la retenir. Newt était plutôt sympa, en fait. Et si elle devait passer le reste de sa vie avec lui, ce ne serait pas assez long pour qu’il commence à lui porter sur les nerfs.
La radio parlait de forêts tropicales en Amérique du Sud.
De nouvelles forêts tropicales.
Il commença à grêler.
Des projectiles de glace déchiquetaient le feuillage autour des Eux pendant qu’Adam ouvrait le chemin qui descendait dans la carrière.
Toutou trottinait à leur suite, la queue entre les pattes, avec de petits couinements plaintifs.
C’est pas juste, songeait-il. Juste au moment où j’avais bien pigé la tactique pour les rats. Juste au moment où j’avais presque réglé son compte au fichu berger allemand d’en face. Et maintenant, Il va mettre un terme à tout et je vais me retrouver avec mes yeux luisants, à chasser les âmes damnées. Quel intérêt ? Elles ne se défendent pas, elles n’ont aucune saveurc
Wensleydale, Brian et Pepper n’avaient pas des pensées si cohérentes. Ils découvraient simplement que ne pas suivre Adam leur aurait été aussi impossible que de voler ; que résister à la force qui les poussait en avant ne les conduirait qu'à subir des fractures multiples aux jambes, et qu’ils seraient quand mêmecontraints à avancer.
Adam ne pensait à rien. Quelque chose avait éclos dans sa tête et y flamboyait.
Il s’assit sur la caisse.
« On sera en sécurité, ici, dit-il.
– Euh, hasarda Wensleydale, tu ne crois pas que nos parentsc
– T’inquiète pas pour eux, répondit Adam avec hauteur. Je peux en faire de nouveaux. Terminé, ces histoires d’aller au lit passé neuf heures. Tu devras plus jamais aller te coucher si tu veux pas. Laisse-moi faire et tout sera au poil. » Il leur adressa un sourire de dément. « J’ai de nouveaux copains qui arrivent, leur confia-t-il. Ils vont vous plaire.
– Maisc commença Wensleydale.
– Réfléchis juste à tous les trucs super qu’on pourra faire après, lança Adam avec enthousiasme. Tu pourras remplir l’Amérique de cow-boys et d’indiens tout neufs, et de policiers et de gangsters et de dessins animés, et de cosmonautes et tout et tout. Ça sera pas formidable ? »
Wensleydale regarda les deux autres avec une expression misérable. Ils partageaient une pensée qu’aucun d’entre eux n’aurait su vraiment exprimer en temps normal. Dans les grandes lignes, c’était qu’il y avait jadis eu de vrais cow-boys et de vrais gangsters, et c’était super. Et qu’il y aurait toujours des cow-boys et des gangsters pour de rire, et c’était super aussi. Mais de vrais cow-boys et gangsters pour de rire, qui étaient vivants et pas vivants et qu’on pouvait remettre dans leur boîte quand on en avait assezc ça ne semblait pas si super que ça.
Tout l’intérêt des gangsters, des cow-boys, des extraterrestres et des pirates, c’est qu’on pouvait arrêter de jouer à en être et rentrer à la maison.
« Mais avant, promit Adam d’un ton sombre, on va leur faire voirc »
Il y avait un arbre dans le centre commercial. Il n’était pas très gros, son feuillage était jauni et la lumière qu’il captait à travers les spectaculaires baies en verre fumé n’était pas du type dont il avait besoin. Il était plus drogué qu’un athlète olympique, et des haut-parleurs nichaient dans ses branches. Mais c’était un arbre et en fermant à demi les paupières, en le regardant au travers de la cascade artificielle, on pouvait presque croire qu’on regardait un arbre malade à travers une brume de larmes.
Jaime Hemez aimait déjeuner sous cet arbre. Le superviseur de maintenance l’engueulerait s’il s’en apercevait, mais Jaime avait grandi dans une ferme, une belle ferme, et il aimait les arbres. Il n’avait pas voulu partir à la ville, mais que voulez-vous ? Il n’avait pas un si mauvais travail, et son salaire atteignait des sommes dont son père n’avait jamais rêvé. Quant à son grand-père, il n’avait jamais rêvé d’argent. Avant d’avoir quinze ans, il ignorait même ce que c’était. Mais il y a des moments où on a besoin d’arbres. Le plus désolant, se disait Jaime, c’est que ses enfants grandissaient en ne considérant les arbres que comme du combustible, et que ses petits-enfants n’y verraient que de l’histoire ancienne.
Mais que voulez-vous y faire ? De grosses fermes remplaçaient désormais les arbres d’hier, des centres commerciaux remplaçaient les petites fermes du passé et des centres commerciaux remplaçaient les centres commerciaux précédents. C’était ça, l’ordre des choses.
Il cacha son chariot derrière le kiosque à journaux, s’assit furtivement et ouvrit sa boîte à casse-croûte.
C’est alors qu’il remarqua le bruissement, et un jeu d’ombres sur le sol. Il se tourna pour regarder.
L’arbre bougeait Il l’observa avec intérêt Jaime n’avait encore jamais vu pousser un arbre.
Le terreau, qui n’était guère qu’un amas de copeaux artificiels, bougeait vraiment, sous l’effet de racines qui se mouvaient sous la surface. Jaime vit une fine pousse blanche descendre l’escarpement de verdure et tâtonner à l’aveuglette sur le ciment du sol.
Sans comprendre pourquoi, sans le comprendre une seconde, il la poussa doucement du pied jusqu’à ce qu’elle soit à côté d’un interstice entre les dalles. Elle le trouva et s’y enfouit.
Les branches se tordaient en formes diverses.
Jaime entendit le chuintement de la circulation, au-dehors, mais n’y prêta aucune attention. Quelqu’un criait quelque chose, mais il y avait toujours quelqu’un qui criait, pas loin de Jaime, et souvent après lui.
La pousse exploratrice avait dû atteindre le sol sous le béton. Elle changea de couleur, s’épaissit comme un tuyau d’arrosage quand on ouvre l’eau. La cascade artificielle s’arrêta de couler. Jaime imagina des conduites brisées, obstruées par des fibres avides d’eau.
Maintenant, il pouvait imaginer ce qui se passait au-dehors. La surface de la rue montait et descendait comme une mer. De jeunes plants jaillissaient dans les fissures.
Bien sûr, se dit-il ; ils avaient du soleil. Pas son arbre. Tout ce qu’il recevait, c’était la clarté grisâtre qui tombait du dôme, quatre étages plus haut. Une lumière morte.
Mais que voulez-vous y faire ?
Eh bien, voilà ce qu’on pouvait faire :
Les lumières s’étaient éteintes, parce que le courant était coupé, mais il n’y avait que quatre étages à monter.
Jaime referma soigneusement sa boîte à casse-croûte et revint à son chariot, où il sélectionna son balai le plus long.
Les gens s’enfuyaient en masse du bâtiment, en hurlant. Jaime remonta paisiblement le courant, comme un saumon en rivière.
Un squelette de poutres blanches, qui, dans l’esprit de l’architecte, exprimaient sans doute on ne sait quelle idée dynamique, soutenait le dôme de verre fumé. En fait, c’était une espèce de plastique et il fallut à Jaime, perché sur une poutre adéquate, toute sa force et toute la puissance de levier qu’il pouvait obtenir grâce à son balai pour le faire craquer. Quelques bons coups supplémentaires le firent tomber en éclats mortels.








