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Les Larmes De Marie-Antoinette
  • Текст добавлен: 15 октября 2016, 01:13

Текст книги "Les Larmes De Marie-Antoinette"


Автор книги: Жюльетта Бенцони



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– Si vous désiriez mon avis à ce sujet, madame, je répondrais que je n’en ai pas. Le problème paraît insoluble.

– Et pourtant il ne l’est pas grâce à lady Mendl : elle propose d’ouvrir son propre jardin qui donne sur le parc afin d’y organiser le souper et nous supprimons le bal. Quand on connaît son talent de décoratrice, les invités glisseront d’un lieu à l’autre sans rompre la magie. C’est pourquoi je vous ai demandé ce que vous en pensiez.

– Le plus grand bien, naturellement. Je suppose que tout le monde est d’accord ?

– Entièrement d’accord !

– Pourquoi voulez-vous que je pense autrement ? J’ajoute que le geste si généreux de lady Elsie me remplit d’admiration.

– Je n’en mérite pas tant, corrigea celle-ci en riant. J’adore recevoir et la décoration dont j’étais déjà chargée ne me posera aucun problème. Il suffira de transporter certains éléments, d’en inventer d’autres et je souhaite vivement que ce soit réussi.

– Nous n’en doutons pas mais êtes-vous sûre, s’inquiéta Olivier de Malden, qu’il n’y aura pas, comme l’autre jour, d’invitations en surnombre ? Non seulement ce serait gênant mais cela risquerait de tout flanquer par terre.

– Je n’ai à ce propos pas compris pourquoi quelqu’un avait jugé bon de faire tirer tant d’autres cartons, renchérit sa femme. On se marchait sur les pieds à l’inauguration.

– Justement, pour que l’assassin soit noyé dans la foule, expliqua Crawford. Vous pouvez être certaine que si l’on découvrait qui a fait imprimer ces invitations en surnombre nous tiendrions du même coup ce misérable.

– En dépit de son crâne dur et de ses idées toutes faites, je crois que Lemercier en a conscience et qu’il a diligenté une enquête chez les imprimeurs de la région, émit le général tandis que l’on sortait de table pour se rendre au salon où le café allait être servi…

– Si dans la région vous englobez Paris, ses banlieues et même plus loin, je lui souhaite du plaisir ! fit distraitement Aldo occupé à observer le manège insolite auquel se livrait Marie-Angéline. Non seulement elle avait accaparé le professeur Ponant-Saint-Germain durant le repas mais, à présent, elle venait de s’accrocher à son bras pour le guider mine de rien jusqu’au petit canapé le plus éloigné du centre de la pièce afin d’y poursuivre en paix une conversation qui semblait singulièrement animée. Intrigué, Aldo s’apprêtait à s’en approcher quand Gilles Vauxbrun le retint, laissant Léonora rejoindre son légitime époux :

– Je me trompe ou l’annonce de l’arrivée de Pauline t’a donné un choc ? fit-il mi-sérieux, mi-moqueur.

– Un choc ? Tu n’aurais pas un peu trop d’imagination ?

– Je ne pense pas. Tu es resté muet, voire songeur pendant un moment il me semble ?

Aldo leva un sourcil insolent :

– Tu m’observes à présent ? Moi qui te croyais uniquement occupé de la belle Léonora !… Cela dit et pour répondre à ta question, disons que j’ai été surpris. Quand nous l’avons rencontrée ensemble sur le bateau, à New York…

– Et aussi à Newport où nous n’étions pas ensemble…

– Et aussi à Boston où je n’étais pas, j’ai cru comprendre qu’elle rentrait définitivement dans son pays natal sans beaucoup de chances pour l’Europe de la revoir de sitôt. Mais, au fait, n’avais-tu pas eu l’idée d’organiser une exposition de ses œuvres à Paris ?

Brusquement Gilles Vauxbrun se mit à rire :

– J’oublie toujours que tu as une mémoire d’éléphant ! C’est vrai, nous en avions parlé et j’ai remis l’idée sur le tapis quand elle est venue me secourir à Boston. C’est la raison principale de sa venue, davantage que pour Marie-Antoinette dont je n’ai pas l’impression qu’elle raffole. Bien qu’elle adore Versailles… Et je me réjouis de l’y ramener !

Si Aldo éprouva un désagréable pincement au cœur en découvrant qu’il venait de rêver dans le vide, il eut assez d’empire sur lui-même pour n’en rien montrer.

– On dirait que tu vas être particulièrement occupé, mon bon ?

– Par quoi ?

– Il me semble qu’entre l’exposition de Pauline et les exigences de Mrs Lowell, ton cauchemar américain, tu auras fort à faire. Où places-tu la belle lady Crawford au milieu de tout cela ?

Gilles prit un air fat qui lui allait aussi mal que possible et qui donna aussitôt à Morosini l’envie de lui taper dessus :

– Mais je ne désespère pas de mener tout cela avec habileté. Si tu veux savoir la vérité, j’ai hâte d’avoir en même temps sous les yeux Pauline et Léonora.

– Pour comparer ? Dis donc, tu ne manques pas d’audace ! Ce pourrait être amusant à observer, malheureusement c’est un plaisir dont je serai privé…

– Tu rentres à Venise ?

– Pas demain matin mais il faut que j’y pense. Meurtres ou non, l’exposition rencontre un énorme succès et je ne peux pas rester l’arme au pied devant mes diamants pendant des semaines. La surveillance est tellement renforcée qu’il ne peut plus rien leur arriver.

Le café bu et les dernières dispositions prises pour la fête, on se sépara sur les remerciements mérités dont on couvrit l’aimable hôtesse. Aldo et Marie-Angéline reprirent le chemin de l’hôtel non sans que le premier eût éprouvé un mal infini à arracher la seconde à une conversation passionnée avec le professeur. Ce qui n’arrangea pas son humeur :

– Qu’est-ce qui vous prend, Plan-Crépin ? Vous êtes en train de nouer une idylle avec ce vieux fou ?

– D’abord ce n’est pas un vieux fou mais un véritable puits de science pour ce qui concerne Versailles en général et Marie-Antoinette en particulier. Il a beaucoup à m’apprendre, riposta-t-elle déjà sur ses grands chevaux. Et puis ne m’appelez pas « Plan-Crépin » ! Il n’y a que notre marquise qui puisse se le permettre. Chez tout autre cela m’offense !

Repentant, Aldo glissa son bras sous celui de la vieille fille :

– Pardonnez-moi, Angelina ! Cette histoire me met les nerfs en boule. Je crois que je vais rentrer à Venise.

Elle s’arrêta net afin de pouvoir le regarder dans les yeux :

– Vous n’allez pas faire ça ? Pas au moment où on commence à s’amuser ?

– Avec quatre meurtres ? Vous avez de l’amusement une curieuse conception !

– Je me suis mal exprimée : je veux dire où les choses deviennent intéressantes. Regardez-moi, Aldo, et dites-moi si vous avez vraiment envie de vous en aller sans connaître la fin de l’histoire ?… Sans savoir au moins ce qui est arrivé au colonel Karloff ?

– À vous entendre, on dirait que je m’apprête à déserter devant l’ennemi.

– C’est juste ce que je pense ! En outre… si vous partez, Tante Amélie voudra rentrer rue Alfred de Vigny et moi avec elle !

– De ce fait, votre roman avec Aristide Ponant-Saint-Germain s’en trouvera étouffé dans l’œuf.

– Cessez donc de proférer des âneries ! Je veux en savoir davantage sur lui et surtout sur son association de dévots de la Reine. Ne me demandez pas pourquoi mais mon nez me souffle que ces fanatiques – d’après ce que j’en sais c’est le terme convenable pour cette joyeuse bande ! – pourraient nous être utiles.

– C’est ce que votre nez vous a dit ?

– Si vous vous livrez à la moindre considération sur sa longueur, je ne vous adresse plus la parole !

– Allons donc, Angelina, sourit Aldo en reprenant son bras pour se remettre en marche. Vous êtes loin de Cyrano de Bergerac, aussi ne mettez pas flamberge au vent. Cela dit, ajouta-t-il en reprenant son sérieux, faites attention à vous ! Ces gens-là ne sont sans doute que de doux dingues mais tout fanatisme – et vous avez prononcé le mot ! – peut comporter des éléments dangereux. Alors, tenez-moi au courant !

– Donc vous restez ! exulta-t-elle. Je me vois mal téléphonant ou télégraphiant chez vous les derniers développements.

– Sans doute mais vous avez Adalbert, cet autre moi-même. Et, tenez, lui aussi songe à aller consulter le professeur sous prétexte qu’un parallèle pourrait exister entre Marie-Antoinette et Néfertiti…

– Mais c’est idiot et il ne faut surtout pas le prendre pour un imbécile !… De toute façon, dit-elle en plissant le nez, le commissaire Lemercier ne vous a pas encore autorisé à partir !

Peu désireux d’entamer une nouvelle polémique, Aldo préféra lui laisser le mot de la fin.

De retour à l’hôtel, le portier lui remit deux lettres. L’une, timbrée de Venise, portait sur sa longue enveloppe de vélin bleuté la grande écriture élégante de Lisa. L’autre, sans indication postale, était un billet plié à l’ancienne mode et fermé par un cachet de cire verte gravé d’une rose. Romantique à souhait.

– C’est un jeune garçon qui l’a apporté il y a environ une heure, expliqua l’homme aux clefs, répondant au regard interrogateur de son client.

Ce fut naturellement celui-là qu’Aldo ouvrit en premier. La teneur du texte en était brève :

« Venez ce soir, ou alors demain vers onze heures si ce n’est pas possible, mais venez seul ! J’ai besoin d’aide. Caroline Autié. »

Rien d’autre ! Pas la moindre formule de politesse ni la plus petite indication sur l’état d’esprit de la jeune fille quand elle avait écrit ces deux phrases peu engageantes ! C’était une simple convocation, presque un ordre, et Morosini détestait qu’on lui donne des ordres. Surtout venant d’une créature qui n’avait pas hésité à l’envoyer en prison ! En outre, il devait venir seul. Pourquoi ?

Cela pouvait ressembler à un piège. Ce qui n’était pas de nature à le faire reculer, bien au contraire, son goût de l’aventure joint à sa curiosité l’aurait plutôt poussé à aller au rendez-vous. D’autant que cette ravissante et fragile Caroline était de celles qui savaient inciter un homme d’honneur à se faire leur champion…

Afin d’échapper à l’attraction de l’étrange billet, Aldo décacheta la lettre de sa femme avec l’espoir qu’elle lui annoncerait son arrivée. Ce serait la meilleure des nouvelles. La belle Lisa à ses côtés, Aldo se sentirait de taille à affronter sans broncher toutes les séductions… fût-ce celle de Pauline. Il avait trop souffert de la séparation qu’elle lui avait imposée dans son amour blessé lorsqu’elle l’avait cru épris de la comtesse Abrasimoff {8}pour risquer de renouveler une expérience qui, cette fois, serait sans appel.

Avant de sortir la lettre de son enveloppe, il l’appuya contre ses lèvres et pria :

– Dis-moi que tu viens, Lisa ! Dis-moi que tu n’en peux plus d’être loin de mes bras ! Apporte-moi tes yeux, tes lèvres, ton corps… J’en ai tellement besoin !

L’épais papier lui restituait le parfum de la jeune femme, cette senteur de fleurs, d’herbe coupée, de forêt et de lande sauvage qu’il aimait tant. Les yeux fermés il s’en grisa durant un long moment avant de se décider à déplier la lettre, à la lire…

– Oh non ! gémit-il.

Lisa lui annonçait bien quelle partait… mais pour l’Autriche : « Les premières chaleurs nous sont tombées dessus comme une couverture mouillée, écrivait-elle. Venise suffoque et ce n’est pas bon pour les enfants. En particulier pour notre petit Marco auquel le docteur Licci a découvert une légère faiblesse des voies respiratoires. Peu inquiétante sans doute mais, Antonio et Amelia une fois installés à Rudolfskrone, je l’emmènerai à Zurich pour une consultation chez le professeur Glanzer. Alors seulement je serai rassurée… Ensuite nous verrons ! Tu le vois, mon chéri, le sort est contre moi. En effet, j’ai songé un instant à te rejoindre à Paris mais ce ne serait pas raisonnable et tu n’aurais guère lieu de t’en réjouir parce que l’inquiétude me rendrait invivable. J’espère, d’ailleurs, que tu ne t’éterniseras pas dans un endroit si malsain. Votre exposition tourne au cauchemar et Grand-Mère que j’ai eue au téléphone hier regrette d’avoir contribué à t’y engager… »

Suivait une liste de recommandations qu’Aldo parcourut d’un œil agacé. Le côté mère poule de Lisa s’y étalait avec trop de complaisance. Où était l’amante passionnée avec qui il avait partagé tant de nuits – et pas mal de jours ! – dont le souvenir le brûlait ? Il semblait que l’arrivée du jeune Marco eût réveillé chez sa mère le côté suisse sain, logique, aseptisé, qu’Aldo ne lui avait jamais connu. Il en venait à regretter l’ère de Mina Van Zelden. Au moins celle-là ne manquait pas d’humour ! Sans oublier qu’elle était une collaboratrice hors pair !

Lisa achevait sa lettre en pressant son époux de la rejoindre soit à Zurich où elle comptait rester quelques jours auprès de son père, soit à Ischl où l’air balsamique du Salzkammergut « ferait le plus grand bien à ses bronches de fumeur »…

– Qu’est-ce qui lui prend ? ragea-t-il en froissant la lettre qu’il se retint de jeter au panier. Si ça continue, elle m’enroulera des cache-nez dès qu’il y aura un peu de vent et m’obligera à porter l’hiver des charentaises, des bonnets de nuit et des caleçons longs. En pilou de préférence. En attendant de me promener dans une petite voiture !

Il était tellement furieux qu’il éprouva le besoin d’une oreille compatissante et s’en alla frapper chez Mme de Sommières. Il la trouva sur le point de déguster sa première coupe de champagne vespérale.

– Tu viens me tenir compagnie ? C’est gentil. Plan-Crépin a subitement jugé urgent d’aller au salut à Notre-Dame… Puis considérant son neveu d’un œil plus attentif : Que se passe-t-il ? Tu as l’air tout hérissé ?

– Ça ! fit-il d’un ton dramatique en lui tendant l’épître qu’il avait tout de même pris soin de défroisser mais qui en gardait des traces.

– Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle en reposant sa coupe pour chercher au milieu de ses sautoirs son petit face-à-main serti d’émeraudes. Cela ressemble à une lettre qui a eu des malheurs ?

– C’en est une !… De Lisa en plus ! Mais lisez plutôt !

Aldo se mit à observer la physionomie de la vieille dame et ne put manquer de remarquer les coins de sa bouche qui se relevaient peu à peu.

– On dirait que vous la trouvez drôle ?

Elle releva sur lui ses yeux pétillants de malice :

– Très !… mais je te connais assez pour deviner que tu n’apprécies pas ! En fait de saine atmosphère helvétique, tu ne respires, toi, que les vents tourbillonnants de la passion ! L’aquilon, le mistral, le simoun, les autans, voilà ce qu’il te faut ! La paisible brise du lac Léman te paraît insuffisante. Alors qu’elle convient à ta femme.

– Allons donc ! Souvenez-vous de ce que nous avons vécu, ensemble ou séparés ? La passion est notre climat à nous !

– Le tien sans doute, mais elle ? Souviens-toi de ce qu’elle a enduré, et justement quand vous étiez loin l’un de l’autre ? J’énumère ?

– Ne vous donnez pas cette peine ! J’ai bonne mémoire.

– Alors tâche de l’avoir équitable ! Lisa a participé à toutes tes aventures. Comme secrétaire d’abord, puis comme amie, enfin comme épouse. À présent elle est mère… et cela fait une sacrée différence !

– Pas pour moi ! Elle était enceinte quand Adalbert et moi galopions derrière les « Sorts Sacrés ». Ensuite les jumeaux étaient là quand elle est venue se jeter dans le piège que lui tendait ce monstre d’Alaya…

– … et encore enceinte quand tu traquais un assassin sadique au milieu des fastes de Newport. Maintenant vous avez trois enfants et je suppose qu’elle éprouve le besoin de souffler un peu ! Elle sait que ta passion des pierres célèbres te met souvent en danger et je suis certaine qu’elle a passé plus de nuits blanches que tu ne l’imagines. À présent, elle pense que ton métier suffit à mettre dans ta vie le piment qui lui est nécessaire mais elle rêve pour les enfants, et toi aussi, d’un foyer chaleureux, d’un havre de paix où tu puisses trouver le repos du guerrier. En outre, assena Tante Amélie, tu es comme les copains : tu ne rajeunis pas !

En dépit du sourire moqueur dont elle assaisonna cette vérité, Aldo ne la reçut pas moins en pleine figure.

– Eh bien, fit-il suffoqué, on peut dire que vous vous y entendez pour remonter un moral défaillant !…

– Ne fais pas cette tête ! Que tu aies quinze ou seize ans de plus que ta femme ne fait pas de toi un vieux débris et je suis persuadée que le père de la mariée recueillera encore tous les suffrages des dames quand tu marieras Amelia. Et tu le sais !

– Voilà autre chose à présent ! Le mariage d’Amelia ! Savez-vous, Tante Amélie, que je vais redouter mes anniversaires ?

– Est-ce que je les redoute, moi ? Je vais avoir quatre-vingts ans et tonnerre de Dieu, j’en suis fière ! Alors cesse de dire des sottises et écris à ta femme une lettre pleine de tendresse en lui disant que tu l’approuves et que…

– Approuver qu’elle se précipite en Suisse chaque fois qu’un des gamins éternue ? Ah non ! Nous avons d’excellents médecins chez nous ainsi qu’en France…

– … que tu l’approuves, répéta la marquise en haussant le ton, que tu l’aimes et qu’elle te manque affreusement. Parce que c’est ça le pire ! Tu es amoureux de Lisa comme au premier jour…, et tu détestes dormir sans elle. Non ?

– Si et elle le sait. Je lui ai raconté ce qui se passe ici et je lui ai demandé de me rejoindre avec le bébé et sa nurse. L’air est parfait. Nous sommes noyés dans la verdure…

– Mais on n’y entend pas le ranz des vaches ! S’il y en avait encore dans le Hameau de la Reine, Lisa trouverait sans doute que leur lait ne présente pas les garanties de pureté nécessaires ! Que veux-tu, elle est Suissesse !

– J’aimerais justement qu’elle le soit un peu moins !

L’entrée d’Adalbert qui était allé visiter l’exposition fit diversion. Rouge et essoufflé il se laissa tomber dans une bergère :

– C’est fou le monde qu’il y a ! lâcha-t-il. Encore deux ou trois cadavres et vous pourrez jouer les prolongations jusqu’à Noël. Ce sont naturellement les bijoux et les robes qui remportent les suffrages. Dès qu’ils sont devant les vitrines, ces gens ne bougent plus et il faut les extraire de force. Heureusement que la police a prévu des gars bien musclés et en nombre suffisant ! Me ferez-vous l’aumône d’un verre, chère marquise ?

– Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai refusé de vous accompagner, dit celle-ci en exauçant sa prière. Vous me voyez rentrer dans le même état que vous ? Une douche ne sera pas de trop !

– Pour rester encore debout ? Que nenni ! Mais un bain, un merveilleux bain chaud parfumé au cèdre du Liban dans lequel je vais me prélasser en fumant un cigare !… À propos, comment s’est passé ton déjeuner ? ajouta-t-il en se tournant vers Aldo.

– Je te le raconterai pendant que tu joueras les odalisques.

– C’est que… un petit somme peut se produire.

– Il faut choisir, mon vieux : ou tu fumes ou tu dors. Le cigare ne me dérangera pas… Et il continua entre ses dents : J’ai à te parler !

Les deux hommes gagnèrent la chambre d’Adalbert et, tandis que celui-ci se faisait couler un bain additionné d’un plein flacon de sels odorants, Aldo s’établit au pied du lit, rangea la lettre de Lisa dans sa poche et sortit celle de Caroline :

– J’ai reçu ce pli tout à l’heure et je voudrais savoir ce que tu en penses ?

Sortant du brouillard de la salle de bains, Adalbert prit le billet, le parcourut et leva les sourcils :

– Que c’est un peu trop comminatoire pour cacher un piège… mais que j’aimerais y aller avec toi… à tout hasard !

– Moi aussi et c’est pour ça que je t’en parle. Or, elle veut que je vienne seul. Que proposes-tu ?

– Nous irons à pied – ma voiture manque de discrétion ! – et pendant que tu entreras pour voir ce qu’elle te veut, je ferai les cent pas aux environs, prêt à répondre au moindre appel. Débrouille-toi seulement pour ne pas refermer la grille : j’aime de moins en moins escalader les murs…

Il était un peu plus de dix heures et demie et il tombait des cordes quand les deux hommes identiquement sanglés dans leurs trench-coats aux cols relevés, casquettes en tweed enfoncées jusqu’aux sourcils, quittèrent le Trianon Palace en refusant les services du voiturier.

– On a besoin de marcher, lui confia Adalbert.

– Sous la pluie ? Est-ce bien raisonnable ? s’enquit cet homme soucieux du confort de ses clients. Acceptez au moins des parapluies !

– Rien de ce qui est raisonnable n’est amusant et l’eau du ciel est tonique pour la peau…

Ce fut mot pour mot ce que lui déclara quelques instants plus tard une silhouette – féminine cette fois ! – emballée de toile cirée noire qui se précipita sur leurs traces. Marie-Angéline avait trouvé suspect la soudaine envie de dormir qui, dès le café avalé, avait expédié Aldo et Adalbert dans leurs chambres respectives avec un ensemble parfait… Il est vrai que le premier avait précisé qu’il comptait écrire une longue lettre à Lisa avant d’aller au lit. Du coup, elle-même se découvrit une brusque migraine nécessitant la prise de comprimés d’aspirine et le repos dans le noir. À quoi Mme de Sommières avait aimablement consenti sans se priver d’ajouter, pas dupe le moins du monde :

– Mettez un imperméable et des bottes. Je crois qu’il commence à pleuvoir…

– Nous ne sommes pas trop contrariée de mes absences répétées ? fit Plan-Crépin devenue toute rouge.

– Vous savez, lorsque je vous ai laissée vous embarquer dans cette histoire d’exposition à laquelle mon neveu et ses chers joyaux seraient mêlés, je me doutais qu’il fallait me préparer à passer quelques soirées solitaires.

Puis changeant de ton :

– Où croyez-vous qu’ils aillent ?

– C’est ce que je voudrais savoir.

– Moi aussi. Alors n’oubliez pas de passer chez moi en rentrant… et faites attention tout de même !…


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