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Le Voleur d'Or (Золотой вор)
  • Текст добавлен: 15 октября 2016, 03:23

Текст книги "Le Voleur d'Or (Золотой вор)"


Автор книги: Марсель Аллен


Соавторы: Пьер Сувестр
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Mais ce n’était pas l’audace qui manquait à Juve.

Le policier, d’ailleurs, n’avait-il pas quelque raison secrète pour agir ainsi ?

Juve n’était cependant pas homme à se risquer au hasard. Il n’était point homme non plus à reculer devant une tentative qui pouvait avoir des résultats profitables.

Juve, comme s’il eût fait la manœuvre la plus simple et la plus ordinaire du monde, s’avança jusqu’au bord de la berge.

À nouveau, il se laissa glisser au-dessus du fleuve, à nouveau il heurta du pied les vantaux de la porte.

Et la scène classique recommença.

– Qui c’est qu’est là ? répondait une voix à l’intérieur. Il n’y a plus une place, c’est complet !

– Complet à l’intérieur, c’est possible, répondit Juve, mais à l’impériale, c’est à volonté !

La porte de l’Enfer tourna, puis se referma sur Juve, qui pénétrait dans le repaire.

Une exclamation stupéfiée l’accueillit :

– Job Askings !… Comment ! c’est toi !

– C’est moi, dit Juve de son ton de voix tranquille. Est-ce que vous ne m’attendiez pas ?

Et, à ce moment, Juve s’applaudissait d’être revenu.

Ayant eu la pensée que Fantômas, qu’il avait rencontré au cours de la nuit de lutte, connaissait les Grouilleurs et peut-être bien leur commandait, Juve en effet n’avait pas été sans inquiétude en décidant de se rendre au bouge.

N’était-il pas à craindre, en effet, que Fantômas eût averti les extraordinaires individus ?

N’était-il pas possible qu’il leur eût confié la vérité, qu’il leur ait dit que Juve avait été parmi eux, qu’il leur ait appris que le personnage de Job Askings était en réalité joué auprès d’eux par le roi des policiers ?

Si Fantômas, par malheur, avait parlé, il était évident que Juve ne serait point sorti vivant de l’Enfer. Ceux-là qui étaient les ennemis de la police, qui avaient délégué cinq des leurs pour aller, sans motif, se battre contre les agents, n’auraient certainement pas fait grâce à Juve !

Mais il était certain aussi que si Fantômas n’avait point parlé, Juve avait peut-être bien des choses intéressantes à apprendre de ces misérables.

C’était sans doute pour cela que Juve s’était rendu chez les Grouilleurs.

– Est-ce que vous ne m’attendiez pas ? demandait-il.

Le vieux chef, qui s’était levé pour avancer à la rencontre du policier, se courba littéralement en deux !

– Si fait, répondait-il d’une voix calme, et sans le moindre étonnement, je t’attendais, moi, Job Askings ! Je n’oubliais pas, en effet, que j’avais un dépôt à te rendre…

À ce moment, Juve tressaillit.

Il avait complètement oublié, en effet, qu’il avait confié aux Grouilleurs une enveloppe bourrée de vieux papiers qui devait soi-disant contenir une liasse de cinquante billets de mille francs.

Juve l’avait oublié, mais les Grouilleurs s’en souvenaient.

Le policier fut fort ému de l’aventure.

– Sapristi, pensa-t-il, très étonné, on se croirait chez les plus honnêtes gens du monde !… D’autant plus qu’à coup sûr ils n’ont pas ouvert l’enveloppe, car, s’ils l’avaient ouverte, ils se seraient aperçus que je me suis moqué d’eux et, certainement, j’aurais à m’en repentir !

Le vieux chef, toutefois, s’était reculé. Il fouillait désormais dans la paillasse, il en tirait une enveloppe qu’il tendait à Juve.

– Voilà ton dépôt, disait-il, je suis heureux de te le remettre intact. Tu peux compter si tu veux…

Mais Juve refusait, et pour cause.

– J’ai confiance en toi, dit-il, les pègres comme nous ne se volent pas…

– Tu l’as dit ! fit le vieillard.

L’Enfer était, ce soir-là, presque solitaire.

Juve, qui continuait à regarder curieusement le repaire, notait qu’il s’y trouvait fort peu de bandits. Les autres étaient sans doute en expédition, Juve interrogea :

– Au fait, comment s’est terminée la bagarre de l’autre jour ?

Juve interrogeait le chef, curieux de connaître la sincérité dont il pouvait faire preuve. Juve savait fort bien, en effet, comment l’échauffourée avait pris fin. Il s’était renseigné à ce sujet dès le lendemain à la préfecture, où nul n’avait pu croire ni même soupçonner qu’il avait joué un rôle dans l’affaire ; il parlait donc simplement par véritable curiosité.

Le vieux chef, pourtant, en écoutant la question de Juve, avait douloureusement tressailli :

– Ce fut une terrible aventure ! déclarait-il. Trois des nôtres ont été poissés ; seuls mon fils et l’un de mes compagnons ont pu regagner l’Enfer !…

Le vieillard, ayant dit, se taisait quelques instants, comme écrasé sous le poids de ses réflexions.

– Ah ! la rousse ! la rousse ! déclarait-il soudain avec une expression de sombre énergie, comme je la hais !… Comme je voudrais m’en venger !

Il grinçait des dents désormais, il serrait les poings, subitement porté au paroxysme de la colère.

– Tu la hais ? demanda encore Juve. Pourquoi ? Elle ne te fait point de mal, puisqu’en somme elle vous laisse la paix à toi et à tes compagnons…

Or, à cette simple réponse de Juve, le vieillard haussait les épaules.

– La rousse ne me poursuit pas, oui, c’est vrai, disait-il, mais c’est parce qu’elle ne connaît pas l’existence de l’Enfer.

À ce moment, Juve voulut au hasard tenter une enquête.

– C’est toi qui le dis, fit-il ironiquement. Mais crois-tu qu’aucun inspecteur de la Sûreté ne soit en mesure de dénoncer l’existence de ta bande ?

– Non, répondait le vieillard ; la rousse n’hésiterait pas sans cela, et d’ailleurs j’ai des renseignements qui me prouvent que personne ne soupçonne cet égout.

À ce moment, Juve tressaillit.

À quels renseignements faisait allusion le Grouilleur ? Qui pouvait l’avoir documenté ?

Juve n’eut pas besoin de questionner encore.

Le maître de l’Enfer ajoutait en effet :

– C’est Trois-et-Deux qui me l’a dit !

Et Juve, qui ne connaissait pas Trois-et-Deux, nota ce nom, tout en se promettant d’en tirer parti.

Un quart d’heure après cependant, Juve, qui s’était assis sur la paillasse, s’entretenait encore amicalement avec le chef des Grouilleurs. Celui-ci, qui était toujours persuadé qu’il avait affaire à Job Askings, c’est-à-dire au Roi des voleurs, traitait son hôte avec un visible respect, avec une correction parfaite.

Juve, de son côté, ne se sentait point le courage de brusquer le vieil homme. Juve était trop honnête, trop philosophe aussi, en effet, pour n’avoir pas été frappé par l’extraordinaire probité dont le Grouilleur avait en somme fait preuve en sa faveur.

Ne venait-il pas de lui rendre une enveloppe où soi-disant il y avait cinquante mille francs d’enfermés ?

Cela faisait penser à Juve que tout bon sentiment n’était pas mort dans l’âme du bandit qu’il entretenait.

Ce chef, qui était capable d’un tel acte de probité, ce chef-là était « quelqu’un » et intriguait de plus en plus Juve, de plus en plus lui devenait sympathique.

La misère des Grouilleurs paraissait d’ailleurs à Juve comme effroyable de plus en plus. Les premières fois, en effet, où le policier s’était introduit dans le repaire, il avait alors éprouvé trop d’émotions diverses, trop de surprises multiples pour pouvoir bien examiner les lieux.

Rien ne l’en empêchait ce jour-là. Juve examinait donc avec des regards d’épouvante le souterrain si pauvrement aménagé où cantonnaient ces hommes qui étaient des bandits et qui avaient respecté son dépôt.

– Les étranges individus ! pensait Juve.

Mais, en vérité, le policier ne s’était pas rendu à l’Enfer simplement pour s’apitoyer ou s’étonner à propos de l’honnêteté des Grouilleurs.

Juve, en réalité, avait un peu espéré qu’il rencontrerait là ce Fantômas qu’il poursuivait depuis toujours et qu’il espérait bien enfin dompter, abattre, vaincre.

La vue du repaire vide, ou presque vide, le désillusionnait.

Fantômas, sûrement, n’était pas dans le bouge à cette heure ! Il était probable même qu’il n’y viendrait pas, car si les Grouilleurs étaient dehors, c’était qu’ils étaient partis en expédition, c’était qu’ils effectuaient une quelconque de leurs terribles et sinistres besognes.

Juve songeait déjà à se retirer et venait de se lever, lorsque le chef l’arrêtait d’un geste :

– Écoute, Job Askings, déclarait le vieillard, j’ai une grâce à te demander.

– Laquelle ? fit Juve assez surpris.

– J’ai une prière à t’adresser, reprenait le chef, et je te l’adresse de tout mon cœur, de toute mon âme, en toute humilité.

– Parle ! fit encore Juve.

Mais ce début était si extraordinaire que Juve, à cet instant, fronçait les sourcils, se demandant s’il ne cachait point quelque piège, s’il n’allait pas apprendre quelque terrible nouvelle.

Le chef dit, baissant la voix :

– Je voudrais te parler, mais te parler seul à seul. Ici, mes compagnons nous écoutent. Veux-tu venir ?

Le vieillard faisait un pas vers le fond du souterrain. Juve tressaillit plus encore.

– Ah çà, il veut m’entraîner !… Est-ce que, par hasard… ?

Et Juve songea qu’il était peut-être victime d’une extraordinaire et savante comédie.

Qui prouvait que les Grouilleurs, en effet, n’avaient pas été prévenus par Fantômas ?

Qui prouvait qu’ils n’avaient pas vérifié le contenu de l’enveloppe bourrée de papiers quelconques ?

Peut-être l’avait-on bien reçu pour endormir sa méfiance !…

Peut-être le chef inventait-il le prétexte d’une confidence tout simplement pour mieux endormir encore ses soupçons, le conduire au fond de la caverne, et là, certain qu’il ne pourrait se défendre, certain que ses cris et ses appels ne pourraient être entendus, le faire égorger, le faire abattre comme un chien !…

Juve, en un instant, songea à tout cela. Il rougit cependant de honte.

– Mon Dieu, pensa Juve, ces pensées qui me viennent à l’esprit ne sont guère dignes de moi !… Les Grouilleurs, après tout, ont été fort honnêtes à mon égard, je n’ai pas le droit de les accuser de bassesse.

Et, réellement victime d’un point d’honneur que son intelligence condamnait, Juve accepta.

– Je te suivrai où tu voudras, chef. Allons causer où bon te semblera !

– Viens, Job Askings ! dit le vieillard.

Les deux hommes longèrent l’égout, le vieillard guidait Juve et menait le policier à une sorte de renforcement qui avait toutes les apparences d’un cachot.

– Allons ! je suis joué ! pensa Juve.

Et le policier songeait que son browning comportait tout juste six balles, que lorsqu’il aurait tiré ces six coups il serait désarmé, à la merci de ceux qui allaient se jeter sur lui…

Or le chef, entré dans la pièce derrière le faux Job Askings, ne faisait nul mouvement inquiétant. Alors que Juve s’attendait à le voir brusquement appeler, alors qu’il se préparait à voir surgir une bande de Grouilleurs prêts à faire bon marché de sa vie, Juve voyait au contraire le vieillard frémir, joindre les mains dans un geste de supplication.

– Je suis pauvre, déclarait le chef des Grouilleurs ! Je suis très pauvre, Job Askings, et ce que je vais te demander, c’est la richesse…

– Parle ! répéta Juve.

Mais cette fois encore le policier s’inquiétait.

Il se rappelait parfaitement qu’il avait annoncé aux Grouilleurs qu’il avait du « pèze », qu’il y avait cinquante mille francs dans l’enveloppe qu’il leur avait confiée. Sans doute, on allait lui demander quelque argent !…

Et Juve, qui possédait tout juste quelques billets de cent francs sur lui, songea encore une fois qu’il allait être pris de court.

Le chef des Grouilleurs pourtant, ne semblait nullement songer à demander l’aumône.

Il continuait d’une voix basse et d’une voix fière aussi :

– C’est bien la richesse que je vais te demander ! Job Askings ! je ne vais pas te la demander pour moi, je vais te la demander pour mon fils. Tu m’écoutes ?

– Je t’écoute ! dit Juve.

Le chef des Grouilleurs reprit :

– Je sais, Job Askings, que tu es en Angleterre le plus grand des pickpockets. On t’appelle le Roi des voleurs, comme on appelle Fantômas le Roi du crime. Il n’est rien de difficile pour toi, il n’est rien qui soit trop délicat pour ton audace. Tu peux tout ! Tu réussis tout ce qu’il te plaît d’entreprendre… Eh bien, Job Askings, voilà ce que je veux te supplier de m’accorder : mon fils est courageux, adroit, pourtant, il ne saurait prétendre à t’égaler, même de loin. Veux-tu être son maître ? Veux-tu lui donner des leçons ? Veux-tu lui apprendre ta manière ?… Veux-tu être son chef ?

Et certes, à cet instant, Juve pensait à la fois éclater de rire et crier de stupéfaction.

Ah ! vraiment, la requête qu’on lui adressait à lui, Juve, qui était le roi des policiers, était plus qu’extraordinaire !

On lui demandait de dresser un voleur !… On le suppliait d’apprendre à un novice quelques-unes des façons ingénieuses dont il convient d’opérer pour dépouiller les passants !…

– Sang et tonnerre ! grommela Juve, comme ce pauvre vieux bonhomme place drôlement sa confiance !…

Cela le faisait sourire, mais cela l’inquiétait aussi pourtant.

Juve prit une seconde pour réfléchir avant de répondre.

– Voyons, se dit le policier, quel parti dois-je prendre ? Que dois-je faire ? accepter ou refuser ?

Juve, passant ces deux hypothèses en revue, se rendait compte qu’elles ne lui étaient favorables ni l’une ni l’autre.

Si par aventure Juve refusait de donner des leçons qu’on le sollicitait d’accorder, il risquait de perdre tout crédit chez les Grouilleurs, et ce crédit pouvait lui être utile.

Si, d’autre part, il acceptait de donner ces leçons, les pires événements pouvaient survenir.

– Fichue histoire ! grogna Juve. Du diable si je sais que dire !… D’autant que si j’accepte, ces animaux-là vont certainement se rendre compte qu’ils sont beaucoup plus habiles que moi !… Je ne sais pas voler, que diable !… Ils découvriront donc que je ne suis pas Job Askings !

Juve, à la vérité, lorsque Bouzille l’avait conduit la première fois à l’Enfer, lorsque l’idée lui était venue de se faire passer pour Job Askings, avait bien eu l’audace de commettre devant les Grouilleurs un premier vol, il avait dépouillé le chef de ses armes. Mais lorsque Juve avait agi ainsi, c’était à l’improviste ; on n’épiait pas ses gestes. Les choses, de plus, s’étaient présentées de façon assez facile.

Désormais, tout au contraire, il était évident qu’il allait lui falloir être d’une habileté consommée pour duper ceux qui prétendaient être ses élèves.

Juve, qui se souvenait en effet du père Grelot, l’ingénieux professeur de vol que Fandor avait quelque temps fréquenté, songeait qu’il est fort difficile d’enseigner l’art de dépouiller son prochain. Sa maladresse pouvait éclater, devait éclater même. Devait-il en courir le risque ?

Juve hésitait, mais n’hésitait pas longtemps.

Il y a des moments dans la vie où la pensée se trouve douée d’une activité formidable et quelque peu prodigieuse.

Alors les événements les plus complexes, les raisonnements les plus délicats s’évoquent avec une rapidité folle.

Juve vivait une de ces heures où il faut et où l’on peut penser vite.

Tandis que le chef des Grouilleurs attendait sa décision avec une anxiété qui n’était pas feinte, car le misérable estimait que son fils, dressé par le Roi des voleurs, arriverait rapidement à la fortune, Juve réfléchit, calcula, songea.

Et certainement le policier inventait alors quelque chose d’extraordinaire, de stupéfiant.

À mi-voix, suivant son habitude, Juve grommelait en effet :

– Donner une leçon de vol, mon Dieu, j’en suis incapable !… En prendre une, tout au contraire, cela pourrait m’être fort utile !… D’autant plus que, demain, je pourrais bien avoir besoin de savoir voler !

Elles était étranges, ces paroles, elles étaient énigmatiques. Elles marquaient cependant ce qui allait être de la part de Juve une décision irrévocable.

– Fais venir ton fils ! ordonna le policier. Je ne sais si je pourrai me charger de le dresser !… Je ne pourrai le faire qu’à condition qu’il me paraisse réellement habile, réellement adroit, réellement doué… Je veux l’interroger, je veux le faire travailler devant moi, ensuite je saurai quoi te répondre !

Une heure plus tard, Juve, souriant, fort gai, prenait congé des Grouilleurs.

Il s’était longuement entretenu avec le fils du chef. Il avait, comme il le disait, fait travailler le jeune homme devant lui. Juve avait contraint son soi-disant élève à lui montrer comment il s’y prenait pour fouiller dans les différentes poches d’un passant quelconque. Juve n’avait hasardé aucune critique, aucun éloge.

– Bien, bien ! disait-il simplement.

Et lorsque le jeune homme, timidement, l’interrogeait :

– Job Askings, crois-tu que je pourrais faire quelque chose ? Veux-tu essayer de m’apprendre à être aussi habile que toi ?

Juve se contentait de répondre :

– J’essaierai de te former !

Mais Juve, en réalité, faisait là une promesse qu’il n’avait guère l’intention de tenir, et pour cause. Juve, à cette minute, quittait les Grouilleurs sans trop savoir s’il reviendrait jamais les voir autrement que pour effectuer une opération policière quelconque à leur sujet. Juve était satisfait, content de lui.

– Ma parole ! répétait-il en s’éloignant sur les berges, je n’ai pas perdu ma soirée ! Il me semble que je sais maintenant proprement voler…

Et, rentré rue Tardieu, Juve qui décidément devait rouler d’étranges projets, montait au sixième étage, réveillait le vieux Jean, le forçait à descendre dans son cabinet de travail.

Toute la nuit, Juve se livra à de surprenants exercices.

Il priait le vieux Jean de mettre son porte-monnaie dans telle ou telle poche de son habit ; délicatement alors, Juve s’efforçât de voler le porte-monnaie…

Le policier devait faire preuve de réelles aptitudes pour être pickpocket car, lorsqu’il interrogeait le vieux Jean et lui demandait s’il s’était aperçu de son vol, le vieux Jean, à chaque fois, répondait négativement.

À cinq heures du matin seulement, Juve congédia son valet de chambre.

– Tu dors debout, déclarait-il, monte te coucher !

Le vieux Jean disparut, puis cinq minutes après vint trouver Juve.

– Je suis bien fâché, monsieur, déclarait-il, mais je crois bien que j’ai perdu ma clé ; je ne peux plus entrer dans ma chambre, comment faire ?

– Imbécile ! riposta Juve. Ta clé n’est pas perdue, c’est moi qui l’ait volée ! Décidément, je deviens très habile !

Et Juve, qui pourtant était un homme grave, claqua des mains, avec une satisfaction visible !




XXIV


Fantômas, toujours !

Le domicile personnel de M. Havard, chef de la Sûreté, se trouvait quai d’Anjou.

L’important fonctionnaire n’occupait pas un appartement élégant ni somptueux.

Toutefois, son habitation était distinguée, l’ameublement sévère et correct ; à voir l’installation intérieure, de graves tentures de velours qui dissimulaient les portes, les tapisseries qui ornaient les murs et l’acajou des meubles, on se rendait compte que l’on avait affaire à quelque habitant sérieux, occupant une situation importante dont les fonctions devaient avoir une certaine austérité.

En pénétrant dans le cabinet de travail de M. Havard, beaucoup de gens auraient pu se croire chez un notaire, à en juger par les nombreux casiers adossés au mur et dans lesquels se trouvaient une multitude de dossiers enfermés dans des chemises, à la teinte uniformément grise.

Quiconque aurait observé son salon se serait dit qu’il était chez un collectionneur et un collectionneur d’objets vraiment bien étranges, car M. Havard possédait en réalité un véritable petit musée composé de tous les souvenirs personnels qu’il avait pu recueillir au cours de sa longue carrière.

Dans un écrin qui lui-même était sous un globe, se trouvait un certain portefeuille qui avait toute une histoire.

Il avait été fait en effet avec de la peau humaine, provenant d’un assassin célèbre, qui avait été guillotiné.

Ce portefeuille avait déterminé d’ailleurs, avant d’arriver aux mains de M. Havard, un formidable scandale. C’était tout simplement deux inspecteurs de la Sûreté qui s’étaient entendus avec un de leurs amis, un préparateur de l’amphithéâtre de médecine !

Cet homme, à qui les policiers avaient remis le corps du supplicié aux fins d’autopsie, en échange leur avait fait tanner avec sa peau un portefeuille !

Toutefois, la chose avait été connue de journaux, lesquels avaient crié au scandale, le préparateur de l’amphithéâtre avait été déplacé, les inspecteurs punis sévèrement et le portefeuille saisi par le chef de la préfecture de police.

Ce fonctionnaire, alors, l’avait transmis à son supérieur hiérarchique et finalement, de mains en mains, le portefeuille était arrivé chez M. Havard !

Celui-ci n’ayant plus personne à qui le donner, l’avait conservé en attendant des instructions du gouvernement et, comme le gouvernement avait cessé de s’intéresser à la chose, la presse n’ayant plus fait de tapage, M. Havard tout simplement avait gardé le corps du délit !

C’était désormais pour lui une relique qu’il montrait volontiers à ses amis, lorsque par hasard le chef de la Sûreté avait le loisir de recevoir à dîner.

Ce soir-là, M. Havard, contrairement à son habitude, était chez lui depuis trois heures.

Il avait absorbé vers six heures un frugal repas, avançant l’heure de son dîner, car il prévoyait des événements pour le reste de la soirée.

M. Havard, vers sept heures, entendit qu’on sonnait à la porte d’entrée et s’en alla ouvrir lui-même.

M. Havard, en allant ouvrir, ne doutait pas de se trouver en présence de Juve.

Juve à deux heures de l’après-midi lui avait annoncé sa visite pour le soir même, et lui avait confirmé les dispositions prises deux jours auparavant.

Effectivement c’était le policier qui se présentait.

Juve paraissait quelque peu troublé et son visage avait la crispation caractéristique des grands jours, des heures décisives.

Le policier serra la main du chef de la Sûreté puis, à la manière de quelqu’un qui connaît la disposition de l’appartement, il se rendit directement dans le cabinet de travail de M. Havard. Celui-ci l’y suivait.

Juve, sans proférer une parole, commença par se promener dans la pièce, les mains derrière le dos, considérant chaque angle du cabinet, chaque tenture, chaque meuble, avec minutie.

À un moment donné, s’étant arrêté devant un mur, auquel pendaient quelques tableaux, il heurta ce mur du doigt. Le mur rendit un son creux.

Juve se tourna vers M. Havard.

– Qu’y a-t-il de l’autre côté ?

– Un petit cabinet où je range de vieux vêtements.

Juve interrogeait toujours.

– Quel est le moyen le plus rapide pour passer de ce petit cabinet dans votre cabinet de travail ?

M. Havard se mit à sourire. Du doigt il montrait à son interlocuteur une petite porte basse dissimulée dans la boiserie et dont les contours épousaient la forme des moulures courant le long du mur.

– Ah parfait ! dit Juve.

Il ajoutait en souriant :

– Ces vieilles maisons comme la vôtre, monsieur le chef de la Sûreté, sont merveilleusement agencées, en vue d’une enquête policière !

« Contrairement à ce qui se passe dans les appartements modernes, il est impossible, lorsqu’on pénètre dans les vieux appartements, de deviner la disposition des pièces !

« C’est ainsi que je suis venu bien souvent chez vous, et que j’ignorais l’existence de ce petit cabinet !

M. Havard se mit à sourire.

– Je ne pouvais pas prévoir, Juve, qu’il aurait tant d’importance à vos yeux et je n’ai jamais songé à vous le faire visiter. Mais si vous m’en parlez aujourd’hui c’est que vous devez avoir à son sujet quelque idée de derrière la tête ?

– Effectivement, d’abord je voudrais m’assurer que quelqu’un caché dans ce cabinet peut, en prêtant l’oreille, entendre une conversation tenue ici.

– C’est facile à savoir, déclara M. Havard, passez dans ce cabinet, Juve, et je m’en vais proférer quelques paroles à haute voix de mon bureau…

Quelques secondes après, Juve sortait du petit local.

– De mieux en mieux ! dit-il.

Cependant, M. Havard considérait le policier d’un air un peu interloqué.

– M’expliquerez-vous maintenant pourquoi ce cabinet vous intéresse, et dans quel but vous faites ces expériences ?

– Je vous dirai cela tout à l’heure ! dit Juve, ce sera ma conclusion. Mais auparavant permettez que je vous fasse connaître le but de ma visite, que je vous explique pourquoi je vous ai demandé ce rendez-vous…

M. Havard interrompait :

– À mon tour, Juve, de vous demander pourquoi, il y a quarante-huit heures, vous m’avez fait retenir une voiture cellulaire en recommandant qu’elle vienne ce soir à neuf heures trente-cinq se ranger devant la porte de ma maison et qu’elle se tienne prête à partir pour la prison de la Santé sitôt qu’un prisonnier y aurait été amené ?

Juve souriait :

– Il me semble que c’est facile à comprendre, monsieur le chef de la Sûreté. J’ai pris mes précautions pour conduire quelqu’un en lieu sûr, j’ai agi avec prudence et perspicacité ! Voyons, je vous le demande, quand vous menez une femme au théâtre, ne vous précautionnez-vous pas d’une voiture de remise à l’avance pour la ramener ?

M. Havard éclatait de rire.

– Vous avez des comparaisons, Juve, vraiment inattendues ! Et peut-on savoir quel est le personnage qui doit jouer le rôle de la jolie femme, étant admis que le fourgon cellulaire représentera la voiture de remise ?

– Ceci, fit Juve, c’est encore mon secret ! Permettez-moi de ne point le dévoiler, vous le découvrirez vous-même… J’aime mieux cela. Mais à mon tour de vous poser une question. C’est bien ce soir, n’est-il pas vrai, monsieur Havard, que vous allez recevoir la visite de ce détective privé, M. Mix, dont la vive intelligence vous a séduit et dont les déclarations vous ont permis d’arrêter avant-hier ce malheureux Léon Drapier ?

– Léon Drapier, s’écriait le chef de la Sûreté, est un misérable qui nous a donné du fil à retordre, mais dont nous aurons raison quoiqu’il se renferme, depuis qu’il est bouclé, dans un mutisme absolu !

– Pardon ! fit Juve, là n’est pas la question ! Est-ce bien ce soir que doit venir ce Mix ?

– Vous le savez, Juve, fit M. Havard, je l’attends à huit heures, c’est-à-dire dans dix minutes.

– Bien, fit le policier, maintenant, monsieur Havard, permettez-moi de dégrader votre appartement !

– Ah çà, s’écria le chef de la Sûreté, qu’est-ce qui vous prend ?

Juve venait de sortir de sa poche une sorte de petit poinçon qu’il enfonçait dans la cloison séparant le cabinet de travail du petit cabinet noir qu’il était allé explorer. En l’espace de quelques instants, il avait fait un trou dans le mur, il souffla précautionneusement autour de l’orifice pour en faire disparaître les quelques brindilles de papier, de plâtre et de bois qui l’entouraient.

Puis, s’étant reculé pour juger de l’effet, il articula d’une voix joyeuse :

– Voilà du beau travail ! On n’y voit rien !

M. Havard était accoutumé aux excentricités du policier. Il grogna cependant, pour le principe :

– Vraiment, Juve, fit-il, vous allez m’attirer des histoires avec mon propriétaire, j’avais là un panneau de mur à peu près convenable et vous le détériorez !

Juve comprenait que le chef plaisantait et il rétorqua sur le même ton :

– Je paierai les dégâts, vous m’enverrez la facture !

Toutefois, redevenant sérieux, il articula :

– Dans cinq minutes, M. Mix va être ici. Faites-moi un plaisir, M. Havard, passez dans ce cabinet noir et demeurez-y jusqu’à ce que vous jugiez utile d’apparaître ! En collant votre oreille au mur vous entendrez ce qui se dira dans votre cabinet, en mettant l’œil au trou que je viens de faire dans la cloison vous verrez ce qui se passera dans cette pièce !

– Qu’entendrai-je donc et que se passera-t-il ? demandait alors M. Havard, de plus en plus intrigué.

– Voici, fit Juve. Je recevrai M. Mix à votre place. Nous causerons tous les deux, vous me verrez faire certaines choses qui vous étonneront d’abord et qui vous rassureront ensuite !

– Ma foi ! je ne vous comprends pas du tout ! fit Havard.

Mais Juve insistait d’un ton persuasif :

– Vous allez comprendre ! commença-t-il, lorsqu’il s’arrêta net.

Un coup de sonnette venait de retentir à la porte d’entrée ; les deux hommes se regardèrent.

– Eh bien ! fit Juve.

– Eh bien, articula Havard, c’est lui, mais qui donc ira ouvrir, si je dois me dissimuler ?

– Ne vous en inquiétez pas ! fit Juve, je me charge de tout !

La porte d’entrée s’ouvrait quelques secondes après.

L’antichambre était obscure et Juve, qui venait de remplir l’office de valet de chambre, aperçut, sur le palier, M. Mix.

– Entrez donc, monsieur ! fit-il.

Le détective privé s’avança.

Il ne voyait point Juve dans l’obscurité, il passa sans faire attention à l’homme qui venait de lui ouvrir la porte et qu’il prenait pour un domestique.

Sans enlever son pardessus, se contentant de tenir son chapeau à la main, Mix, machinalement se dirigea vers une pièce au fond de l’antichambre, qui lui apparaissait éclairée et dont la porte était entrebâillée.

Il était suivi de près par le personnage qui lui avait ouvert.

Tous deux entraient dans le cabinet de travail de M. Havard et dès lors M. Mix, s’étant retourné pour voir l’homme qui le suivait, s’arrêta interdit.

– Juve ! s’écria-t-il, Juve ! Monsieur Juve ! Ah ! par exemple, quelle bonne surprise !

Il semblait que M. Mix, en prononçant ces paroles, éprouvait une certaine gêne et Juve, qui observait tout, remarquait qu’instinctivement M. Mix avait porté la main à la poche de son veston à la manière de quelqu’un qui y cherche un objet familier.

– Oh ! oh ! pensa Juve, le gaillard est armé !

À l’exclamation de Mix, Juve, toutefois, répondait par une inclinaison de tête :

– Je suis heureux, monsieur, fit-il, de me trouver en votre présence !

– Tout le plaisir est pour moi ! fit aigrement Mix.

– Pas du tout, précisa Juve, je vous affirme qu’il est pour moi !

Les deux hommes se regardaient comme deux adversaires qui se cherchent. Ils voulaient respectivement lire leurs pensées dans leurs yeux et tous deux avaient évidemment l’habitude de dissimuler leurs sentiments, car ils restaient impénétrables l’un pour l’autre.

Juve, cependant, reprenait la parole :

– Monsieur Mix, vous avez rendez-vous avec M. Havard, ce soir à son domicile ?

– En effet !

Juve continuait :

– M. Havard m’a chargé de l’excuser auprès de vous s’il est en retard de quelques instants, mais, vous savez, un chef de la Sûreté ne fait pas du tout ce qu’il veut ! Vous êtes au courant d’ailleurs des choses de la police étant vous-même détective privé et, si je ne me trompe, sur le point de devenir mon collègue en qualité d’inspecteur de la Sûreté ?

– En effet, monsieur ! articula Mix.


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