Текст книги "La fille de Fantômas (Дочь Фантомаса)"
Автор книги: Марсель Аллен
Соавторы: Пьер Сувестр
Жанр:
Иронические детективы
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Juve demeura quelques instants abîmé dans une profonde rêverie, ne sachant trop que penser et puis, avec cette brusquerie qui lui était particulière, voilà qu’il s’injuriait lui-même.
« Mais je suis un idiot, un crétin, pas de doute à avoir, ce crâne qui reluit, c’est le crâne mystérieux que je cherche. Sa phosphorescence en est la preuve. S’il brille alors que ses voisins ne brillent pas, c’est tout bonnement qu’avant d’être caché ici, il a été caché ailleurs, dans un endroit humide, dans un bois, dans un arbre, sous terre, n’importe où.
Juve maintenant, saisi d’une véritable fièvre, se hâta.
Il écarta rapidement la pile de crânes qui l’empêchait de prendre la mystérieuse tête de mort. Enfin il parvint jusqu’à elle, il la prit dans ses mains, il la souleva, il la considéra de ses yeux stupéfaits.
C’était une chose abominable que cette tête de mort qu’il tenait ainsi et qui, brillante, presque enflammée, avait une apparence diabolique, semblait grimacer avec le trou noir des orbites creuses, la blancheur opaque des dents demeurées attachées aux maxillaires trop saillants.
« Est-ce ce crâne ?
Mais bientôt le policier qui examinait très attentivement la tête de mort fit à son sujet les mêmes remarques que naguère Fandor, dans la cour de l’asile des aliénés.
« Comme cette tête de mort est lourde, comme elle est parfaitement conservée. Ah ! pour que les maxillaires et spécialement pour que le maxillaire inférieur y demeure encore attaché, il faut qu’il y ait une attache, un lien mis là par un homme, donc…
Mais Juve, encore une fois, se sentit pris d’un extraordinaire effroi.
Sur le crâne du mort, ne venait-il pas d’apercevoir, de ses yeux perçants et scrutateurs, un tout petit endroit, une toute petite place, dépourvue de phosphorescence ?
C’était, semble-t-il, un point noir, un point à peine perceptible.
Pourquoi les champignons phosphorescents qui adhéraient à tous les autres os ne s’étaient-ils pas collés à cet endroit ?
Juve contemplait cette petite tache depuis quelques minutes lorsqu’il tressaillit. L’explication il l’avait.
Et non seulement il comprenait cette petite tache, mais encore elle servait à éclaircir dans son esprit un autre mystère, un mystère qui l’avait intrigué au plus haut point la veille, alors qu’il était à la fumerie d’opium, le mystère du crâne qu’il avait vu près de son voisin et qui n’existait pas.
Mais Juve ne s’attardait pas plus longtemps à son examen.
Une autre remarque maintenant sollicitait son attention :
Comme ce crâne était lourd. Pourquoi était-il si pesant ?…
Juve en lui-même décida :
« Sûrement, il doit y avoir quelque chose de caché dans ces ossements.
Juve, toutefois, hésitait à briser la tête de mort.
Même, il ne la maniait qu’avec une extrême précaution. C’est qu’il savait, en somme que c’était en tenant cette tête de mort, tout comme il la tenait lui-même, que le lieutenant Wilson Drag avait été mordu.
Et Juve naturellement, se souciait peu d’être victime d’un semblable empoisonnement.
Juve, pourtant, et quelque légitime frayeur qu’il ressentît à l’idée qu’après tout il était fort possible qu’il se blessât, comme s’était blessé Wilson Drag, n’hésitait pas.
« Il doit y avoir un secret qui permet d’ouvrir cette boîte crânienne ? quel secret ?
Et se rapportant par la pensée à la blessure de Wilson Drag, Juve songeait :
« Cet officier a été mordu alors qu’il brandissait le crâne comme une masse. S’il a été mordu, c’est assurément que la charnière a manœuvré sans qu’il s’en rendît compte. Or, comment tenait-il ce crâne pour le brandir ? Quelle est la façon la plus commode pour empoigner une tête de mort ?
Juve tout en prenant grande attention, tournait et retournait les ossements.
Et voilà qu’à un moment, comme il avait introduit ses mains sous la mâchoire, comme il pressait sur l’une des dents, avec un claquement sec, le claquement d’une boîte à ressort, le crâne s’ouvrit.
Juve pensa s’évanouir de stupéfaction.
À ses pieds, venait de rouler sur le sol, au milieu de boules de plomb qui rendaient le crâne si lourd, un rouleau de parchemin.
… Abandonner le crâne, se saisir de ces papiers précieux, se précipiter vers la lumière, dépouiller ces parchemins, c’était pour Juve l’affaire de quelques secondes.
Le parchemin qu’il tenait lui révéla le plus surprenant des secrets.
Ce parchemin, c’était l’acte de naissance d’un enfant, d’une femme du nom d’Hélène Gurn… Cette Hélène, Juve n’en pouvait pas douter, les documents qu’il avait sous les yeux, les détails qu’il lisait avidement l’établissaient sans réplique, cette Hélène, c’était la fille de Fantômas.
Juve accablé déchiffra en hâte les autres documents qu’il tenait.
Et il allait de découvertes ahurissantes en découvertes ahurissantes.
Il trouva d’abord des titres de propriété qui prouvaient que cette Hélène, cette fille de Fantômas était colossalement riche, que c’était pour elle, à coup sûr, que, depuis des années, Fantômas avait accumulé les crimes.
Détail qui fit blêmir Juve, Fantômas, pour être sûr de retrouver sa fille quand il le voudrait, avait inventé cette ruse ingénieuse :
Sur la chair délicate du bébé qu’il abandonnait, à la nuque, il avait fait tatouer par un artiste extraordinaire qu’il avait tué pour qu’il ne pût jamais révéler le secret, une minuscule tête de mort.
C’était, disait le document, un « tatouage si fin, si petit qu’à l’œil nu il était presque impossible de le distinguer. Mais il suffisait de l’examiner à la loupe pour reconnaître immédiatement les contours de la tête de mort ».
Et ce tatouage, ce tatouage mystérieux, le document ajoutait encore qu’il était reproduit agrandi de moitié et pourtant encore invisible sur le crâne même dans lequel était enfermé le parchemin.
La tache noire que tout à l’heure il avait examinée avec tant de surprise, sur le sommet du crâne c’était donc le tatouage…
Et le crâne qu’il avait cru voir la veille à la fumerie, le crâne qu’il avait aperçu entre lui et Teddy et qui pourtant n’existait pas c’était tout simplement le crâne tatoué sur la nuque de Teddy, le crâne que le vase à fleurs rempli d’eau et formant loupe, lui avait montré grossi amené à une grandeur naturelle qu’il avait parfaitement aperçu chaque fois qu’il regardait à travers le vase, qu’il ne voyait plus dès qu’il essayait de le voir en se penchant par-dessus le vase.
Mais alors ? Alors ?…
Juve titubait devant cette révélation inattendue, cette révélation stupéfiante.
Si Teddy, si le jeune adolescent qui avait été son voisin à la fumerie portait sur la nuque un crâne tatoué, c’est que Teddy était une femme, c’est que Teddy s’appelait en réalité Hélène, c’est que Teddy était la fille de Fantômas.
***
Deux heures plus tard, l’ossuaire avait repris son calme.
Les crânes que Juve avait bouleversés, avaient été soigneusement remis en place par lui. Le crâne mystérieux lui-même était retourné dormir sous la pile des autres crânes. Rien ne bougeait plus.
Hans Elders était libre de venir à l’ossuaire pour rechercher les ossements auxquels il tenait tant.
Et, bien assurément, le maître de Diamond City ne s’apercevrait pas, alors, que sous une pile de squelettes, retenant son souffle, serrant d’une main son revolver, de l’autre étreignant dans la poche de son veston son portefeuille où il venait de cacher les parchemins découverts de façon si fortuite, Juve guettait, prêt à bondir sur ceux qui viendraient toucher à la tête de mort à qui Fantômas n’avait pas craint de confier les secrets de sa fille.
26 – LE PASSÉ NE MEURT PAS
Il y avait quelques minutes à peine que Hans Elders venait de s’installer dans son cabinet de travail. Le maître de Diamond House était absorbé par une besogne assez délicate, la vérification du compte de ce qu’il devait à ses courtiers. Occupé aux additions et aux soustractions, il ne levait pas les yeux de la page blanche sur laquelle, d’une écriture appuyée et ferme, il inscrivait des chiffres à la suite les uns des autres.
Or, soudain, palissant, Hans Elders se redressa d’un mouvement si brusque qu’il renversait derrière lui le fauteuil sur lequel il avait pris place. Une voix métallique, étrange, hautaine :
– Bonjour.
Hans Elders qui se croyait seul, Hans Elders qui peut-être avait reconnu cette voix, en demeurait livide, muet, incapable d’articuler un mot.
Pourtant la voix reprenait, du même ton :
– Bonjour, Hans Elders, comment allez-vous ?
Alors, les yeux dilatés, Hans Elders aperçut dans le fond de son cabinet, sortant d’un recoin rempli d’ombre où jusqu’alors il s’était tenu dissimulé, un homme qui s’avançait vers lui, souriant, les bras croisés, le regard flamboyant.
– Vous, vous.
L’homme qui venait rendre visite à Hans Elders, et dont le seul aspect semblait lui causer tant de frayeur, reprit pour la troisième fois :
– Hans Elders, bonjour.
Puis, accentuant encore l’intonation moqueuse de sa voix, il ajouta :
– Parbleu, mon camarade, vous avez l’air plus surpris que charmé de ma visite. Vous ne m’attendiez pas ? Vous n’êtes pas charmé de me revoir après plus de douze ans d’absence ?
Alors des lèvres serrées de Hans Elders, un mot siffla, un mot qu’il osait à peine prononcer, qu’il prononçait comme avec une hésitation :
– Fantômas.
Fantômas, d’ailleurs, semblait jouir, prodigieusement amusé, de l’extraordinaire frayeur qui s’était emparée de Hans Elders…
– Fantômas répéta-t-il, en imitant cette fois la voix tremblante du maître de Diamond House, comme vous dites cela, mon camarade. Il semble, en vérité, que vous n’osiez pas me reconnaître ? Voyons, Hans, quel trouble s’est donc emparé de vos esprits ? Pourquoi êtes-vous donc si tremblant ? Pourquoi manifestez-vous une crainte que rien ne justifie ? Jadis, ne vous avais-je pas juré, à l’heure où nous nous séparions dans les plaines sauvages du veld, à l’heure où tout autour de nous n’était que ruines, incendies, dévastations, à l’heure où les fermes brûlaient, de toutes parts, ne vous avais-je pas juré que je reviendrais ? Doutiez-vous de ma parole, par hasard ? Étiez-vous si absorbé dans vos occupations, que mon nom fût jamais arrivé jusqu’à vos oreilles, mon nom que j’ai su faire illustre, redoutable, respecté même ? Ainsi que je l’avais promis encore.
Des lèvres exsangues de Hans Elders, un seul mot sifflait encore. Une seule phrase qui semblait contenir à elle seule toute la terreur qui, manifestement, s’était emparé de l’âme du directeur de Diamond House :
– Fantômas, c’est vous, Fantômas. Ah, pourquoi ?
– Vous demandez pourquoi je suis revenu, Hans ?… Allons donc ! Avez-vous perdu l’esprit ? Faut-il que j’évoque à vos yeux les conventions que nous avions passées jadis ?
– Non.
– Alors, je vous le répète, d’où vient votre étonnement ?
– On vous disait mort.
– Mort ? Allons donc. Est-ce que Fantômas peut mourir ? Est-ce que Fantômas est mortel ?
Puis quittant le ton de la plaisanterie :
– Rappelez-vous Hans Elders, nous étions les meilleurs amis du monde. Et nous aurions eu des destinées pareilles si votre esprit, Hans ne s’était montré, en somme, que faible et de peu d’envergure. Car, tandis qu’alors déjà je me savais promis aux plus hautes destinées, vous, d’une ambition moins haute, vous vous estimiez satisfait de votre sort. C’est à ce moment, Hans, que je vous fis la proposition qui nous lie, que nous avons signé le contrat qui faisait de vous mon premier lieutenant et de moi l’artisan de votre fortune. C’est moi, Hans Elders, c’est moi Fantômas, qui vous ai donné l’idée géniale de cette fausse chercherie de diamants. Je m’engageais à vous trouver des pourvoyeurs, je vous promettais que les gemmes afflueraient dans vos coffres. Ai-je manqué à mes serments ? Ai-je trahi mes promesses ? Ai-je été en-dessous de la tâche que j’avais librement adoptée ? Répondez, Hans Elders.
Le malheureux directeur de Diamond House avait peine à ressaisir ses esprits.
Et Fantômas s’en apercevait si bien que, dans une attitude qui se mélangeait de compassion et de défi, c’était lui qui avait avancé un siège vers celui qu’il venait de traiter de complice.
– Asseyez-vous, dit-il, calmez-vous, Hans. Si, en effet, vous me croyiez mort, je comprends que vous ayez pu être surpris de ma réapparition et je ne vous en veux pas. Mais aussi bien, il est temps que vous redeveniez maître de vous-même, nous avons à travailler.
– À quoi ?
– Oui, poursuivit Fantômas, qui maintenant se promenait de long en large dans le bureau du directeur de Diamond House, nous avons à travailler. Mais avant, répondez-moi, ai-je été pour vous le fidèle associé que j’avais juré d’être ? Votre chercherie de diamants a-t-elle prospéré ? Vous ai-je fait gagner les millions que je vous avais promis ? En vous assurant en même temps une parfaite impunité ?
Hans Elders ne put que faire « oui » de la tête :
– Alors, mon camarade, reprit de sa même voix railleuse Fantômas, dans ce cas, il me semble que c’est maintenant à vous de tenir vos promesses ? Décidez-vous. Rendez-moi des comptes, dites-moi le montant de ma part.
Le montant de sa part… Jadis, quand dans le veld sauvage, Fantômas et Hans Elders étaient tous les deux des pillards comme en traînent à leur suite toutes les armées qui font campagne, Hans Elders avait été heureux d’accepter les propositions du bandit. Il avait vu dans l’offre que Fantômas lui faisait de lui fournir régulièrement des pierreries destinées à amorcer la fausse chercherie un moyen de faire fortune. Hans avait reçu, par la suite, la visite de pourvoyeurs louches que Fantômas, Fantômas disparu, lui adressait. La chercherie, alimentée par des courtiers qui n’étaient en réalité que des receleurs, par Gérard, par Ribonnard et tant d’autres avait prospéré. Et comme Fantômas ne donnait toujours pas de ses nouvelles, comme il devenait légendaire, comme à maintes reprises on avait annoncé sa mort, Hans Elders avait imaginé que son redoutable associé ne viendrait jamais lui demander de comptes, ne se présenterait jamais pour réclamer son dû.
Or, cette échéance que ne redoutait plus Hans Elders, voici qu’elle avait sonné, voici que Fantômas était devant lui, voici qu’il disait d’une voix dédaigneuse :
– Partageons.
Hans déjà s’affolait.
Il n’était pas au bout de ses peines, car soudain Fantômas avait changé d’attitude.
Ce n’était plus seulement un homme railleur que Hans Elders avait devant lui, c’était bien le Roi du Crime, c’était un maître, un maître qui menaçait.
Oui, Fantômas, soudain, en comédien expert qu’il était, quittait le ton badin, prenait une mine grave. C’était frissonnant qu’il s’avançait vers Hans Elders, les mains tendues, l’œil injecté, fou furieux :
– Misérable, hurla-t-il, traître, abject individu, renégat ! Oh, crois-tu que j’ignore aucune de tes vilenies ? Écoute. Il y a six mois que je t’épie. Il y a six mois que je suis au courant, jour par jour, de tes actes et de tes lâchetés. Il y a six mois que je sais que tu me crois mort, que tu dis à chacun que je suis mort, que tu prétends voler, à moi, à ton bienfaiteur, à ton maître, au maître de tous, à Fantômas, la part qui me revient légitimement de l’exploitation de cette chercherie que mon industrie seule a créée, que mon industrie seule maintient productive.
– Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai !
Mais Fantômas s’était ressaisi.
Il maîtrisait sa colère.
D’une voix redevenue froide, implacable, il interrogea :
– Mais tu as fait pis. Tes larcins, ta lâcheté, ta duplicité de traître, je te les pardonnerais encore. Ce que je ne te pardonnerai pas, Hans Elders, c’est d’avoir voulu dérober le coffret, le coffret que j’avais confié à Laetitia, et où étaient enfermés les papiers de ma fille.
Hans Elders, devant la colère du maître, devant la colère de Fantômas, était hors de lui, hagard, affolé.
Il présentait le spectacle lamentable d’un homme qui se sent perdu, qui sue la peur.
Il savait que Fantômas ne faisait pas grâce.
Hans Elders, pourtant, si lâche qu’il était, était plus encore avide d’or.
Au moment même où il s’agissait d’obtenir son pardon de Fantômas, il voulut encore mentir :
– Je n’ai pas volé le coffret, affirma-t-il.
Mais il se tut.
Un tel éclair de colère avait brillé dans les yeux de Fantômas que déjà, il n’osait plus soutenir le mensonge qu’il venait d’inventer.
Et Hans Elders fut lâche jusqu’au bout…
Il se releva du fauteuil où il s’était écroulé…
Il se jeta à genoux sur le sol.
Et se traînant vers Fantômas, il râla :
– Maître, pitié, je te croyais mort. C’est pour cela…
Fantômas l’interrompit d’un mot :
– Si j’étais mort, dit-il, ma fille était encore vivante, n’est-il pas vrai ? En volant le coffret tu voulais voler sa fortune, c’était elle que tu cherchais à dépouiller ?
Oh ! ces paroles que Fantômas prononçait furent pour Hans Elders un trait de lumière.
Fantômas disait : « Ma fille était encore vivante, sans doute… » Il n’en était donc pas sûr ? peut-être pouvait-il douter à ce sujet ?
Affolé et conservant encore une vague espérance de se sauver, Hans Elders affirma solennellement :
– Tu te trompes, Fantômas, et je frémis moi-même en songeant à l’horrible nouvelle que tu vas apprendre, puisque tu sembles l’ignorer…
Fantômas avait blêmi :
– Ma fille ?
– Ta fille est morte.
Et comme Fantômas ne tressaillait même point, Hans, jouant le tout pour le tout, se hâtait d’ajouter :
– Ta fille est morte, Fantômas, je te croyais mort, toi aussi. C’est pour cela que j’avais volé ce coffret, c’est pour cela que je voulais m’approprier les parchemins qui faisaient ta fille riche, mais, puisque te revoilà, la situation change, et je n’ai plus de raisons d’agir ainsi.
Et, tout en parlant, Hans Elders surveillait l’effet de ses déclarations sur le visage de Fantômas.
Fantômas était impassible.
Croyait-il réellement que sa fille était morte, ou ne le croyait-il pas ?
Impossible de le deviner à son regard…
Hans Elders vit le bandit sourire d’un sourire énigmatique.
Fantômas tira de sa poche un revolver dont il menaça la poitrine du directeur de Diamond House :
– Il y a, disait-il froidement, des mensonges et des vérités dans ce que tu dis, Hans. Sois bien persuadé que je ne suis point ta victime et que je sais lire dans tes paroles et dans ton cœur. Écoute. Regarde. Je suis armé, prêt à tout. Tu sais que je n’ai jamais manqué mon but ? que, s’il me plaît de t’abattre, je t’abattrai comme un chien s’il te prenait fantaisie d’essayer de fuir ? Voici mes ordres : Lève-toi. Viens. Guide-moi vers l’endroit où tu as caché, non pas le coffret, mais le crâne qui contient les parchemins que je suis venu te réclamer. Il faut à tout prix que je rentre en leur possession. Ce que je ferai de toi, après que tu m’auras rendu ce dépôt, je te dirai alors.
Et telle était la sombre volonté, telle était l’énergie qui se lisait dans l’attitude de Fantômas que, n’osant pas lui résister, n’osant pas tenter un nouveau mensonge, Hans Elders se leva, s’apprêta à guider Fantômas vers l’ossuaire où, quelques jours auparavant, il avait caché lui-même la tête de mort mystérieuse.
27 – QUI ME TOUCHE A LA PESTE
Fantômas et Hans Elders venaient de pénétrer dans l’ossuaire élevé au centre du cimetière qui se trouvait enclos dans les bâtiments de l’usine.
Hans Elders livide, tremblant, n’osait faire un geste, n’osait dire une parole et semblait agir automatiquement, sans même avoir le sentiment de ses actes.
Pour Fantômas, la mine sombre, un éclair d’énergie dans les yeux, il paraissait en proie à une colère furieuse et prêt, au moindre mouvement suspect, à se débarrasser du misérable qu’il accusait de l’avoir trahi.
– C’est ici, interrogea le bandit que tu avais caché ce crâne ?
– Ici, maître, et je ne sais si je vais le retrouver facilement.
Cette dernière défense de Hans Elders, cette dernière tentative qu’il faisait pour essayer d’abuser encore celui qui lui commandait de façon si hautaine, eût été grotesque, n’eussent été les circonstances.
Fantômas répondit :
– Sur ta vie, Hans Elders, tu as cinq minutes pour me restituer ce qui m’appartient, ce que tu as eu l’audace insensée de voler.
Hans Elders, dès lors, ne pouvait plus hésiter. Il se jeta à genoux sur le sol dallé de l’ossuaire.
Ses mains qu’agitait un tremblement convulsif renversaient, en mouvements saccadés, les piles de crânes qui s’étageaient en pyramide contre la muraille. Bientôt, dans la pénombre du lieu, le crâne phosphorescent apparut, épouvantable à voir, avec la grimace, le rictus sardonique que dessinaient les trous d’ombre des orbites et de la mâchoire.
– Maître, maître, râla Hans Elders, tu vois que je ne t’avais pas menti ? voilà la tête de mort dont tu avais fait ta cachette.
Fantômas n’avait pas attendu les explications de son complice. Il s’était penché sur Hans Elders et l’écartant brutalement, le renversant à demi sur les dalles, il s’était emparé avidement du crâne mystérieux.
Le bandit, qui jadis avait inventé cette ruse infernale de dissimuler à l’intérieur d’un crâne humain les parchemins qui présentaient pour lui une si haute importance, ne put s’empêcher de frémir en rentrant en possession de ces ossements qui sans doute, depuis près de douze ans, lui hantaient l’esprit.
Fantômas en oubliait presque la présence de Hans Elders qui le fixait maintenant avec des yeux hagards…
Nerveusement, il retourna dans ses doigts la tête de mort.
Oui, il le reconnaissait, oui, c’était bien ce qu’il était venu chercher au Natal. C’était bien ce crâne qui contenait les papiers de sa fille, de cette Hélène qui, lui disait-on, était morte et qu’il voulait croire en vie dans la formidable incrédulité que mettait en son cœur le sentiment paternel.
Incapable de réprimer son impatience, et alors qu’il n’eût pas voulu, pourtant, opérer devant Hans Elders, Fantômas qui connaissait, lui, pour les avoir machinés, les secrets de ces ossements, cherchait le ressort mystérieux. Le crâne s’ouvrit.
Mais alors qu’enfin Fantômas pensait atteindre le but que depuis de longs jours il poursuivait, un cri de rage lui échappa.
À l’intérieur du crâne, il ne retrouvait rien. Les parchemins qu’il cherchait n’étaient pas là. On les avait volés. On l’avait trahi. Il était joué. Ce fut alors une scène abominable… Fou de colère, Fantômas se précipita sur Hans Elders. Il prit au collet le directeur de Diamond City, il lui cria :
– Misérable. Où sont mes parchemins ? Traître, deux fois traître, qu’en as-tu fait ?
Hans Elders qui ne pouvait comprendre, lui qui n’avait jamais su découvrir le ressort ouvrant le crâne, comment les papiers que lui demandait Fantômas avaient disparu, eut à peine le temps de balbutier :
– Je ne sais pas.
Fantômas, cette fois, n’était plus maître de lui.
C’était d’un mouvement tout instinctif qu’il repoussait violemment Hans Elders qui tournoya sur lui-même, étourdi, trébuchant, prêt à s’écrouler.
Et c’était encore instinctivement que Fantômas tira de sa ceinture son revolver, et sans même prendre le temps d’ajuster Hans, tendit le bras et presque à bout portant fit feu sur celui qu’il accusait de trahison.
– Misérable, tu paieras de ta vie d’avoir voulu te jouer de moi.
Hans, atteint en plein cœur, tomba sans un cri, tué roide, sur le sol du caveau.
Puis un silence effroyable, un silence où l’on n’entendait guère que le souffle haletant, rauque de Fantômas, de Fantômas si indifférent au sort de Hans Elders qu’il avait déjà presque oublié ce complice inutile, qu’il devait s’appuyer à la muraille tant il était lui-même anéanti, désespéré par la disparition des parchemins auxquels il tenait avant tout.
Quelques minutes passèrent…
Soudain, Fantômas releva la tête.
Une sueur froide lui coulait du front.
Un tressaillement convulsif agitait tout son être. Qu’était-ce encore ?
Fantômas croyait qu’il venait d’entendre marcher. Il était alors au fond du caveau, où ne se trouvait qu’une seule porte. Allait-il se laisser prendre dans ce petit bâtiment comme dans une souricière ?
Une voix jeune, fraîche, claire, cria dans le silence :
– Pas un mouvement, ou vous êtes mort.
Fantômas avait bondi vers la porte de l’ossuaire, prêt à se frayer un passage… Il devait reculer…
Dans l’encadrement de la porte, il apercevait, en effet, la silhouette mince et fine d’un jeune homme, d’un tout jeune homme, qui, un fusil à l’épaule, le couchait en joue, se tenait prêt, au plus petit mouvement, à faire feu sur lui.
– Qui êtes-vous ? râla Fantômas. Que me voulez-vous ? Faites-moi place. Ne vous mêlez pas de choses qui ne vous concernent pas.
Mais il s’interrompit…
Le jeune homme, à nouveau, venait de répéter sur un ton auquel on ne pouvait se tromper :
– Pas un mouvement, ou vous êtes mort.
Fantômas vécut alors une seconde abominable. Que faire ?
Quel était cet inconnu ?
Et, voulant risquer le tout pour le tout, ainsi qu’il en avait l’habitude, en une seconde Fantômas décida de bondir sur l’inconnu, d’essuyer un coup de feu, au besoin, mais de se frayer un passage coûte que coûte.
Le bandit, toutefois, n’eut pas le temps de mettre ce plan de fuite à exécution.
Une foule d’ouvriers, de serviteurs, se précipitait en effet vers l’ossuaire…
Le coup de revolver de Fantômas, résonnant sous la voûte du petit bâtiment avait fait un vacarme de tous les diables, on l’avait entendu, on accourait.
Fantômas comprit qu’il était perdu.
Parbleu, les arrivants apercevraient à ses pieds le cadavre de Hans et ce jeune homme qui le tenait en joue, qui allait le dénoncer… Ils étaient cinquante contre un, il ne pourrait même pas lutter.
Mais brusquement, Fantômas, dans son infernal génie, trouva une ruse.
Comme ceux qui accouraient parvenaient près de l’ossuaire, Fantômas hurla :
– À l’aide, au secours, on m’assassine.
Fantômas, après avoir tué Hans Elders, avait jeté au loin le revolver dont il s’était servi. Il était sans armes. Il était à côté de la victime. On pouvait s’y tromper.
Et il n’hésitait pas. C’était le jeune inconnu qui allait l’accuser qu’il accusait du meurtre de Hans.
Les arrivants, pourtant, à son appel, s’étaient presque immobilisés.
À coup sûr, nul ne comprenait, nul ne devinait pourquoi lui, que pas un d’eux ne connaissait, se trouvait dans l’ossuaire, appelant au secours, et cela près du cadavre de Hans Elders.
Que s’était-il passé au juste ?
Un ouvrier, un colosse, brusquement se saisit par derrière du jeune homme qui tenait toujours en joue Fantômas et n’avait point même répondu à son appel.
– Allo Teddy, cria-t-il, qu’est-ce qui vous prend ? Qu’avez-vous fait ?
– J’arrête le meurtrier de Hans Elders.
Mais, en même temps, Fantômas cria :
– Il vient de tuer Hans. Il veut me tuer. C’est un fou. Tenez bon.
Le même mouvement d’incrédulité qui avait suivi le premier appel au secours de Fantômas fit hésiter ceux qui maintenant se pressaient à l’entrée de l’ossuaire, qui, bloquant Fantômas dans l’intérieur du monument, s’empressaient cependant de désarmer Teddy, de lui arracher le fusil dont il menaçait toujours son adversaire.
Et, dans l’affolement d’une minute où chacun parlait à la fois, où tout le monde voulait comprendre quelque chose à un drame en apparence inexplicable, des interjections fusèrent :
– Vous accusez Teddy d’avoir tué Hans ?
– Qui êtes-vous ?
– Pourquoi Teddy veut-il vous tuer ?
– Que faites-vous là ?
Fantômas, de la main, imposait silence à ceux qui le questionnaient en désordre.
Le bandit avait recouvré son sang-froid…
– J’accuse formellement, répondait-il, ce jeune homme que vous appelez Teddy d’avoir tué Hans Elders. Je l’accuse de vouloir me tuer. Emmenez-le, je vous expliquerai tout.
Les présomptions étaient en faveur de Fantômas… On avait trouvé Teddy armé et le couchant en joue…
Teddy, de plus, ne disait rien, une flamme dans le regard, dédaigneux, méprisant les accusations portées contre lui.
Ceux qui le tenaient, car, instinctivement, les ouvriers l’avaient pris par le bras, lui demandèrent :
– Vous avez tué Hans ? Pourquoi, Teddy ?
Le jeune homme articula, sans même vouloir s’expliquer davantage :
– Mensonge, ce n’est pas moi, c’est cet homme qui est l’assassin.
Mais Fantômas trouva la réponse contre laquelle rien ne pouvait prévaloir :
– Moi qui ai tué ? Allons donc. Je n’ai pas d’armes et, vous venez de le voir, il me couchait en joue.
Alors, à cette remarque du bandit, dont nul ne pouvait nier la vérité, qui paraissait péremptoire, une excitation brutale s’empara de ceux qui assistaient à cette scène tragique.
Dans la surexcitation de la minute, ils ne raisonnaient plus, ils ne cherchaient même plus à savoir, à comprendre.
On se précipita sur Teddy, on le bouscula, on allait l’entraîner, lui faire un mauvais parti peut-être, et laisser Fantômas s’enfuir, lorsqu’un événement inouï se produisit qui figea dans l’épouvante tous les assistants.
Au fond de l’ossuaire, dans un coin d’ombre impénétrable, un bruit s’était fait entendre.
Là se trouvaient, couchés les uns à côté des autres, des squelettes encore entiers.
Et voilà qu’il semblait que ces squelettes bougeaient.
Voilà qu’ils se redressaient.
Voilà qu’ils s’écroulaient.
Un « ah » angoissé s’échappa de toutes les poitrines…
Du dessous des ossements, de l’amoncellement de squelettes, un homme sortait qui, la mine railleuse, très calme, impassible presque, s’avançait et criait :
– Lâchez Teddy. Il est innocent. L’assassin, c’est cet homme. Et cet homme, c’est Fantômas !
Juve, en effet, ne pouvait manquer d’intervenir.
Dissimulé sous son tas de squelettes, il n’avait pas eu le temps de se précipiter sur Fantômas au moment où celui-ci faisait feu sur Hans Elders.
Le geste du bandit avait été si soudain qu’il l’avait surpris.
La brusque apparition de Teddy à la porte de l’ossuaire avait encore paralysé Juve.
Le policier s’était tenu immobile pour apprendre de façon certaine si Fantômas savait qu’il était en face de sa fille. Mais, l’accusation que Fantômas lançait sur Teddy lui prouvait le contraire, et Juve n’hésita pas à intervenir.
Mais si à l’apparition inopinée du policier, ceux qui s’étaient emparés de Teddy lâchèrent presque le jeune homme, ils ne s’en précipitèrent pas pour autant sur Fantômas.
Nul ne connaissait Juve, on se concertait, on hésitait à lui faire confiance. Et Fantômas reprit :
– Ne croyez pas cet homme, qui veut sauver son complice. Vous voyez bien que je viens d’être attiré dans un guet-apens.
Juve cria alors à Fantômas :








