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Le Voleur d'Or (Золотой вор)
  • Текст добавлен: 15 октября 2016, 03:23

Текст книги "Le Voleur d'Or (Золотой вор)"


Автор книги: Марсель Аллен


Соавторы: Пьер Сувестр
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Les coups qu’il portait à la muraille se répercutaient sourdement au lointain.

Pour ménager sa lumière sans doute, l’homme travaillait dans l’obscurité. À deux ou trois reprises cependant, il allumait sa lampe électrique, consultait un plan qu’il sortait de sa poche.

– Je suis bien au-dessous de la cave, reconnaissait-il, je dois continuer à creuser !

Il creusait toujours.

L’excavation s’agrandissait. À un moment donné, l’extraordinaire travailleur poussa un cri d’épouvante.

Un jet d’eau puissant venait de jaillir et menaçait de remplir l’égout, d’étouffer l’homme qui s’y trouvait.

Celui-ci, dans un malencontreux coup de pioche, avait en effet perforé une conduite d’eau…

Il se rendit compte que l’eau montait toujours – il en avait désormais jusqu’à la ceinture – et qu’elle ne tarderait pas à arriver jusqu’à ses épaules, car l’égout dans lequel elle tombait était si étroit qu’elle menaçait de le remplir complètement. Le premier instant de terreur passé cependant, l’homme reprit courage.

– Il faut que je creuse, se disait-il, que je creuse suffisamment pour arriver à réserver un orifice au-dessus du niveau de l’endroit où j’ai crevé le tuyau d’eau.

Et c’était désormais une lutte de rapidité entre la redoutable cascade et le travail de perforation auquel se livrait cet audacieux individu.

Enfin il atteignit son but !

Dès lors, constatant qu’il était sauf, il continua malgré la fatigue. Les moellons s’effritaient, les blocs de pierre tombaient autour de lui, puis ce fut, au-dessus de sa tête, une chute de terre meuble et de sable fin qui faillit l’aveugler et l’étouffer à la fois.

Mais, en dépit de ces difficultés, l’homme ne perdait pas courage, bien au contraire. Assurément, il devait se rendre compte que plus il creusait, plus il approchait du but qu’il poursuivait si ardemment.

Enfin, il parvint à rencontrer au contact de sa pioche une sorte de croûte de béton qui rendit un son creux lorsqu’il l’eut attaquée.

Cette fois, l’homme s’arrêta, et, accroupi sur les détritus qu’il venait d’extraire du sol, il souffla longuement.

– Je n’ai plus, songeait-il, qu’à briser cette croûte d’asphalte, et je suis dans la place.

Une heure après, l’homme faisait comme il l’avait dit, et c’était à ce moment que sa tête surgissait du sol de la cave, que ses yeux, étant accoutumés à l’obscurité, apercevaient Fantômas en train de dérober des milliers de louis d’or…

L’homme avait fini par s’extraire complètement du sol et désormais il se leva, s’avança lentement, longeait les murs et, de ses vêtements déchirés, souillés de boue, absolument informes, il extrayait un revolver, l’arme était chargée.

– Point de quartier ! pensa-t-il. Six balles d’abord dans la peau de Fantômas, puis ensuite on verra !…

Mais il n’avait pas le temps de réaliser son projet, il venait de faire un pas en avant, lorsqu’un cri terrible s’échappa de sa poitrine, cependant qu’une effroyable douleur manquait de le faire défaillir.

Fantômas avait entendu le cri poussé dans le silence de la cave…

En l’espace d’une seconde, le bandit avait deviné qu’on le traquait, qu’on était à ses trousses. Plus vif que l’éclair, il bondit en avant, gagna la porte par laquelle il était entré et s’en alla, la fermant à double tour.

L’homme cependant se mordait les lèvres, serrait les poings pour s’empêcher de crier, encore que la douleur qu’il éprouvât fût presque insurmontable. Il avait l’impression qu’il était immobilisé sur le sol, qu’au moindre mouvement qu’il faisait quelque chose serrait sa cheville, lui déchirait la jambe…

L’homme enfin, parvenant à surmonter sa souffrance, s’éclaira de sa lampe et regarda à ses pieds.

Un nouveau cri d’horreur s’échappa de sa poitrine ; il était pris dans un piège dont le ressort s’était refermé sur lui.

– Eh bien, reconnut-il après son examen, j’aime encore mieux cela ! On se tire d’un piège lorsqu’on a eu la maladresse d’y tomber, mais si, au lieu de percer le sous-sol de cette cave à l’endroit où je l’ai percé, je m’étais avisé de creuser sous ce piège, c’est ma gorge qui désormais serait écrasée entre ses deux mâchoires de fer, et alors…

L’homme, qui était devenu blafard, tant la douleur qu’il éprouvait était violente, parvenait à s’accroupir au prix de mille difficultés, et dès lors, de ses deux mains, nerveusement, il s’efforçât d’écarter les terribles ferrures du piège qui l’immobilisaient là où il venait d’être pris.

– Fantômas, disait-il, s’est aperçu de quelque chose, ce qui ne présage rien de bon ! Tant mieux ! Je ne redoute personne d’autre ! Et, s’il revient, ce qui est certain, eh bien alors ce sera grave !

L’homme, cependant, s’assurait qu’il avait toujours son revolver dans sa poche.

– J’ai six bonnes balles dans un browning… même lorsqu’on est pris au piège, on se défend !

– Avez-vous entendu ?

– Parbleu ! c’est la sonnerie !

Le chef de la surveillance, qui somnolait dans un petit bureau, au deuxième étage de la Monnaie, sursautait. Le tintement grêle d’un grelot d’alarme se faisait entendre en effet.

Le chef de surveillance s’adressait à un gardien de l’hôtel des Monnaies, qui était assis à côté de lui :

– Brigadier ! s’écria-t-il, cela signifie qu’il y a quelqu’un de pincé dans le piège que nous avons disposé dans la cave. Il faut aller voir sans plus tarder !…

Le brigadier devint tout pâle.

– Dites-donc, chef ! Il est sept heures du soir et nous ne sommes plus que tous les deux…

– Eh bien, brigadier ?

– Eh bien, chef, n’avez-vous pas peur ?

– Peur de quoi ?

Le chef de surveillance posait la question, mais son accent troublé démontrait nettement qu’il partageait les appréhensions de son subordonné.

Néanmoins, il ne voulait rien en laisser paraître.

– Qu’est-ce que cela peut faire ! dit-il. Nous n’avons rien à risquer. Cette sonnerie nous prévient que le piège que l’on a posé dans la cave vient de se refermer et que, par conséquent, le coupable que l’on recherche depuis si longtemps a enfin fini par se laisser prendre…

– Chef, articula le brigadier, je ne peux pas croire cela ! Le piège que l’on a disposé est un moyen grossier, et comme, dans la maison, tout le monde est au courant de son existence, le voleur a dû certainement savoir ce que nous avons préparé et a pris ses dispositions pour éviter de tomber dans le traquenard que nous lui avons tendu… Car, ajoutait le brigadier, je ne puis admettre que le mystérieux bandit qui circule si librement dans l’hôtel des Monnaies ne soit pas quelqu’un de la maison très au courant de la disposition des lieux, quelqu’un qui peut-être nous coudoie tous les jours, que nous connaissons aussi bien qu’il nous connaît et que nous voyons comme je vous vois !…

Le chef de la surveillance paraissait très ébranlé par les propos que lui tenait le gardien.

– Mais alors, demanda-t-il, comment se fait-il que la sonnette ait été agitée, que le grelot tinte toujours ?

– C’est bien simple, articula le brigadier. On veut nous attirer dans ce sous-sol… L’homme a fait se refermer le piège et agir la sonnette pour nous surprendre, nous attaquer dans un véritable guet-apens. Méfiez-vous !… Monsieur le chef, méfions-nous !…

À ce moment, un coup violent était frappé à la porte de la pièce qu’occupaient les deux hommes.

– Mon Dieu ! dit le chef en sursautant, qu’est-ce qu’il y a encore ? Que veut-on ?

Et il devenait livide.

Le brigadier se précipitait pour ouvrir, mais quelqu’un, qui n’avait pas attendu l’autorisation d’entrer, se présentait devant les deux hommes.

Ceux-ci demeurèrent stupéfaits, abasourdis.

Ils avaient en face d’eux un personnage modestement vêtu de noir, au col relevé, au chapeau de feutre mou abaissé sur le nez.

Il n’enleva pas son chapeau, il ne salua même pas. Il demeurait immobile devant le chef et le brigadier et, à brûle-pourpoint, interrogea :

– Léon Drapier n’est donc pas avec vous ?

Léon Drapier !…

Cet homme parlait de M. le directeur avec une déconcertante familiarité.

Le chef de la surveillance était si troublé qu’il ne trouvait rien à rétorquer, mais le brigadier articula :

– M. le directeur quitte le bureau généralement entre cinq heures et demie et six heures ; or, il est six heures passées…

L’homme reprit sèchement :

– Léon Drapier n’a pas quitté la Monnaie ce soir !

– Qu’en savez-vous ? fit le chef de la surveillance.

L’homme, plus sèchement encore, répliqua :

– Je le sais, cela suffit ! Mais je vous répète ma question : savez-vous ce qu’il est devenu ?

– Ah ça ! commença le brigadier, mais d’abord qui êtes-vous ? À qui avons-nous l’honneur de parler, et comment vous êtes-vous introduit vous-même dans l’hôtel des Monnaies ?

Un léger sourire erra sur les lèvres du personnage, qui murmura entre ses dents :

– Je suis comme chez moi à la Monnaie, je m’appelle M. Mix !

Ce nom ne disait rien au brigadier, mais le chef de la surveillance salua légèrement en l’entendant prononcer ce nom.

– Ah ! pardon ! dit-il, j’ignorais… Je ne vous connaissais pas… ou plutôt je ne vous reconnaissais pas, monsieur, car lorsque je vous ai vu dans le cabinet de M. le directeur, vous aviez, il me semble, une grande barbe blonde…

M. Mix, car c’était bien lui, sourit encore :

– Alors, c’était un vendredi !… Généralement, le vendredi, je mets ma barbe blonde. Je réserve ma barbe blanche pour les dimanches, les jours où l’on s’habille, car c’est plus salissant… Il m’arrive parfois d’être borgne aussi et d’avoir un grand bandeau sur l’œil… Quelquefois, je mendie armé de béquilles, mais c’est irrégulier… entre onze heures et midi toutefois. Enfin, monsieur, je suis détective et, par ce fait, cela n’a rien d’étonnant à ce que vous ne m’ayez pas reconnu !

Le brigadier qui, avec stupeur, avait écouté le commencement de ce récit, s’écria à son tour :

– Ah ben, par exemple ! Je ne suis pas fâché de savoir qui vous êtes et de vous rencontrer en ce moment ! Puisque vous êtes M. Mix, le détective du patron, vous êtes certainement au courant de ce qui se passe ici ?

– Oui, fit le détective.

Le chef de la surveillance faisait signe de se taire et, ayant obtenu le silence, il articula :

– Vous entendez cette petite sonnerie, qui tinte depuis quelques instants ?

– Oui, fit encore Mix, et je sais que cela signifie que l’un des pièges disposés dans l’immeuble vient de se refermer sur quelqu’un, le coupable vraisemblablement…

– À moins que…, commença le brigadier qui voulait préciser à nouveau les appréhensions qu’il avait déjà formulées.

Mais M. Mix ne lui en laissa pas le temps.

– J’ai entendu, moi aussi, cette sonnerie, tout à l’heure, non pas la vôtre, celle que l’on entend dans le bureau de Léon Drapier. J’y suis entré…

– Dans le bureau ? s’écria le gardien, il était fermé à clé…

– Ne vous en inquiétez pas, fit Mix, j’ai sur moi de quoi l’ouvrir. Léon Drapier n’y était pas. Qu’est-il devenu ?

Le chef de la surveillance s’épouvantait de plus en plus.

Il courut dans la direction de son appareil téléphonique.

– Il faut prévenir la police ! s’écria-t-il, il faut demander le chef de la Sûreté et ses hommes !

Le détective l’arrêtait d’un geste et d’un mot :

– Laissez donc ! C’est déjà fait… Ces messieurs vont arriver d’un instant à l’autre.

– Ouf, s’écria l’homme qui était pris au piège dans la cave.

Après un effort surhumain, il venait enfin d’écarter les deux terribles mâchoires de fer qui serraient sa jambe meurtrie. Il était libre !…

Toutefois, sa plaie saignait abondamment et il souffrait le martyre, mais l’homme avait une énergie farouche.

Déchirant son mouchoir, il le serra autour de sa cheville. Ayant ainsi arrêté l’épanchement de sang, l’homme s’efforça de marcher. Il faisait quelques pas, boitait affreusement…

– Il faut pourtant, grommela-t-il, que je sorte d’ici coûte que coûte !

Et il se traîna jusqu’à la porte de fer par laquelle était sorti Fantômas.

En vain essayait-il de la secouer, il se rendit compte qu’elle était fermée et qu’aucune puissance humaine ne parviendrait à faire sauter la serrure ou à l’arracher de ses gonds.

– Malédiction ! gronda-t-il, je vais être surpris comme un imbécile dans cette cave, trop heureux que j’en sois quitte pour le ridicule !

Mais soudain son visage s’éclairait.

– Ce n’est que partie remise, dit-il, et l’essentiel c’est que je disparaisse, que nul ne soupçonne la façon dont je me suis introduit dans ce lieu… Par où je suis venu, je m’en irai !

L’homme, en même temps qu’il prononçait ces paroles, s’arrêta net.

Des bruits de pas se faisaient entendre de l’autre côté de la porte de fer, il eut l’impression nette que quelqu’un venait.

Un instant, il eut l’idée d’attendre de pied ferme, le revolver au poing, le personnage qui s’approchait.

Sa première idée lui revenait à l’esprit.

– Non ! non ! se dit-il. Il faut à tout force que l’on ignore que je suis venu dans ce lieu, que j’ai découvert la façon dont Fantômas vole le trésor de la Monnaie !

Et, faisant un effort suprême, l’homme se rapprochait du trou qu’il avait creusé dans la terre pour pénétrer dans la cave.

– Hélas ! articula-t-il, on va s’apercevoir qu’il y a eu un trou de creusé, on va se rendre compte que c’est par là que je suis venu, par là que je me suis enfui… Voilà tout mon plan détruit !… Non ! non !

L’homme, à ce moment, réfléchissait avec une intensité violente, cherchant une solution.

Les secondes avaient une importance considérable, car les pas s’étaient rapprochés, il entendait que l’on introduisait une clé dans la serrure…

Machinalement, pour soulager sa jambe du poids de son corps, il s’était accroché par la main tout à côté du trou qu’il avait creusé, à une grande cuve de verre remplie d’or et placée presque en équilibre sur une autre cuve.

L’homme faisait à ce moment une constatation désastreuse.

Des terres meubles, du sable fin, des gravats de toutes sortes étaient venus, pour ainsi dire, remplir le trou qu’il avait creusé jusqu’à son orifice.

Pour s’en aller par là, il faudrait à nouveau creuser la terre, déblayer le trou, travail, au bas mot, qui prendrait plusieurs heures…

Comme il réfléchissait, l’homme éprouva une sensation affolante… En même temps, il était projeté violemment sur le sol.

La grande cuve remplie de pièces d’or à laquelle il s’était appuyé et qui tenait presque en équilibre sur une autre cuve basculait et, soudainement, une pluie de louis d’or tombant sur le dos du mystérieux prisonnier le projetait la face contre le sol.

En l’espace d’une seconde, son corps disparaissait sous une pile de louis. L’homme suffoqua, paralysé par l’émotion, terrassé par le poids du métal sous lequel il était enseveli.

Mais alors qu’il allait essayer de s’extraire de cet amas de pièces de monnaie, l’homme résolut de ne point bouger.

Il respirait parfaitement et, s’il était immobilisé, il pouvait voir et entendre ce qui allait se passer autour de lui ; il ne risquait d’être découvert que si l’on s’avisait de venir ramasser les pièces d’or pour les remettre dans la cuve.

Or, il espérait que, pendant un certain temps au moins, nul ne songerait à le faire.

La porte de la cave s’ouvrait à ce moment, quelqu’un y pénétra, qui s’avança avec précaution. Il tenait une lanterne d’une main, de l’autre un revolver…

Cet homme s’avançait lentement, regardait autour de lui.

– Ah ! s’écria-t-il d’un ton de surprise affolée, lorsqu’il aperçut l’amas d’or renversé sur le sol, sans se douter assurément qu’un homme était caché dessous.

Mais à ce cri de surprise succédait une exclamation de désespoir. Le personnage, en effet, qui venait de s’introduire dans la cave remarquait, à côté du tuyau métallique dans lequel Fantômas avait introduit tant de louis comme dans une tirelire, une autre cuve de verre, complètement vide, celle-là…

– Encore un vol ! s’écria-t-il, mon Dieu !… mon Dieu !

Puis il s’arrêta net de bouger, de parler…

De l’autre côté de la porte par laquelle il venait d’entrer, il percevait des voix, des rumeurs…

Répondant à l’appel téléphonique qui lui avait été adressé un quart d’heure auparavant par M. Mix, M. Havard, chef de la Sûreté, était accouru jusqu’à la Monnaie. Il était accompagné de deux de ses meilleurs inspecteurs, Léon et Michel, et il y avait encore cinq autres agents de la brigade spéciale des vols et assassinats.

Dès que le chef de la Sûreté se présentait à l’hôtel des Monnaies, il y était reçu par Mix qui lui présentait le chef de la surveillance et le brigadier.

– Monsieur le chef de la Sûreté, déclara le détective, je crois que cette fois le voleur est pris au piège que nous avions disposé dans la cave ! Voulez-vous que nous allions voir ? Dans l’espace d’un instant, nous serons édifiés…

– À vos ordres, monsieur ! déclarait Havard qui ordonnait à ses hommes :

– Préparez vos cabriolets, et surtout vos revolvers…

La petite troupe alors, guidée par Mix, descendait par un escalier privé du service des monnaies vers la cave où l’on réservait les trésors.

On n’entendait aucun bruit, et déjà l’on approchait de la porte de fer qui faisait communiquer le couloir avec la cave, lorsque soudain M. Mix, qui marchait en avant avec le chef de la Sûreté, s’arrêta :

– Qu’y a-t-il ? demanda M. Havard.

– Il y a, fit le détective, qu’il importe d’être prudent. Cette porte est ouverte, assurément quelqu’un est là…

Ils prêtèrent l’oreille ; on n’entendit aucun bruit… Mais tout d’un coup, comme ils s’approchaient, des cris épouvantables retentirent.

– Au secours ! au secours ! Ah, mon Dieu ! C’est affreux ! Que je souffre ! On m’assassine ! Au secours ! Venez ! Venez !

Cette fois, les hommes se précipitaient, pénétraient en se bousculant dans la cave. Un spectacle extraordinaire s’offrait à leurs yeux : un homme se tordait littéralement sur le sol en proie aux plus vives souffrances, un homme qui avait le pied pris dans le piège, un homme que tous reconnaissaient à ce moment :

Léon Drapier ! le directeur de la Monnaie !…

On se précipitait autour de lui.

Des exclamations s’entrecroisaient.

– Ah ! par exemple !

– Ah ! voilà qui est extraordinaire !

– Mon Dieu ! mon Dieu ! Que s’est-il passé ?

En vain essayait-on d’arracher quelques paroles à l’infortuné Léon Drapier ; les hurlements qu’il avait poussés l’avaient exténué, Léon Drapier demeurait désormais inerte, ayant perdu connaissance.

M. Havard, les inspecteurs, les employés de la Monnaie étaient abasourdis. Seul le visage de M. Mix restait impassible ; sur ses lèvres errait un ironique sourire.

– Dégagez-le donc, tout d’abord ! commença-t-il.

Et, machinalement, on s’occupait à défaire le piège qui lui tenait la jambe.

– Emportons-le hors d’ici, suggéra Havard, qu’on le ramène à son bureau et puis on s’expliquera !

– On s’expliquera, en effet…, déclara Mix.

En l’espace de quelques instants, Léon Drapier était dégagé du piège. Sans donner signe de vie, il se laissait aller, secoué sur les épaules des hommes qui le transportaient.

Mix sortit le dernier de la cave, ferma la porte à clé, non sans avoir au préalable jeté un coup d’œil de méfiance sur le tas d’or qu’il venait de remarquer renversé sur le sol.

Un instant, Mix avait eu l’idée de rester dans la cave ; pourquoi ne le faisait-il pas ?

Était-ce qu’il avait peur de quelque chose ?

Était-ce au contraire qu’il ne voulait pas abandonner un seul instant Léon Drapier ?

En tout cas, le détective ne faisait aucune remarque sur la présence insolite de ce tas d’or par terre, il n’en disait rien à son entourage.

Une heure après ces événements, deux hommes étaient en tête-à-tête, seuls, face à face, dans le cabinet de M. le directeur.

C’étaient Léon Drapier et Mix.

Léon Drapier, très pâle, avait la jambe étendue sur une chaise, le pantalon relevé jusqu’au genou, le mollet entouré jusqu’à la cheville de linges sanguinolents. Il paraissait souffrir, autant moralement que physiquement.

Mix fumait placidement une cigarette.

Après un silence, Mix articula :

– Je vous ai sauvé, monsieur Drapier !

– Qu’entendez-vous par là ? gronda le directeur. J’estime qu’au contraire, en appelant la police, en me faisant découvrir pris au piège à l’intérieur de cette cave par M. Havard, vous m’avez rendu ridicule, pour ne pas dire suspect…

Mix haussa les épaules.

– Qu’auriez-vous fait à ma place ? Voyons, monsieur Drapier ! Nous installons cet après-midi avec les plus grandes précautions un piège, un vrai piège à loup dans l’intérieur de la cave. Nous y attachons des fils électriques qui doivent entrer en contact au moment où le piège se refermera sur quelqu’un ; ces fils électriques font agir deux sonnettes, l’une dans le bureau du chef de la surveillance et l’autre dans votre propre cabinet. Vous me dites que vous restez dans votre bureau. Moi, je me promène dans l’immeuble, histoire de regarder un peu partout ce qui se passe. Est-ce exact ?

– C’est exact, reconnut Drapier.

– Tout d’un coup, poursuivit Mix, j’entends une sonnerie… Je veux pénétrer chez vous, la porte est fermée, je l’ouvre et vous n’y êtes pas… Que conclure ? Je ne me pose pas la question en ce qui vous concerne, je me dis simplement que le coupable est pincé, et pour que nous soyons en nombre, j’appelle la police ! Nous descendons tous à la cave et nous avons la surprise, qui est pour vous une malchance, de trouver qui, pris au piège ? Vous, monsieur le directeur, vous en personne, Léon Drapier !…

– Et alors, continuait Léon Drapier, en s’animant, quelle est la conclusion logique que doit formuler le chef de la Sûreté ? C’est qu’assurément le voleur de l’hôtel des Monnaies n’est autre que moi…

Mix souriait énigmatiquement.

– N’auriez-vous pas compris de la sorte ?

– Ah ! par exemple ! hurla Léon Drapier, vous êtes abominable, et vous vous moquez de moi !… Mais non je n’aurais pas compris de la sorte, pour cette bonne raison que je sais que je suis innocent, pour cette bonne raison que je suis resté dans mon bureau jusqu’au moment où la sonnerie a retenti, pour cette bonne raison que c’est à ce moment, uniquement, et n’écoutant que mon courage et mon empressement à découvrir le coupable, que j’ai bondi hors de mon bureau pour vous appeler !… Ne vous voyant pas, ne pouvant résister à la curiosité qui me harcelait, je suis descendu seul dans la cave, j’en ai ouvert la porte de fer, et…

– Et, conclut Mix, vous vous êtes fait prendre au piège que vous aviez tendu ! C’est en tout cas d’une maladresse extraordinaire !

– Maladresse ou non, hurla Léon Drapier, ce n’est pas à vous de me le reprocher, mais bien à vous de me plaindre !

– Qui vous dit que je ne vous plains pas ?

– Lorsque je répondais d’un air égaré, abasourdi, souffrant le martyre aux insupportables questions que me posait le chef de la Sûreté, vous auriez dû à ce moment, vous rendant compte de mon trouble et de mon embarras, prendre la parole, fournir des explications…

– Lesquelles ?

– Lesquelles ? Est-ce que je sais, moi ? Le principal est que je suis innocent…

– Ah ! voilà ! fit Mix.

– Comment ! s’écria Léon Drapier, vous doutez ?

Mix fit un geste négatif.

– Pas maintenant, plus maintenant… Mais je vous avoue que j’aurais été très disposé à douter de votre honnêteté si…

– Si quoi ? haleta Léon Drapier, qui sentait combien malgré son innocence les événements se tournaient contre lui.

– Si, poursuivit Mix, je n’étais convaincu que vous n’avez été pris au piège qu’en second lieu, et qu’un homme vous y a précédé, un homme qui a réussi à s’arracher lui-même des terribles mâchoires de fer, ce qui prouve que ce n’est pas une poule mouillée, un homme qui, vraisemblablement d’ailleurs, doit être encore dans la cave, dissimulé sous un tas d’or qui s’est répandu sur le sol, et sur lui par suite de la chute d’une des cuves de verre…

– Ah, mon ami ! s’écria Léon Drapier, vous devez certainement avoir raison, car en effet, je me souviens maintenant qu’au moment où j’entrais dans la cave, quelques instants avant d’avoir été pris au piège, j’ai entendu un vacarme épouvantable, c’était la cuve pleine d’or qui se renversait…

– Eh bien voilà ! fit Mix, vous y êtes !

Mais une nouvelle colère montait au cerveau du directeur de la Monnaie.

– Pourquoi ? s’écria-t-il, pourquoi ne pas avoir dit tout cela lorsque le chef de la Sûreté était présent ?

– Mon Dieu ! fit d’un air évasif l’énigmatique détective, parce qu’il faut bien que je gagne mes appointements, et que je prouve aussi à tous ces messieurs de la Sûreté qu’ils ont affaire à plus fort qu’eux.




XVIII


Job Askings

– L’affaire a été chaude, mais enfin tout est bien qui finit bien ! N’y pensons plus et agissons !

L’homme qui parlait ainsi se trouvait sur les berges de la Seine, rencogné dans l’endroit sombre que formait, à l’abri de l’auréole des becs de gaz, la pile énorme d’un pont. Il haletait, il soufflait et, par moments, il se frottait la jambe avec l’énergie d’un personnage qui cherche, mais en vain, à dissiper une douleur violente.

Quel était cet homme ?

C’était, en vérité, tout bonnement l’inconnu qui s’était enfui des caves de la Monnaie ; l’inconnu qui, après avoir été cruellement meurtri par le piège à loups, avait réussi à fuir, juste à l’instant où sa capture semblait la plus certaine et où il apparaissait que les policiers, lancés à sa poursuite, M. Mix en particulier, allaient infailliblement réussir à s’emparer de lui.

Comme il le disait, l’affaire avait été chaude. Il s’en était fallu d’un rien qu’elle ne tournât mal, d’ailleurs il n’était pas prouvé qu’il était actuellement complètement hors de danger.

Les quais de la Seine, en effet, aux heures avancées de la nuit, ne sont pas ce que l’on pourrait croire.

Ils ne sont point déserts et abandonnés comme, à coup sûr, une infinité de Parisiens sont disposés à le supposer.

Aux heures tardives de la soirée, en effet, les berges se peuplent d’une foule mystérieuse, hâve, déguenillée, aux apparences étranges, mais peut-être en réalité plus inquiétante que réellement dangereuse.

C’est le rendez-vous de tous les meurt-la-faim, de tous les sans-logis, de tous ceux qui composent cette grande armée de la misère qui, d’un bout de l’année à l’autre, cantonne à Paris, manœuvre dans les rues et gagne, avec chaque jour, un combat contre la faim.

Les moindres coins d’ombre sont alors utilisés. En passant on devine, à l’abri des matériaux que l’on charge ou que l’on décharge des péniches, des formes humaines. Elles sont solitaires ou rassemblées en groupe, tassées les unes contre les autres. Il y a des miséreux qui fuient instinctivement toute société, qui défendent leur isolement avec une farouche volonté et comme s’il représentait à leurs yeux le seul bien enviable.

Il en est d’autres, grelottant de froid, qui s’unissent pour se serrer les uns contre les autres et tromper ainsi la fraîcheur de la nuit.

De temps à autre, de loin en loin, on entend alors le bruit d’un gros flac, de quelque chose de pesant qui tombe à l’eau… Personne ne bouge, il n’y a pas un cri. C’est à peine si quelque habitué des berges murmure :

– Encore un qui a eu le cafard !…

Le « cafard » est une maladie étrange, un vertige extraordinaire, qui sévit dans le peuple des berges. Il prend brusquement son homme, il le serre à la gorge, il l’étouffe…

Cela commence par une larme péniblement pleurée par un œil d’ordinaire atone et sec. Cela finit par un râle, un sanglot de désespoir inimaginable…

L’homme atteint de cafard se lève alors… Il marche, titube, roule vers le fleuve qui clapote au long de la berge. Peut-être n’a-t-il plus conscience de ce qu’il fait, peut-être est-il étourdi par un grand désir, un désir obsédant de repos, de silence et d’ombre…

L’homme fait un pas, se penche… Il est à l’eau. Il se noie sans se débattre, et le cafard a fait une victime de plus… voilà tout !

La police n’ignore pas, bien entendu, l’existence des frères de la berge. Elle opère cependant rarement des rafles parmi ces miséreux dont le désespoir et la détresse ont quelque chose de pitoyable, car elle sait fort bien, en effet, que les meurt-la-faim, les traîne-misère ne sont pas en réalité dangereux. Ceux qui volent, ceux qui tuent, sont riches à côté d’eux et n’accepteraient pas de vivre de pareilles nuits.

Il n’y a là que des individus malheureux et la police n’aurait en vérité nul intérêt, nulle raison d’aller troubler leur sommeil appesanti de bêtes forcées par la fatigue.

Tout a des limites cependant. Et lorsqu’il s’est passé dans les environs un fait étrange, surprenant, lorsqu’autour des berges on signale un attentat, il est bien évident que la première pensée de la police doit être d’aller trier un peu les populations, les troupes cantonnées sur les berges.

Or, c’était bien le cas ou jamais où une rafle était menaçante.

Les événements qui venaient de se dérouler à la Monnaie étaient tels, en effet, que la police, prévenue, exaspérée par son impuissance, allait mettre sans doute tout en œuvre pour rattraper le fugitif… Car à coup sûr on savait désormais que quelqu’un s’était enfui des caves…

L’arrivée des agents était donc imminente. Ils pouvaient apparaître de minute en minute, ils seraient sans doute en nombre ; l’homme, s’il voulait fuir, devait le faire à l’instant même.

Prudemment, alors, l’inconnu quittait l’abri que lui avait ménagé la pile du pont. Il marchait sans faire de bruit et, prêtant l’oreille, se faufilait, ombre noire se mêlant à la nuit entre les tas de sable, les amoncellements de cailloux, les grues gigantesques qui garnissaient les berges.

Son passage, d’ailleurs, si furtif qu’il fût, éveillait les pauvres misérables qui dormaient là. Ceux que la misère talonne, ceux que la faim poursuit connaissent tant de malheurs, vivent tant d’inquiétudes qu’ils n’ont en général même pas le bonheur d’un sommeil complet et définitif. Ils dorment d’un œil, et sont prêts à l’alerte, car les dangers de la vie, de leur vie errante, les tiennent toujours en éveil.

On s’inquiétait donc du passage d’un inconnu. Des têtes effarées surgissaient.

Qui se promenait à pareille heure ?

Et comme un mot d’ordre, tous les frères de la berge échangeaient un avertissement :

– La rousse !…

À ce moment, l’homme qui suivait les quais et tentait de s’évader eut un brusque froncement de sourcils, s’arrêtant net d’avancer :

– Oh ! oh ! murmurait-il, cela se gâte !…

Il venait d’apercevoir, à une cinquantaine de mètres devant lui, une dizaine d’ombres qui, marchant en ligne déployée en éventail, avançaient à grands pas.


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