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La fille de Fantômas (Дочь Фантомаса)
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Текст книги "La fille de Fantômas (Дочь Фантомаса)"


Автор книги: Марсель Аллен


Соавторы: Пьер Сувестр
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7 – SORTIE DU TOMBEAU

Dans la nuit du 18 au 19 juin, le silence du grand cimetière situé au nord-est de la capitale britannique fut troublé par des bruits de pas, d’étranges allées et venues.

Une ombre avançait sous les cyprès du chemin entre les pierres tombales.

Ayant traversé la moitié à peu près de la nécropole sous son voile nocturne, l’ombre, celle d’une femme, apparemment, se trouva soudain en présence de plusieurs caveaux surmontés les uns et les autres d’une construction en forme de temple. Son visage qui, à ce moment se trouvait éclairé par la lune, était affreusement pâle.

Puis l’ombre essaya d’entrebâiller de ses mains délicates la grille d’un caveau qu’elle devait croire ouvert. Mais la grille était fermée par une lourde serrure. Sans s’épuiser en efforts inutiles, ayant émoussé les menus outils sur lesquels, sans doute, elle comptait, la jeune femme au comble de l’émoi se laissa choir sur le gazon, en proie au désespoir.

Convaincue de l’inanité de ses efforts, elle se tordit les bras. Des sanglots lui montèrent à la gorge.

Mais à quoi bon crier ? pourquoi aurait-elle appelé ?

 Les morts dans les cimetières n’entendent pas, et la grande dame était seule certainement.

Aucun bruit ne venait troubler le silence.

Réagissant contre sa prostration première, la femme mystérieuse, dans un suprême effort de volonté, tenta encore d’ébranler la grille qui la séparait de l’intérieur du caveau d’où montait un courant d’air glacial.

– Mon Dieu ! mon Dieu ! gémit-elle, que devenir ? que faire ?

Ses doigts s’ensanglantaient, la grille ne s’ouvrait toujours pas.

Soudain, elle s’arrêta. On avait marché.

Qui donc, pouvait errer comme elle, dans ce cimetière à cette heure de la nuit ?

Une silhouette se profila le long des tombes, celle d’un homme armé d’une pioche.

La dame blonde l’aperçut avant d’être découverte par lui.

Mais l’homme, cependant, devait se douter de quelque chose d’anormal. Tout en marchant, il regardait autour de lui, semblait scruter l’ombre, jeter des coups d’œil inquisiteurs dans les massifs de fusains, sous l’ombrage des cyprès autour des sépultures.

La dame anéantie, et soupçonnant peut-être que ce nouveau venu allait lui apporter un secours inespéré, n’essaya pas de se dissimuler.

L’homme, lorsqu’il l’aperçut enfin, eut un soubresaut et s’arrêta sans rien dire en face d’elle, stupéfait.

Il portait un vêtement à boutons de métal et galons d’argent.

Lorsqu’il eut suffisamment regardé l’inconnue, l’homme l’interrogea :

– Pardieu, madame, je suis fort étonné de vous trouver ici, et, comme je n’ai pas l’honneur de vous connaître, je serais très heureux de savoir qui vous êtes ? Vous n’ignorez pas que les règlements de la municipalité interdisent à toute personne étrangère à l’Administration du cimetière, de pénétrer dans ce lieu en dehors des heures régulières de visite. Mon devoir est de vous conduire au poste de police où vous vous expliquerez…

La dame s’était relevée.

C’était assurément une excellente comédienne, car, dissimulant son émotion, refoulant ses larmes, elle avait pris l’air à la fois suppliant et aimable pour répondre au fossoyeur :

– Pardonnez-moi, monsieur, murmurait-elle, et ne m’accablez pas… Hélas, je sais que je suis coupable… mais il y a à toute faute des excuses et je suis sûre que, lorsque je me serai expliquée, vous reviendrez sur votre décision de me conduire au poste de police… Je suis une femme du monde bien malheureuse, et j’aimerais mieux mourir.

– Il ne s’agit pas, madame, de mourir, mais bien de me fournir les explications qui, certainement, justifieront votre présence.

– Cette grille, dit la dame, est fermée à clef. Pourquoi ne peut-on pas l’ouvrir ?

– Elle est fermée à clef, en effet, madame, des cercueils y ont été déposés hier et cet après-midi encore.

– Je sais bien, répondit-elle, c’est pour cela justement que je suis venue, c’est pour cela que je me désespère.

– Pourquoi donc, madame ?

À mots précipités, hachant ses phrases, se rapprochant de plus en plus du fossoyeur, comme si elle voulait le convaincre en l’hypnotisant de son regard étincelant, la grande dame parla tout d’un trait :

– Le dernier cercueil que l’on a descendu dans ce caveau est celui d’un parent, d’un ami… d’un être que j’aime… que j’aimais plus que tout au monde. Une erreur effroyable a été commise… on a enfermé dans cette bière un document de la plus haute importance, et… tenez… j’aime mieux tout vous avouer, car je veux croire que vous allez m’aider, j’étais venue dans l’intention d’ouvrir cette bière et d’y prendre le document.

L’homme haussa les épaules.

– C’est impossible.

– Oh ! ne me dites pas ça, s’écria-t-elle, ce serait vouloir ma mort, ce serait provoquer le drame le plus affreux qu’il soit possible d’imaginer. Je vous en prie, monsieur, puisque la chose est en votre pouvoir, ouvrez cette grille, ouvrons ce cercueil.

– C’est absolument interdit, fit observer l’homme, interdit par l’Administration. Quiconque enfreindrait cet ordre serait puni.

À ces paroles peu encourageantes, la grande dame eut cependant un léger sourire de triomphe.

Discrètement, elle tira de son réticule, un petit portefeuille qu’elle glissa presque de force dans la main du fossoyeur.

– Je vous jure, dit-elle, que nul n’en saura rien… nous aurons vite fait… au nom du Ciel aidez-moi.

Une lutte poignante devait s’être engagée dans la conscience du fonctionnaire.

Certes, ce que lui demandait cette femme était étrange, anormal, non pas impossible comme il l’avait dit. Rien ne lui était plus simple, en effet, que d’ouvrir la grille du caveau, que de descendre les quelques marches qui conduisaient à la crypte pour aller ouvrir le cercueil.

Mieux que personne, le fossoyeur savait que le cimetière était désert, que nul ne viendrait les surprendre.

Il était honnête homme et respectueux de la consigne, mais il n’était pas riche certes, et chargé de famille.

Cette personne appartenait sûrement au grand monde et ce qu’elle disait devait être vrai, et le fossoyeur savait par expérience que ce n’est pas par pure curiosité ou simple gaieté de cœur que l’on désire faire ouvrir un cercueil.

Après de longues hésitations, cédant enfin aux objurgations de plus en plus vives de son interlocutrice, le fossoyeur acquiesça.

La grille s’ouvrit, l’homme et la femme descendirent doucement dans le caveau glacial éclairé par la lune.

Il y avait là plusieurs cercueils rangés les uns à côté des autres, attendant leur inhumation définitive.

Une grande bière, sur le couvercle de laquelle était fixée une plaque de métal portant cette simple inscription :

Tom Bob

retint l’attention de la dame blonde.

Elle désigna du doigt le cercueil au fossoyeur.

Celui-ci, résolu à tenir sa promesse jusqu’au bout, avec une dextérité de professionnel, enleva de la pointe de son couteau les vis à peine enfoncées du couvercle de chêne. Le couvercle se rabattit bientôt. Le mort apparut.

C’était un homme d’une quarantaine d’années, au visage calme et reposé, au cheveu rare, argenté sur les tempes. Il paraissait dormir et ses membres n’avaient même pas la rigidité habituelle des cadavres.

– Dépêchez-vous, madame, dit le fossoyeur qui s’était écarté.

La grande dame s’était jetée à genoux près de la bière ouverte, et avant que le fossoyeur ne fût revenu de sa surprise, elle avait renversé le contenu d’une fiole dissimulée dans le creux de sa main, sur les lèvres du mort.

Le fossoyeur avait poussé un cri d’épouvante :

– Ah ! madame… que voulez-vous donc faire ?

Mais l’émotion, le cloua sur place, ému, hébété, évanoui, on ne savait pas.

Quelques secondes après, le mort revenait à la vie. Ses paupières remuaient, ses bras eurent quelques contractions. L’homme enfin se redressa.

Ses lèvres s’agitèrent, il parla :

– Lady Beltham, murmura-t-il, merci, je vous attendais.

Lady Beltham, car c’était elle, en effet qui avait assumé la redoutable tâche de venir ouvrir le cercueil de Tom Bob, eut un mouvement d’angoisse :

– Vous étiez donc réveillé ? fit-elle.

– Depuis une heure, répliqua le ressuscité, je vous entendais, mais je ne pouvais faire le moindre mouvement. Si mon esprit vivait, mon corps était encore plongé dans la catalepsie.

– Tom Bob, implora lady Beltham, partons… fuyons.

L’homme sur la bière duquel on avait écrit le nom célèbre de « Tom Bob » se leva lentement. Mais il avisa le fossoyeur évanoui.

– Celui-là, qu’est-ce qu’il fait ?

Lady Beltham expliqua le précieux concours que lui avait prêté le fossoyeur, elle insista sur le malheur irréparable qui aurait résulté de son refus de coopérer.

Tom Bob, cependant, qui sentait peu à peu renaître en lui son irréductible vigueur, son admirable robustesse, demeurait songeur, les sourcils froncés.

– Ce fossoyeur, articula-t-il enfin, lentement, est un témoin… fâcheux.

– Grâce pour lui, Tom Bob, dit lady Beltham.

Mais Tom Bob ne l’écoutait pas. Déjà il se penchait sur le corps inerte du fossoyeur. La commotion avait été violente, l’homme ne reprenait toujours pas connaissance. Tom Bob eut un sourire affreux, en considérant celui qui allait être sa victime. Ses mains musclées et vigoureuses se nouèrent autour du cou du fossoyeur, puis ses doigts serrèrent longuement, cependant que le pouce comprimait avec énergie les carotides et la trachée-artère. Le malheureux n’eut pas un mouvement de révolte, ne fit pas un geste.

À peine entendit-on un léger râle s’échapper de sa gorge, puis sa tête retomba en arrière, cependant que ses lèvres devenaient toutes blanches et que ses yeux se révulsaient.

Lady Beltham, épouvantée, s’était laissée tomber sur les dalles de pierre qui constituaient le sol du caveau.

De ses yeux fixes, agrandis par l’épouvante, désormais, elle regardait faire Tom Bob.

Tom Bob avait soulevé le cadavre du fossoyeur, sa force herculéenne lui était entièrement revenu, et Tom Bob prenait le mort à pleins bras, l’emportait pour le déposer ensuite dans le cercueil, dont lui-même venait de sortir quelques instants auparavant.

Tom Bob, cet acte horrible accompli, revissa le couvercle sur la bière avec une hâte fébrile, et quelques minutes plus tard, l’ordre était rétabli dans la crypte.

Dans les cercueils, rangés les uns contre les autres, il n’y avait plus désormais que des morts… que de véritables morts.

***

La nuit n’était pas encore achevée que Tom Bob et lady Beltham se retrouvaient dans une petite maison isolée de la banlieue de Londres.

Cependant, lady Beltham luttait encore pour réagir contre l’émotion qui l’avait torturée.

Tom Bob, lui, fit une toilette minutieuse, puis s’apprêta à partir.

– Tom Bob, dit lady Beltham, vous me quittez, vous m’abandonnez, moi qui vous ai sauvé ?

– Je vous ai sauvée aussi, répliqua Tom Bob, et je vous sauverai encore, mais un homme, même un homme comme moi, n’a qu’une parole. J’ai juré, je vais tenir mon serment.

Lady Beltham épouvantée, car sans doute elle comprenait la décision du mystérieux personnage qu’elle venait d’arracher à la mort la plus affreuse, interrogeait douloureusement :

– Mais que comptez-vous faire ?

– Voir Juve, déclara Tom Bob, voir Juve auquel j’ai promis de rendre Fandor, Juve à qui j’ai donné rendez-vous trois jours après mon enterrement.

Lady Beltham avait une exclamation de surprise :

– Vous rendrez Fandor à Juve, dit-elle, savez-vous donc où il se trouve ?

Gravement, Tom Bob affirma :

– Je sais où se trouve Fandor, madame, et je le rendrai à Juve, car en rendant Fandor j’obtiendrai de mes adversaires le répit dont j’ai besoin pour accomplir l’œuvre que je médite depuis quinze ans.

– Tom Bob, s’écria encore lady Beltham, est-ce possible ? c’était donc vrai ?

– C’était la vérité, madame… et, quoi qu’il arrive, n’oubliez jamais que l’amour le plus puissant est…

– Est ?

– L’amour paternel.

Tom Bob, qui venait d’échapper si miraculeusement à une mort horrible, n’était pas seulement le plus célèbre des détectives anglais, membre du Conseil des Cinq. C’était encore et surtout, Fantômas.

Fantômas dont les dernières paroles à son vieil adversaire, avaient été :

– Juve… à dans trois jours.

***

Juve, après avoir compté les jours, comptait les heures. Le soir venait. Avec la nuit toute proche, allait s’achever la troisième journée, allait se terminer le délai fixé par Fantômas. Juve reverrait-il le bandit ?

Certes, sa décision était prise : si Fantômas ne revenait pas, Juve, le soir même, serait au cimetière, il aurait vu le chef de la police anglaise et lui aurait tout raconté. Il ferait ouvrir le cercueil.

Mais Juve ne voulait rien dire, Juve ne voulait pas agir avant l’expiration du délai.

Il était environ sept heures. À huit heures, l’inspecteur de la Sûreté reprendrait sa liberté d’action.

Juve, dans la petite chambre qu’il occupait dans un hôtel du centre de Londres, en proie à une vive émotion, allait et venait, incapable de tenir en place.

Soudain il tressaillit.

Un coup discret venait d’être frappé a la porte.

– Entrez, fit Juve, d’une voix étranglée par l’émotion.

La porte s’ouvrit.

Fantômas apparut…

8 – LES PREMIÈRES CARTOUCHES

– Ma chère Winie, affirmait Teddy, vous avez absolument tort de vous désoler. D’abord, se faire du mauvais sang n’a jamais servi à rien, et, ensuite, vous verrez que tout s’arrangera… Tout s’arrange, d’ailleurs.

– Ah ! Teddy, on voit bien que vous n’êtes pas à ma place, vous ne comprenez pas toute l’horreur de la situation.

– Mais rien n’est définitif, Winie, voyons…

– Si, Teddy. Comment voulez-vous que son innocence éclate jamais ?

– Le jour où l’on découvrira le voleur…

– Est-ce qu’on le découvrira jamais ?

– Si, si, le voleur d’une somme pareille, Winie, doit fatalement commettre une imprudence, faire des dépenses exagérées, jouer aux cartes, attirer l’attention.

Winie, tristement, secoua la tête.

– Non, déclara-t-elle, vous vous trompez, ce misérable argent a été trop adroitement subtilisé, pour qu’il ne soit pas absolument certain que le coupable est un habile homme. Il sait maintenant, à coup sûr, que le lieutenant Wilson Drag passe pour coupable, il aura bien soin de ne rien faire qui puisse attirer les soupçons sur lui. Wilson Drag est bel et bien perdu…

– Perdu, mais non.

– Que voulez-vous qu’il fasse maintenant ? Si ses collègues, si ses chefs apprennent jamais pareille aventure, voyez le scandale, voyez le déshonneur qui rejaillit sur lui…

– Votre père ne dira rien, Winie…

– Papa, non, sans doute. Il ne voudrait pas avoir une pareille responsabilité, mais Jupiter parlera. Vous pensez bien…

Teddy ne répondit pas.

Ils se trouvaient dans la vaste pièce, formant salon, qui occupait presque tout le rez-de-chaussée de Diamond House.

Par les fenêtres, on apercevait les montagnes sauvages, encerclant de toutes parts la maison, et la nuit close, à peine éclairée par une lune indécise, prêtait des aspects fantastiques aux arbres torturés par le vent.

Teddy était arrivé vers les neuf heures, à cheval, suivant son habitude. Il revenait d’une longue course, et n’ayant plus le temps de regagner pour le dîner sa demeure, il s’était arrêté à Diamond House pour solliciter des hospitaliers propriétaires, le traditionnel morceau de « blitong » qui, dans toute l’Afrique du Sud constitue le repas obligatoire des cavaliers et des chasseurs.

Teddy avait trouvé Diamond House presque désert. L’usine, voisine de la maison d’habitation, avait déjà renvoyé ses ouvriers, et dans les bâtiments sombres, les machines avaient arrêté leur va-et-vient.

Hans Elders lui-même n’était pas là. À son habitude, il était parti de bonne heure pour gagner Durban, pour faire à son cercle sa partie de baccara. Déjà les domestiques étaient remontés se coucher, seule Winie rêvait à l’une des fenêtres du salon.

C’était la jeune fille qui s’était avancée à la rencontre de Teddy, c’était elle qui, avec sa familiarité libre, cette cordialité simple qui règne dans tout le Natal, avait improvisé au jeune homme un frugal souper, très heureuse de sa venue, d’ailleurs, qui lui donnait l’occasion d’une causerie confiante, qui lui permettait de décharger dans une oreille amie le poids de son chagrin.

Pour Teddy, tandis qu’il prodiguait à Winie les mots les plus consolants, les assurances les plus douces, dans l’espoir de calmer son chagrin, il semblait à la vérité fort peu convaincu de ce qu’il disait…

Ce qui faisait que Teddy était sombre, c’est que, pensait-il, même si l’innocence de Wilson Drag éclatait – et elle éclaterait – un mariage n’en serait pas moins fort difficile entre Winie et Wilson Drag.

Wilson Drag, en effet, n’apprendrait-il pas un jour ou l’autre, et cela par le fait même de Teddy, la nature véritable de Hans Elders ?

Et Winie n’était-elle pas, de la sorte, vouée aux pires malheurs ?

Or, comme Winie silencieusement pleurait, comme Teddy, à bout d’arguments, demeurait embarrassé, peiné du chagrin de Winie, mais ne sachant plus trop que dire, voici qu’au même instant les deux jeunes gens tressaillirent :

– Avez-vous vu ? haleta Winie.

– Oui, il m’a semblé…

Teddy déjà s’était levé, il courait à la fenêtre.

– Hello ! qui va là ?

La voix du jeune homme résonna, vibrante et chaude dans le silence calme du soir. Nulle réponse. Teddy répéta :

– Hello, qui va là ? Que veut-on ?

Nulle réponse encore.

Et comme Winie l’avait rejoint et se tenait très pâle, à ses côtés, Teddy, persuadé qu’ils avaient été victimes d’une illusion, déclara :

– Nous avons dû nous tromper, il n’y a personne…

Mais Winie, elle, était certaine du contraire :

– Non ! non ! fit-elle, je suis sûre de ce que j’ai vu, il y avait quelqu’un qui collait son visage à la fenêtre, qui nous épiait.

– Qui ?

Teddy haussa les épaules tranquillement.

– Qui ? Winie, reprit-il. Mais c’est peut-être votre père, tout simplement qui rentre et qui, voyant de la lumière ici, a regardé en passant… Nous allons l’entendre ouvrir la porte et…

– Non, dit Winie, si c’était papa, il aurait répondu à nos appels.

– Eh bien, c’est un domestique attardé, qui craignait une réprimande.

– Il ne serait pas rentré à Diamond House par cette porte, Teddy.

– Alors, c’est un passant qui a été intrigué par votre maison. On s’attend si peu, au sortir du vallon sauvage qu’il y a à cinquante mètres d’ici, à trouver une demeure, qu’il est assez naturel…

Et soudain, Winie sursauta de nouveau :

– Là ! là ! fit-elle, voyez…

Teddy, de ses yeux perçants, de ses yeux de chasseur, habitués à saisir les moindres détails, à découvrir, même au plus fort de la nuit, les plus petits aspects d’un paysage, avait, lui aussi, tout comme Winie, aperçu l’ombre dans le bout du jardin.

– Oui ! avoua-t-il cette fois.

Et, rapidement, rabattant les volets de fer qui clôturaient la fenêtre et mettaient la pièce à l’abri de toute attaque, il ajouta :

– J’en aurai le cœur net, parbleu. Restez ici, Winie, je vais aller fouiller le jardin.

Mais Teddy n’avait point traversé le salon que Winie, effrayée, s’agrippait à lui :

– Oh non ! criait la jeune fille, pour l’amour de Dieu, n’y allez pas.

– Et pourquoi ?

– J’ai peur pour vous…

– Allons donc.

– C’est sans doute un malfaiteur, un bandit, on a signalé des convicts dans les environs. N’y allez pas, Teddy.

Mais du moment qu’il s’agissait d’un danger à courir, pas moyen de retenir Teddy.

Outre qu’il était naturellement brave, sa vanité de jeune homme n’eût pas admis de reculer.

Il repoussa Winie doucement :

– Vous êtes folle, dit-il. Si par hasard c’était un malfaiteur, ce serait une raison de plus pour aller le chercher. D’ailleurs, un homme en vaut un autre.

– Je vous en supplie, s’écria Winie, j’ai peur, terriblement peur.

Et comme Teddy, sans l’écouter, ouvrait la porte du salon, la jeune fille, comprenant qu’elle n’allait pouvoir le retenir, demanda :

– Vous êtes armé, au moins ? Vous avez vos revolvers ?

Machinalement, Teddy porta la main à sa ceinture où, d’habitude, pendait toujours l’un des Colt qui était ses compagnons habituels.

– Non, dit-il, ils sont restés dans les fontes de ma selle. Peu importe. Ne vous inquiétez pas.

Winie, de plus en plus tremblante, venait encore de tressaillir. Prêtant l’oreille, elle avait entendu dans le jardin un bruit de pas. Si c’était vraiment une bande de malfaiteurs qui cernait la maison…

– Ah, je ne veux pas vous laisser partir, répéta-t-elle, restez, Teddy…

Le jeune homme la repoussa.

– Laissez-moi donc…

– Alors, armez-vous. Tenez, là, dans le cabinet de mon père, vous trouverez son fusil et des cartouches dans la petite armoire vitrée, contre le mur…

Teddy gagna le bureau de travail de Hans Elders, pas fâché, en somme, d’aller y prendre une arme.

Le fusil était au râtelier.

Teddy le prit et, d’un geste machinal, il fit basculer la clef du pontet, vérifia le chargement…

– Il n’y a qu’une cartouche. Bien.

Le jeune homme bondit à la petite armoire où Winie lui avait dit qu’il trouverait des munitions.

Sur les rayons de l’étagère, des cartouches, en effet. Teddy en prit une poignée – des cartouches bleues, analogues à celles dont il se servait lui-même – il les fourra dans sa poche.

Mais, en même temps qu’il glissait dans le magasin de son arme l’une des douilles, voilà que de la petite armoire vitrée tombait, ébranlée par son geste, toute une pile d’autres cartouches, des cartouches liées ensemble, et de couleur rose…

Or, du paquet de cartouches roses, une cartouche s’était séparée… Cette cartouche, tombée sur le culot, avait détoné, mais elle n’avait pas éclaté. À peine l’enveloppe de carton était-elle fendillée… Teddy qui, voyant basculer le paquet de cartouches, s’était attendu à une assez forte explosion, en demeura saisi.

Machinalement, il ramassa l’unique cartouche dont la capsule venait de détoner, il la mit dans sa poche, songeant :

– Eh bien, si les douilles que je viens de prendre ne sont pas de meilleure qualité, mon fusil ne va pas me servir à grand-chose.

Il se précipita vers la porte-fenêtre du cabinet de travail, l’ouvrit, courut dans le jardin, son fusil sous le bras :

– Hello ! cria-t-il encore, ayant l’impression que quelqu’un venait de débusquer d’un fourré et de s’enfuir devant lui.

Nul ne répondit. Teddy hâta sa course.

– Dommage, pensa-t-il, que la nuit soit si sombre. Il y a certainement quelqu’un dans ce jardin, mais où ?

Il fallait d’ailleurs au jeune homme un beau courage pour continuer ainsi sa course. Lui ne voyait personne, mais sans doute « on » le voyait, car son ombre devait se détacher, en silhouette, sur les fenêtres éclairées du cabinet de travail de Hans Elders.

Teddy, immobile, l’arme à l’épaule, prêt à faire feu, écouta un instant, puis brusquement pivota sur ses talons, visa un quart de seconde, tira.

Teddy venait de faire feu, un peu au jugé, sur quelque chose, homme ou bête, qu’il avait aperçu assez loin de lui, dans l’obscurité.

Après le claquement brutal du coup de fusil, le jardin redevint silencieux.

– Sapristi, se dit Teddy, je l’ai manqué.

Instinctivement, le jeune homme bascula encore le canon de son arme pour remplacer la cartouche qu’il venait de tirer.

La main dans sa poche, il prit un nouveau chargement, s’apprêta à l’introduire dans la culasse de son fusil… et tandis qu’il opérait, machinalement, sans regarder ce qu’il faisait, Teddy continuait à surveiller le jardin…

Or, la cartouche qu’il s’efforçait d’introduire dans son fusil devait être mal calibrée, car il ne pouvait réussir à la glisser dans l’âme du canon.

Teddy baissa les yeux et, revenant en courant vers les fenêtres éclairées, vérifia ce qui gênait sa manœuvre.

– Ah ! nom d’un chien ! jura-t-il.

La cartouche qui refusait d’entrer dans son fusil, c’était la cartouche rose, la cartouche qui avait détoné, sans éclater, quelques instants avant…

Or, cette cartouche, Teddy la regardait avec des yeux stupéfaits…

Il la considérait une minute, puis, comme ne se souciant plus de poursuivre dans le jardin l’être sur lequel il venait de tirer, Teddy, rebroussant chemin en courant, se précipita vers le cabinet de travail de Hans Elders et déjà il avait le pied sur les marches qui faisaient communiquer le jardin avec la chambre, lorsque, brusquement, il s’arrêta net, poussant pour la seconde fois un jurement sourd…

Qu’avait-il donc vu ?

***

Depuis trois jours, Jérôme Fandor avait été embauché par Hans Elders.

Le jeune homme qui, de sa vie, n’avait jamais vu une chercherie de diamants, n’avait même jamais lu aucun détail sur la façon dont on exploite pareille industrie, n’avait pu être affecté à des travaux bien compliqués.

Il servait aux usines en qualité de manœuvre, charriant des terres, portant des outils, aidant les uns, aidant les autres, et gagnant péniblement un maigre salaire.

Fandor pourtant était ravi de son sort.

Après la conversation qu’il avait eue avec Teddy, lorsque ce dernier l’avait fait évader de Lunatic Hospital, Fandor était tombé d’accord avec le jeune homme, qu’il importait avant tout de surveiller de très près les agissements compromettants de Hans Elders.

Certes, Fandor s’était fait embaucher à l’usine avec l’intention bien arrêtée de trouver ainsi le moyen de gagner sa vie, mais de plus, il n’était pas fâché de surveiller son patron.

Fandor, toutefois, était trop fin, et pour tout dire, trop habitué aux recherches de police, pour avoir accepté sans défiance et comme absolument certaines les paroles de Teddy.

– Hans Elders, avait affirmé Teddy, m’a volé une première fois le crâne mystérieux, c’est lui qui a dû vous le reprendre à l’asile, c’est lui le coupable…

Vingt-quatre heures après qu’il eut été engagé à la chercherie, Fandor pourtant avait une opinion bien arrêtée : il se passait à l’usine des choses bizarres.

Quoi ? Fandor n’aurait pas su le dire au juste, mais il lui semblait qu’on employait à la chercherie un personnel étrange.

Certains ouvriers avaient de véritables figures de forbans, de bandits, que faisaient-ils, si tant est qu’ils faisaient quelque chose ?

Et puis, autre chose surprenait encore Fandor : l’abondance des diamants, qui, certains jours, étaient découverts dans les terres lavées et le plus souvent par les mêmes ouvriers…

Hans Elders, d’ailleurs, paraissait le plus honnête, le moins inquiétant de tous ceux qui vivaient à Diamond City.

Mais le proverbe : tel maître, tel valet est souvent juste, Fandor n’était pas éloigné d’admettre la réciproque et de dire : tel valet tel maître. Aussi, chaque soir, après la fin du travail, Fandor en homme habitué à toutes les ruses, s’efforçait de rester soit dans les bâtiments de l’usine, soit dans les jardins de Diamond House. Il rôdait là de longs moments, surveillant les allées et venues, guettant les agissements des propriétaires, épiant, enquêtant…

Fandor, d’ailleurs, ne se faisait point d’illusion. Il savait que sa surveillance était dangereuse et que si jamais on venait à le découvrir, demeuré dans les environs de la chercherie sans motif plausible, on ne manquerait pas de l’accuser d’avoir voulu voler les pierres précieuses. Mais un danger n’avait jamais été pour empêcher Fandor de faire ce qu’il jugeait utile, et il se proposait bien de continuer à épier jusqu’à ce qu’il fut certain, ou de l’honnêteté de Hans Elders, ou de son caractère de bandit.

Or, ce soir-là, Fandor devait aller de stupéfaction en stupéfaction…

Il avait vu Teddy arriver à cheval, saluer Winie et monter avec elle au salon.

– Tiens ! tiens ! s’était dit Fandor, toujours prêt à rire un peu, M. Père étant parti, il me semble que Mlle Fille ne refuse pas de recevoir des visites.

Mais n’était-il pas intéressant de savoir exactement quel degré d’intimité existait entre Teddy et Winie, cela alors que Teddy avait assuré qu’il tenait Hans Elders pour un misérable ?

Fandor, très habilement, s’était approché des fenêtres, avait collé le visage aux carreaux pour épier les jeunes gens. Mais les choses s’étaient gâtées, Fandor avait à peine le temps de disparaître, s’étant rendu compte qu’on venait de l’entrevoir, que Teddy s’élançait à la fenêtre.

– Bigre de bigre, songea le journaliste, je ferai bien de ne pas moisir dans le jardin.

Fandor prit sa course, voulut s’enfuir.

L’intrépide jeune homme, malheureusement, connaissait fort inexactement encore les massifs de Diamond House. Dans sa précipitation, Fandor se trompa de chemin. Il pensait marcher vers la grille qu’il était aisé de franchir, lorsque, après trois minutes de course rapide, il se heurta au mur élevé qui ceinturait le parc.

– Boum, s’était dit Fandor, si je continue comme cela, je vais me faire prendre dans une souricière.

Fandor retourna sur ses pas. Aussi bien il n’entendait plus rien… Teddy peut-être avait pensé qu’il se trompait ?

Mais, quelques instants après, comme Fandor arrivait devant la maison et hésitait sur le chemin à suivre, Fandor sursauta d’effroi. Une détonation venait de retentir, une grêle de plomb crépitait, trouant les feuilles, tout près de lui.

– Oh ! oh ! murmura Fandor qui, instinctivement, venait de se jeter à plat ventre, voilà que je me fais canarder maintenant. Et canarder par Teddy encore. Le jeune homme apercevait en effet la silhouette du tireur, et la reconnaissait parfaitement. Que faire ?

– Je ne peux pas, songeait Fandor, révéler mon identité… Que dirait Teddy ?

Fandor resta, immobile, sur le sol…

– Il va s’en aller, pensait-il… Mais il fronçait les sourcils bientôt :

– Diable, il recharge son arme !…

Et puis Fandor ne comprit plus du tout ce qui arrivait…

Alors qu’il glissait une cartouche dans le magasin de son fusil, Teddy sursauta, puis couru au cabinet de travail de Hans Elders :

– Qu’est-ce qu’il fait se demandait Fandor ?

À ce moment, parvenu sur le seuil, Teddy s’arrêta brusquement…

– Pourquoi n’entre-t-il pas ?

Fandor n’était pas au bout de ses stupéfactions !

Il vit Teddy s’éloigner à pas précautionneux du cabinet de Hans Elders.

Le jeune homme gagna l’un des bouts du jardin, puis, épaulant à peine son arme, lâchait au hasard en l’air, sans viser quoi que ce soit, deux coups de fusil.

Les détonations éveillaient encore des échos que Fandor entendit Teddy appeler à pleins poumons :

– Au secours, Hans, à l’aide, par ici.

– Il est fou ! murmura Fandor, qu’est-ce qui lui prend ? Il tire en l’air et il appelle au secours…

Cependant, brusquement, affolé, Hans Elders venait de sortir de son cabinet de travail.

Hans Elders, attiré par les cris de Teddy, s’était précipité dans la direction du jeune homme.


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