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Le Voleur d'Or (Золотой вор)
  • Текст добавлен: 15 октября 2016, 03:23

Текст книги "Le Voleur d'Or (Золотой вор)"


Автор книги: Марсель Аллен


Соавторы: Пьер Сувестр
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Dans les ateliers, cependant, nul parmi les travailleurs de l’or ne prêtait plus attention à la féerie merveilleuse de cette richesse à la disposition de tous. Les ouvriers étaient blasés. Ils avaient si bien l’habitude de manipuler ainsi dédaigneusement cet or, qui servait cependant à leur payer chaque mois de chiches appointements, qu’ils trouvaient la chose naturelle. L’or n’était plus, en effet, pour eux qu’une sorte de matière première comparable à n’importe quel autre métal et qu’ils façonnaient avec indifférence, sans en éprouver le moindre vertige, sans en ressentir la moindre convoitise.

Ils se prêtaient, toutefois, volontiers aux précautions nécessaires pour éviter la perte de la poussière d’or, ils étaient eux-mêmes soigneux, et cela faisait que les ateliers de la Monnaie, somptueusement installés, pourvus de machines merveilleuses, semblaient en réalité, dès l’ouverture du travail, une grande ruche laborieuse où des abeilles poudrées d’or s’affairaient en silence.

La fabrication de la monnaie est un véritable travail d’art. Pour assurer l’exactitude des pièces, leur triage rigoureux, leur poids toujours égal, les plus grandes précautions sont prises. Des ingénieurs vont et viennent, jetant partout le coup d’œil du maître. Les machines spéciales sont l’objet de soins attentifs, et il n’est pas un détail, si petit soit-il, de la manutention qui ne fasse, chaque mois, l’objet d’une étude, d’un rapport particulier.

Dans ces ateliers d’un caractère tout spécial, cependant, une certaine émotion se manifestait ce matin-là, une heure après le commencement du travail. Deux ouvriers, deux frappeurs, qui surveillaient la marche d’un grand flanc chargé d’estamper les pièces de vingt francs, échangeaient des coups d’œil surpris.

– Qu’est-ce que c’est que ce monsieur qui s’balade ?

– Sais pas ! L’inspecteur principal l’a vu ?

– Non, il ne lui a pas encore parlé !

L’inspecteur principal de la Monnaie, M. Davout, était en réalité spécialement attaché à veiller au bon ordre, à la parfaite tenue de l’atelier. Comme les deux ouvriers échangeaient ces propos, il apparut précisément, brusquement sorti d’un petit bureau aux cloisons de verre installé au centre de l’atelier de la frappe.

M. Davout, à grands pas, se précipitait vers un personnage vêtu de noir, coiffé d’un melon, qui, les mains dans les poches, tranquillement, allait et venait, s’arrêtant devant les machines, et les regardant avec intérêt.

M. Davout eut un petit sourire, un salut courtois et s’informa :

– Pardon, monsieur, mais à qui ai-je l’honneur de parler ? Que faites-vous ici ?

Le monsieur vêtu de noir répondait au salut de M. Davout par une révérence non moins polie et ripostait d’un ton tranquille :

– Mon Dieu, monsieur, mon nom ne vous apprendrait rien, j’attends tout simplement monsieur le directeur et, en l’attendant, je me promène…

Cette réponse eut le don de stupéfier littéralement l’honnête inspecteur général.

Il y avait vingt ans, en effet, qu’il était à la Monnaie, qu’il y occupait ses fonctions, et jamais encore il ne lui avait été donné d’entendre une phrase si parfaitement ahurissante à ses yeux.

– Vous vous promenez ?… reprit-il.

Et il disait cela d’un ton qui marquait sa stupéfaction.

L’autre, cependant, continuait, toujours fort calme, et ne paraissait pas s’apercevoir de l’énormité de ses paroles.

– Je n’étais encore jamais venu ici. Vraiment, c’est très amusant de voir fabriquer la monnaie… Dites-moi, ces machines…

Il fut interrompu dans sa phrase par M. Davout. Celui-ci, en effet, muet de surprise tout d’abord, commençait désormais à retrouver son sang-froid. Il reprenait l’usage de la parole pour prononcer immédiatement :

– Monsieur, je regrette d’être obligé de vous avertir, mais cet atelier est rigoureusement interdit au public. Si vous attendez M. le directeur, il faut l’attendre dans son salon, mais pas ici. Voulez-vous me permettre de vous reconduire ?

Le personnage s’excusait d’un geste :

– Oh ! monsieur, faisait-il, ne vous donnez pas cette peine, je ne croyais pas que cet atelier était interdit au public, sans quoi…

Et, saluant M. Davout, il s’éloignait, cependant que l’inspecteur général, qui était fort aimé du personnel, se retournait vers les deux frappeurs et échangeait avec eux une remarque amusée :

– Eh bien, faisait-il, elle n’est tout de même pas ordinaire, cette affaire-là ! Voilà maintenant qu’on entre ici comme au moulin, et ce monsieur qui ne s’imaginait pas que l’atelier était interdit au public !… En vérité, c’est inimaginable… Je parierais que, sans s’en douter, il emporte au moins pour trois francs d’or dans la poussière de son pardessus.

Les ouvriers haussaient les épaules, n’attachant pas grande importance à l’incident. M. Davout continuait à tempêter quelque peu, puis regagnait son bureau de verre.

Or, comme l’inspecteur général allait reprendre place à sa table de travail et vérifier un document officiel dont on venait de lui annoncer la promulgation récente, il entendait ou croyait entendre quelques murmures de voix dans un atelier tout voisin, l’atelier des rogneurs.

– Ah ça, qu’est-ce qui se passe là ? dit M. Davout.

Et traversant l’atelier de la frappe, il entra chez les rogneurs.

Il y entra tout juste pour apercevoir le contremaître, un homme sérieux, posé, duquel, dans l’administration on faisait le plus grand cas, qui s’entretenait avec un monsieur en civil que, du premier coup d’œil, M. Davout reconnut être le visiteur qu’il venait d’expulser de l’atelier de la frappe.

M. Davout n’avança pas, se tint coi et prêta l’oreille.

– Mais, monsieur, protestait à ce moment le contremaître, l’atelier n’est pas public, que diable !… Comment se fait-il que vous soyez là ? D’où venez-vous ?

Le contremaître ne paraissait pas content, il interrogeait d’un ton un peu nerveux. M. Davout s’abstint encore plus soigneusement de paraître.

L’étranger s’excusait d’ailleurs avec une parfaite bonne grâce.

– Oh, pardonnez-moi, faisait-il, décidément, je ne commets que des erreurs. Précisément, je viens de l’atelier de la frappe, d’où l’on m’a également prié de me retirer. J’attends M. le directeur, je voulais regagner son antichambre, c’est en me trompant de chemin que je suis entré ici. C’est par ici, n’est-ce pas, qu’il faut passer ?

L’étranger faisait trois pas en avant, poussait une porte, mais s’arrêtait net, poursuivi par les exclamations furieuses du contremaître.

– Mais, ce n’est pas par là, monsieur ! criait en effet l’ouvrier. Vous vous trompez absolument de chemin. Vous entrez maintenant aux réserves d’or…

L’homme tourna sur lui-même et revint sur ses pas en riant.

– Allons ! faisait-il d’un ton bonhomme, il est dit que j’entrerai partout, ici !

Et, apercevant cette fois M. Davout qui le surveillait de loin, il s’excusait encore :

– Je ne peux pas retrouver mon chemin, figurez-vous.

– Je vais vous conduire, répliqua M. Davout.

L’inspecteur général, très froid, très net, ouvrit immédiatement une porte et fit passer devant lui l’extraordinaire visiteur.

– Venez, disait-il. Vous voyez que c’est excessivement simple. Vous êtes ici dans l’antichambre même de M. le directeur. L’huissier va revenir dans un instant, il vous introduira, vous n’avez qu’à vous asseoir ici en l’attendant et à rester bien tranquille.

– Merci, monsieur.

Le visiteur avait l’air de comprendre qu’on lui donnait ces conseils un peu à la façon dont on formule un ton impératif. Il répondait d’un ton sec, vexé lui-même sans doute. M. Davout n’insista pas, salua et se retira.

Une seconde plus tard, d’ailleurs, l’huissier réapparaissait dans la pièce. Il levait les bras au ciel en apercevant le visiteur, il remarquait familièrement :

– Ah, bien, qu’est-ce que vous étiez donc devenu ? Justement, je vous cherchais dans la galerie. Monsieur le directeur vous attend.

Le serviteur ouvrait une porte rembourrée, conduisait jusqu’à l’entrée d’un grand cabinet de travail le fâcheux curieux.

– Monsieur Mix ! annonçait-il d’une voix de stentor.

Et c’était en effet Mix, le policier qui avait offert ses services à Léon Drapier, qui venait voir le directeur de la Monnaie.

Celui-ci cependant s’était levé et accourait au-devant de son visiteur.

Léon Drapier était très pâle. Il avait la mine d’un homme qui, depuis quelques jours, se fait effroyablement du mauvais sang et balance entre les partis les plus désespérés.

– Ah ! je suis heureux de vous voir ! disait-il en serrant les mains de Mix. Je commençais à me demander si vous aviez oublié ce rendez-vous et si vous n’alliez pas venir…

Mix devait évidemment trouver la supposition plaisante, car, en écoutant Léon Drapier, un sourire passait sur sa physionomie.

– Allons donc ! faisait-il, je viens toujours aux rendez-vous que je donne et je suis l’exactitude en personne.

En parlant, il se débarrassait de son chapeau, de sa canne, il s’asseyait, prenait ses aises, se carrant dans un fauteuil.

– Par exemple, remarquait-il, j’avoue que je viens d’échouer lamentablement.

– Échouer !… en quoi ? fit Léon Drapier, tressaillant. Vous pensiez avoir une piste ?

– Non, confessa Mix. Mais je pensais pouvoir en chercher une. J’ai essayé de me faufiler dans vos ateliers, j’ai été repoussé partout.

Ce fut au tour de Léon Drapier d’avoir un sourire ironique.

– Cela ne m’étonne pas, protestait le directeur de la Monnaie. La consigne est sévèrement exécutée ici, et les étrangers n’ont aucune chance de pouvoir pénétrer dans les ateliers.

Mais cette déclaration paraissait ennuyer Mix.

– Diable ! faisait-il, c’est qu’il serait du plus haut intérêt que je puisse aller et venir sans éveiller les soupçons.

– Pourquoi donc ?

– Pour savoir, d’abord, ce que vos ouvriers disent, et ensuite pour enquêter !

En écoutant le policier, Léon Drapier pâlissait de plus en plus.

– Ah, l’abominable affaire ! murmurait-il. Combien je suis inquiet désormais…

Puis il se penchait vers M. Mix, et du ton dont on fait les confidences, il avouait avec peine :

– Vous voulez savoir ce que mes ouvriers disent ? Eh ! parbleu, je m’en suis assuré moi-même. Une chose abominable… Naturellement, ils se réjouissent de l’embarras où je me trouve ; ils estiment l’aventure très drôle et jugent cela plaisant !

Et comme si cette supposition lui eût paru particulièrement douloureuse, Léon Drapier assénait un violent coup de poing à sa table de travail.

– Je vous dis que j’en deviendrai fou…

M. Mix, cependant, à ce mouvement de colère se contentait d’éclater de rire.

– Mais non, mais non, protestait-il d’un ton bonhomme… Ne dites point de choses semblables !… Il ne faut pas vous frapper, que diable ! Vous verrez que je vous sortirai de toutes ces aventures.

Et comme Léon Drapier se taisait, M. Mix poursuivait :

– Vous avez confiance en moi, n’est-ce pas ?

– Dites que je n’ai plus confiance qu’en vous… articula le directeur de la Monnaie.

M. Mix reprit :

– Eh bien, votre confiance n’est pas mal placée ! Évidemment, je ne peux pas vous dire tout ce que je pense, mais enfin… enfin…

Et, tout en souriant, M. Mix, qui paraissait nourrir des pensées secrètes, affirmait :

– Tenez, je vous promets, moi, de vous tirer d’affaire. Êtes-vous content, maintenant ?

Léon Drapier ne paraissait, malgré tout, qu’à demi rassuré.

– Les apparences sont contre moi, soupirait-il.

Cela précisément ne semblait pas émotionner outre mesure le policier.

– Bah ! les apparences ! faisait-il, cela se change !…

Et comme Léon Drapier le regardait avec une émotion non dissimulée, M. Mix continuait, faisant évidemment preuve d’un extraordinaire sang-froid :

– C’est entendu, mon pauvre ami, que les apparences sont contre vous, mais c’est précisément parce que toutes les apparences vous chargent que je tiens votre innocence pour certaine. Or, du moment que je suis convaincu de votre innocence, je n’aurai aucun scrupule d’imposer ma conviction, le fût-ce par la force et par la ruse, au monde entier. Donc…

M. Mix s’interrompit, mais Léon Drapier le questionnait déjà :

– Donc ? faisait-il, qu’alliez-vous dire ?

M. Mix se leva.

– Donc, fit-il, en prenant son chapeau, nous changerons les apparences, et voilà tout…

Puis il interrogeait brusquement :

– Êtes-vous libre, ce matin ? Il faut que vous soyez libre.

Le directeur de la Monnaie était si bien affolé par les événements tragiques qui se déroulaient chez lui depuis quelque temps qu’il eut une réponse qui, en réalité, suffisait à prouver son inquiétude :

– Je suis certainement libre, déclarait-il, s’il le faut. Dans un cas pareil, on envoie tout promener.

– Naturellement, conseilla M. Mix. Eh bien, habillez-vous.

– Où allons-nous donc ?

Le policier Mix déclara froidement :

– Chez Paulette, chez votre ancienne maîtresse, chez cette malheureuse Paulette de Valmondois !

Vingt minutes plus tard, sans avoir trop eu le temps de se reconnaître et de réfléchir, Léon Drapier se trouvait dans un fiacre en compagnie de M. Mix, les deux hommes allaient rue Blanche.

Léon Drapier, toutefois, au fur et à mesure que la voiture avançait, manifestait de nouvelles inquiétudes.

– Mon Dieu, demandait-il, qu’allons-nous faire chez Paulette ? N’est-il pas très imprudent d’y aller ? Voyons, M. Mix, si jamais la police faisait une enquête et nous trouvait là ?

Mais à cette supposition, un sourire énigmatique passait sur le visage du détective.

– N’ayez aucune crainte, affirmait-il, cela ne se produira pas, d’ailleurs, je suis renseigné.

Une autre réflexion venait alors à la pensée de Léon Drapier.

– Comment ferons-nous pour entrer dans l’appartement ? interrogeait-il. Je n’ai pas les clefs de Paulette, et je pense qu’après le crime c’est la police qui les a emportées. Nous allons être à la porte.

M. Mix eut encore un sourire ironique.

– Bah ! nous verrons bien, répondit-il. Avec moi, vous savez, on ne reste pas à la porte…

Léon Drapier devait, en effet, s’en convaincre quelques instants plus tard. Le fiacre s’était arrêté rue Blanche, suivant les instructions du policier, deux numéros avant l’immeuble tragique.

Mix payait, affirmait à Léon Drapier avec une belle générosité que cela rentrait dans ses frais généraux, et qu’il le rembourserait à la fin de l’enquête, puis il donnait au directeur de la Monnaie ses dernières instructions.

– Inutile de risquer que l’on nous voie tous les deux. Entrez le premier, je vous rejoindrai dans une minute.

Quelques secondes plus tard, en effet, le policier rejoignait Léon Drapier sur le palier de l’appartement de Paulette.

Mix, en arrivant, posait sa main sur l’épaule du directeur de la Monnaie.

– Au fait, demandait-il, vous avez un revolver ?

– Oui, pourquoi ?

– Passez-le moi donc.

La physionomie de Léon Drapier marquait un tel étonnement, à cette demande, que le détective dut s’expliquer.

– Oh ! faisait-il, n’ayez crainte, ce n’est pas pour m’en servir, au contraire. Seulement, comme ce que nous allons tenter est quelque peu risqué et que nous sommes exposés à rencontrer quelque gêneur, j’aime autant que vous n’ayez pas d’arme sur vous.

Et Mix expliquait encore, goguenard :

– Vous êtes nerveux, impressionnable, vous pourriez vous émotionner, tirer sans le vouloir, et cela compliquerait singulièrement les choses…

Le revolver de Léon Drapier disparut dans la poche du détective qui était évidemment un homme prudent et devait conduire l’extraordinaire enquête qu’il menait suivant un plan bien arrêté.

Mix, d’ailleurs, ne perdait pas son temps.

À l’ébahissement de Léon Drapier, il sortait tranquillement de sa poche un petit outil dont l’acier miroitait.

– C’est une pince monseigneur, expliquait tranquillement le policier.

Il glissait l’instrument sous le vantail de la porte, effectuait une pesée, soulevait les targettes ; un instant plus tard, Mix ayant opéré avec une adresse de cambrioleur professionnel, les deux hommes étaient dans l’appartement de Paulette de Valmondois.

À ce moment, Léon Drapier questionna :

– Et que sommes-nous venus faire ici ?

– Rien, riposta Mix. Un tour… Nous sommes là, tout simplement, cher monsieur, pour changer les apparences, je vous l’ai dit.

Et Mix s’employait en conscience, en effet, à bouleverser ce qu’il appelait les apparences.

Il guidait Léon Drapier et lui faisait effectuer toute une série de besognes dont celui-ci était loin de soupçonner l’importance.

– Voyons, demandait le policier, vous écriviez à votre maîtresse de temps à autre ? Savez-vous si elle gardait vos lettres ? Savez-vous surtout où elle les mettait ?

– Ici, riposta le directeur de la Monnaie, dans ce petit secrétaire. Tenez, les voilà.

– Déchirez-moi tout cela, ordonna le policier. Jetez-moi tout cela dans la corbeille à papier.

Mix, quelques instants plus tard, demandait :

– Vous n’aviez pas, par hasard, des objets personnels, dans cet appartement ? des vêtements ? du linge ?

– Si, protesta Léon Drapier. J’ai un habit dans une armoire et quelques faux-cols.

– Brûlez ! Brûlez ! ordonna le policier.

Un feu flamba dans la cheminée ; quelques instants plus tard, Léon Drapier sacrifiait son habit.

Mix, alors, s’occupait à une autre besogne.

– Il serait fort intéressant, disait-il à son compagnon, que l’on pût imaginer un motif plausible au crime dont Paulette de Valmondois a été victime. Vous êtes au-dessus d’un vol, mon cher ami ; par conséquent, si l’on trouvait des traces de vol, cela certainement tendrait à vous innocenter. Savez-vous où Paulette mettait ses bijoux, son argent ?

– Dans l’armoire à glace, bégaya Léon Drapier.

– Fracturez-la ! Volez le tout ! Parbleu, vous rendrez au centuple ces choses à votre maîtresse lorsqu’elle sera rétablie !…

– Naturellement, concéda Léon Drapier.

Le directeur de la Monnaie, cependant, apparaissait quelques instants plus tard fort embarrassé lorsqu’il s’agissait d’écouter les conseils de Mix et, comme le lui avait enjoint le policier, de fracturer l’armoire à glace.

– Comment procéder ? demandait-il.

– Comme bon vous semblera ! ripostait le policier. Si je vous donnais des conseils, cela ne serait plus intéressant. La police devinerait un tour de main.

L’observation parut juste à Léon Drapier, qui s’escrima immédiatement contre l’armoire à glace et s’étant armé d’un fer à repasser, parvint à défoncer la porte.

– Mon Dieu ! murmurait de temps à autre le pauvre directeur de la Monnaie, quelle invraisemblable histoire !… Ah ! monsieur Mix, monsieur Mix, je me demande si vous me tirerez de là !

Une seule chose rendait d’ailleurs un peu confiance au directeur de la Monnaie. C’était précisément le calme profond de son compagnon, le sang-froid merveilleux dont semblait faire preuve le policier qui s’était chargé de l’innocenter.

Mix, les deux mains dans ses poches, allait et venait dans l’appartement. Il ne touchait à rien, mais il avait l’œil à tout. Et c’était perpétuellement des conseils qui ahurissaient Léon Drapier.

– Prenez donc ce vase de fleurs et jetez-le par terre ! Il faut que l’on croie à une lutte. Tiens, une idée… Brisez sur vos genoux cette petite chaise. Du diable si les magistrats devinent ce que cela veut dire !…

Mix poussait bientôt un véritable hurlement de satisfaction.

– Ah ! par exemple, faisait-il… quand je pense que nous allions laisser cela derrière nous…

Il agitait triomphalement un chapeau melon qu’il venait de trouver, entouré d’un scellé, sur la table de la salle à manger. Ce chapeau melon était marqué des initiales de Léon Drapier.

– C’est à vous ? interrogea le policier.

– Oui, répondit le directeur de la Monnaie. Je vous ai d’ailleurs dit que l’autre jour, dans ma précipitation à fuir, je m’étais trompé de chapeau. J’ai pris celui du bandit qui a dû tuer et j’ai laissé le mien…

Mix haussa les épaules.

– Cela ne va plus avoir la moindre importance, décidait-il.

Et le chapeau sauta dans la cheminée, où il brûla rapidement…

Léon Drapier cependant n’avait pas prévu le geste, et désormais tremblait d’effroi.

– Mon Dieu ! murmurait-il, que faites-vous là ? Ce chapeau était sous scellés, par conséquent…

– Par conséquent, quoi ?

– Par conséquent, la police s’apercevra qu’il a disparu !

Léon Drapier était très ému, Mix demeurait calme.

– Eh, je l’espère bien ! riposta le policier, qu’on s’apercevra de la disparition de ce chapeau !…

Puis, prenant le directeur de la Monnaie par les revers de son veston, il lui expliquait brusquement :

– Mais comprenez donc mon plan sapristi !… En ce moment, toutes ces affaires sont claires, et toutes ces affaires tendent à conclure à votre culpabilité. Bon, qu’est-ce que je fais, moi ? J’embrouille tout. Quand j’aurai tout embrouillé, il est évident que l’on ne comprendra rien à ce qui s’est passé. Et, quand on n’y comprendra plus rien, on ne pourra pas vous soupçonner…

Mix, en réalité, embrouillait en effet les choses de façon extraordinaire. Quelques instants plus tard, comme il indiquait à Léon Drapier qu’il était temps de se retirer si l’on ne voulait pas s’exposer à une rencontre avec la magistrature officielle, susceptible de venir perquisitionner à midi, Mix continuait :

– Et maintenant, toute la lyre !… Nous allons faire les traces d’un nouvel attentat !

Le policier allait cérémonieusement fermer la porte de la chambre de Paulette, puis il tirait de sa poche le revolver que lui avait confié Drapier et, tranquillement, lâchait cinq coups dans les battants de bois après s’être assuré toutefois que l’arme était de petit calibre et n’allait pas faire un bruit tel qu’on pût s’en émouvoir dans l’immeuble.

– Voilà ! déclarait alors Mix en se frottant les mains. Si maintenant la magistrature arrive à vous faire endosser la responsabilité de ce crime-là, je veux bien être pendu !…

Les deux hommes sortirent de l’appartement sans encombre, Mix était arrivé, habile d’une manière remarquable, à fermer la porte qui ne présentait même point de traces d’effraction.

– Où allons-nous, maintenant ? demanda Léon Drapier.

Le pauvre homme était toujours quelque peu ahuri.

L’extraordinaire enquête que venait de faire en sa compagnie le policier Mix avait achevé de lui faire perdre le peu de sang-froid qui lui restait. Il sursauta en écoutant la réponse du policier :

– Bon ! disait Mix, nous venons de régler une première affaire, nous venons d’embrouiller à merveille la tentative d’assassinat dont a été victime votre maîtresse ; reste encore le crime de votre valet de chambre. Nous retournons chez vous, cher monsieur, nous allons faire à votre appartement exactement ce que nous avons fait ici. Mêler tout, brouiller tout, rendre tout indéchiffrable !…

Léon Drapier, cependant, sursautait encore :

– Mais, protestait-il, cela n’est pas possible, à la fin !… Votre audace me bouleverse !… Monsieur Mix, vous ignorez que, chez moi, tout a été mis sous scellés, il y a les scellés sur la porte de la pièce où l’on a retrouvé le cadavre…

– Eh bien ? demanda Mix.

– Eh, bien, l’on n’entre pas !…

Mix, pour toute réponse, haussait les épaules, et fouillait dans sa poche de façon significative.

Il en tira une bande de toile, de la cire rouge, une sorte de cachet aussi.

– Les scellés, mon cher monsieur, expliquait Mix, cela s’enlève et cela se remplace. Vous voyez que j’avais prévu la difficulté et que j’ai le matériel nécessaire !

Mix éclatait d’un petit rire discret, probant témoignage de sa parfaite tranquillité d’âme, il frappait brusquement sur l’épaule du directeur de la Monnaie.

– Mais ne vous faites donc pas de mauvais sang ! affirmait Mix. Puisque je vous dis qu’on trouvera le coupable et que je vous sauverai !

Cet étrange et audacieux policier parlait avec un tel sang-froid, une si complète assurance que Léon Drapier finit par hocher la tête, répondant à voix basse :

– Ah ! monsieur Mix, cher monsieur Mix, je serais joliment content si vous pouviez dire la vérité, et je vous remercie de tout mon cœur de ce que vous faites pour moi !…




X


Au zanzibar

– Et alors, père Martin ? Quel numéro c’est-il, celui-là ?

– Comment, père Jules ! Vous n’le r’connaissez pas ? C’est le numéro quatre…

– Ah oui ! Celui que vous avez depuis six mois !…

– Celui-là même, père Jules. Et, entre parenthèses, j’espère bien l’garder six mois encore !

Jules, le facteur, en écoutant cette réponse, ne retenait pas un grand éclat de rire joyeux.

– Farceur !… faisait-il. Vous n’allez pourtant pas me jurer que vous pleureriez toutes les larmes de votre corps si le numéro quatre allait faire un tour au cimetière !…

L’idée devait être plaisante, car le père Martin éclatait de rire, d’un grand rire de brave homme.

– Ma foi, ripostait-il, le fait est que j’me moque pas mal qu’ils claquent, en général, mes numéros !… Mais en ce moment, tout de même, cela me ferait deuil de voir filer celui-là… L’Assistance devient d’plus en plus sévère, y a des tournées d’inspection, et j’ai comme une idée qu’y va falloir qu’on soit un peu sérieux dans le pays !

Il riait encore, puis il proposait :

– Un verre de vin, père Jules ?

– Si vous voulez, père Martin !

Le père Martin leva son énorme main calleuse et, d’une gifle formidable, éveilla l’attention du numéro quatre.

– Allez, ouste !… deux verres, et la bouteille ! Tu m’comprends, hein ? Tâche voir à filer droit !

Le numéro quatre était un garçonnet de six à sept ans qui avait bien la plus délicieuse figure que l’on pût imaginer. C’était un véritable chérubin à la chevelure blonde, toute bouclée, aux grands yeux bleus innocents, à l’air intelligent, qui sans doute eût été un charmant enfant s’il n’avait paru vivre perpétuellement dans une angoisse profonde, le bras à demi levé à la hauteur du visage, et cela pour éviter, autant qu’il le pouvait, les gifles, les taloches dont il était incessamment gratifié.

– Allez, file, numéro quatre !

Le père Martin commandait dur, et le numéro quatre n’avait garde de se faire répéter deux fois l’ordre.

Il disparaissait à l’intérieur de la maisonnette, courant aussi vite qu’il le pouvait, cependant que le facteur, s’adossant à une haie, soulageant un peu ses reins fatigués en déposant son énorme boîte à lettres, demandait d’une voix sympathique :

– Et ça va-t-il comme vous voulez, le commerce ? Ça rentre-t-y les échéances ?

– Peuh !… Vous savez… c’est bien aléatoire !

Le père Martin, désormais, faisait une moue désabusée, cependant qu’un pli soucieux barrait son front d’une ride de mécontentement.

– Pour ce qui est d’avoir des gosses, avouait-il, y en a ! Pour ce qui est de ne pas être trop embêté par l’Assistance, on peut reconnaître qu’on n’est pas trop embêté… Seulement, dame, voilà… C’est précisément tout de l’Assistance en ce moment qu’on a, et dame, ça ne paye pas gros !

Le facteur avait l’air de comprendre ces étranges paroles et hochait la tête d’un air entendu.

À vrai dire, le brave homme qui transportait les lettres dans la commune de Longjumeau ne pouvait pas ne pas comprendre. Il était forcément au courant du commerce qu’exerçait avec un rare bonheur le père Martin, et cela pour la bonne raison que tout le pays vivait d’un négoce semblable et tirait le plus clair de ses bénéfices d’une industrie des plus bizarres.

Depuis quatre ans, en effet, Longjumeau était devenu la patrie par excellence des nourriciers de l’Assistance. C’était à Longjumeau que l’Assistance publique recherchait de préférence les ouvriers, les campagnards susceptibles de prendre, moyennant finance, de jeunes pupilles qui n’étaient autres que les enfants trouvés ou abandonnés.

On vivait de cela sans honte à Longjumeau, on trouvait tout naturel d’élever quatre ou cinq petits déshérités, de les brutaliser au besoin, d’en tirer tout le bénéfice possible, puis encore de palper chaque mois, avec satisfaction, les sous, d’ailleurs chichement comptés, que payait l’administration de l’Assistance publique.

Cette industrie bizarre, cet extraordinaire commerce faisait en effet la fortune du pays. Non seulement ce négoce rapportait pas mal sans donner trop de peine à ceux qui l’exploitaient, mais encore il permettait de trouver une foule de ressources extraordinaires, irrégulières et rapportant fort à l’occasion.

On citait les Lombard, qui habitaient au bout du pays, sur la grand-route, et qui, chaque année, avaient un de leurs enfants écrasé par une automobile… Ils prouvaient facilement qu’il s’agissait, non pas d’un des pupilles de l’Assistance, mais bien d’un de leurs enfants à eux. Ils se lamentaient, ils se désespéraient, et les tribunaux, apitoyés, ne manquaient pas d’accorder de grosses indemnités !

Il y avait mieux et il y avait pis. Le cimetière s’était formidablement agrandi et la mortalité enfantine à Longjumeau était colossale. C’est que le fossoyeur, qui touchait trois francs pour creuser une tombe d’enfant, ne refusait pas, à l’occasion, de partager avec les parents ou surtout les nourriciers dont un des gosses venait brusquement de périr.

À tout cela, l’Assistance fermait les yeux, ayant la hautaine indifférence des administrations qui estiment faire tout leur devoir en laissant aller les choses, à la seule condition qu’elles sachent éviter les scandales par trop criards.

Le père Martin, toutefois, ne s’estimait pas encore satisfait.

– Ce qu’il y a de stupide, disait-il, cependant qu’il remplissait d’un gros vin rouge deux énormes verres que le numéro quatre venait d’apporter, ce qu’il y a de stupide, c’est que l’Assistance ne veut pas confier plus de sept pupilles au même nourricier ! Cela empêche de s’agrandir. On est toujours limité dans son gain et, d’autre part, s’il y a un gosse qui claque, le temps qu’on vous le remplace, sans que ça ait l’air de rien, on a vite fait de perdre un mois !…

Il parlait de cela comme d’une chose fort naturelle et le facteur lui-même, blasé sur le côté cynique du métier dont vivait le pays, hochait la tête.

– Moi, confiait-il, si j’étais pas dans l’administration, je ferais le même truc que vous… Seulement, rapport aux risques, au lieu de prendre des pupilles de l’Assistance, je tâcherais de m’faire confier des enfants de bourgeois. Ça paye mieux, d’abord, et puis il y a les carottes qu’on peut tirer à droite et à gauche… Le rapport est plus gros.

À cela, le père Martin répondait d’un haussement d’épaules :

– Peuh ! faisait-il, c’est bien possible, mais il y a joliment plus de peine aussi ! Avec l’Assistance, on est sûr d’être payé, tandis qu’avec les bourgeois…


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