Текст книги "La disparition de Fandor (Исчезновение Фандора)"
Автор книги: Марсель Аллен
Соавторы: Пьер Сувестр
Жанр:
Иронические детективы
сообщить о нарушении
Текущая страница: 19 (всего у книги 19 страниц)
– Nous touchons. Nous allons couler.
Juve et Fantômas, qui allaient se rejoindre, s’arrêtèrent, figés sur place. Un grand craquement venait de se produire. C’était le maître mât qui se brisait, et toute sa partie supérieure qui tombait avec fracas sur l’avant du bateau entre Juve et Fantômas. Seulement ce mât comportait quelque chose d’extraordinaire, c’est qu’il entraînait dans sa chute quelqu’un qui se trouvait accroché à son sommet. Juve et Fantômas poussèrent un hurlement. Ils reconnaissaient, dans l’être qui tombait ainsi du ciel, et qui n’était plus qu’une loque humaine, le procureur général de Bayonne, Anselme Roche.
Comment était-il là ? Juve et Fantômas auraient certainement compris s’ils avaient su où ils se trouvaient, s’ils avaient pu savoir qu’une seconde auparavant l’infortuné magistrat avait été arraché du haut de la galerie du phare de l’Adour dont les feux étaient éteints, par la pointe de ce mât qui l’avait entraîné ensuite dans sa chute.
Désormais ce fut un désordre indescriptible. Le navire faisait eau, les hommes, terrifiés, semblaient ne plus vouloir obéir aux ordres que le pilote, toujours cramponné à sa dunette, leur communiquait par le porte-voix. Puis une lueur soudaine s’alluma dans les flancs du bateau, l’incendie.
– Nous sommes foutus, hurla Fantômas.
À ce moment, une détonation terrible s’éleva. L’incendie qui venait de s’allumer dans l’entrepôt avait mis le feu à la cartouche du canon et celui-ci partait. Il était chargé, il était bourré d’un de ces gros boulets remplis de dentelle, qui devaient être envoyés, conformément aux habitudes prises par la bande de Fantômas, dans la pignada du château de Garros. Mais ce boulet à peine lancé vint heurter une masse de pierre et s’y enfonça avec un sinistre fracas, cependant qu’une grêle de moellons s’abattait en pluie sur le pont du navire. Que se passait-il donc ? Le tragique bateau, enfonçant dans l’obscurité, touchait-il aux portes de l’Enfer ? Fantômas ne s’occupait plus de Juve, Juve ne s’inquiétait plus de Fantômas.
En même temps qu’on était abasourdi par le tapage incompréhensible qui se produisait alentour, on entendait des voix humaines, des gémissements, des plaintes, des hurlements aussi. Fantômas commençait à perdre de sa belle assurance. D’une voix entrecoupée, il cria au pilote :
– Mais qu’arrive-t-il ?
– Parbleu, s’écria l’homme, nous avons donné en plein dans le phare, nous ne pouvions pas soupçonner qu’il était là. Voilà une heure que ses feux sont éteints.
Juve entendit ces paroles, il comprit.
C’était à la barre même de la rivière, qu’on se trouvait. On avait donné contre le rocher sur lequel s’élève le phare, et celui-ci s’écroulait, détruit par le boulet qui venait de le frapper à bout portant.
La tempête, cependant, redoublait d’intensité, il y eut encore des cris, une nouvelle grêle de pierres, qui s’abattit sur le navire, puis, soudain, l’eau bouillonna, remonta de l’intérieur des soutes dans les orifices des cales communiquant avec le pont. Des gerbes d’eau jaillirent, le navire s’inclina brusquement, la mer recouvrit le tout. Puis ce fut le silence, on n’entendit plus que le grondement du vent et les coups formidables que portait la mer aux rochers où s’élevait encore un instant auparavant le phare de l’Adour.
Celui-ci n’était plus que ruines et décombres, que balayaient sans cesse les flots impétueux.
On perçut encore des râles, des appels sinistres de mourants, les cris des noyés. Et alors ce fut à nouveau le silence absolu. Une heure, deux heures passèrent. La mer avait accompli son office, elle se calmait lentement. Peu à peu, à l’horizon, une ligne rouge s’esquissa dans le ciel précisant sa forme, s’affirmant. Le soleil se levait. Et alors, dans l’aube rougeoyante de ce matin tragique, on put voir ce qui se passait, ceux qui restaient accrochés à la roche à demi submergée, purent s’entrevoir, se reconnaître. Quatre cris s’échappèrent de poitrines harassées. Et ces quatre cris étaient à la fois des exclamations de joie, et des interjections de haine. Les quatre voix avaient crié :
– Juve !
– Fandor !
– Lady Beltham !
– Fantômas !
FIN
[1] – Le Palais de Justice à Paris. (Note de PMV).
[2] – La Course aux dollars, pièce à grand spectacle en 4 actes et 25 tableaux de Maurice de Marsan et Gabriel Timmory eut un succès considérable et fut représentée 266 fois au théâtre du Châtelet entre novembre 1911 et novembre 1912. L’un des tableaux montrait un train traversant une forêt en flammes. (Note de PMV).
[3] – Une bonne affaire ( Dictionnaire d’argot fin de sièclede Charles Virmaître, Ed. A. Charles, Paris, 1894). (Note de PMV)
[4] – Boisson composée d’un mélange de café et de vin, ou d’un autre alcool. Originaire d’Algérie, cette boisson était également appelée champoreau. (Note de PMV).
[5] – ou « pantre », dans le dictionnaire d’argot de Vidocq. « Homme simple, facile à tromper. Paysan. » (Note de PMV)
[6] – Sebastian Kneipp (1821-1897), prêtre et médecin allemand, mit au point une méthode thérapeutique basée sur l’hygiène de vie, l’exercice physique et les bienfaits de la nature, préconisant notamment des traitements par l’eau et par les plantes. (Note de PMV).








