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La disparition de Fandor (Исчезновение Фандора)
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Текст книги "La disparition de Fandor (Исчезновение Фандора)"


Автор книги: Марсель Аллен


Соавторы: Пьер Сувестр
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Toutefois, lorsque José Farina s’approcha de lui, il entendit que cet homme disait :

– De sous terre, je sors de sous terre…

José Farina s’arrêta de verser la consommation commandée par l’individu. Il se pencha à son oreille :

– On t’attend, fit-il, dans le petit salon, viens avec moi.

L’inconnu suivit José Farina. Deux secondes plus tard, son départ de la salle commune ayant passé complètement inaperçu, il se trouvait dans la pièce où, quelques instants auparavant, se tenaient Fantômas et sa maîtresse.

Fantômas ne broncha point. Il attendit que la porte fut refermée, mais sitôt que le sinistre bandit s’assura qu’il était seul et sans témoins avec le nouveau venu, il se départit de son attitude impassible :

– Eh bien, le Bedeau, fit-il, te voilà enfin. Mets-les sur la table.

– Quoi ?

– Eh bien, les vingt-cinq mille francs de Fargeaux.

Le Bedeau, car c’était lui qui se trouvait en face du redoutable Maître de l’Effroi, hocha douloureusement la tête :

– Non.

– Pourquoi ? cria Fantômas, Fargeaux n’est-il donc pas venu ? N’as-tu point exécuté mes instructions ?

Déjà les yeux de Fantômas devenaient farouches et sa main, nerveusement, caressait, dans sa poche, le manche de son poignard.

Le Bedeau devint blême :

– Ne te fâche pas, Fantômas, supplia-t-il, mais écoute plutôt ce qui s’est passé.

– Parle, fit Fantômas, faisant de prodigieux efforts pour rester calme, pour maîtriser son impatience.

– Donc, déclara le Bedeau, j’ai fait comme tu l’avais ordonné, j’ai été me cacher dans l’égout avec le petit paquet, autrement dit l’éclat d’obus que je devais donner au particulier, en échange de ses vingt-cinq mille balles. Je reste donc dans l’égout une bonne demi-heure, peut-être plus, mettons trente-cinq minutes.

– Au fait.

– Là, là, ne te fâche pas, Fantômas, tout ça n’est pas de ma faute ! Tout d’un coup, dans le silence de la nuit, j’entends des pas au-dessus de ma tête et je comprends que puisque je suis dans l’égout, c’est que quelqu’un marche sur le trottoir de la rue. Je me dis : c’est Fargeaux. C’était l’heure, en effet, du rendez-vous ; dès lors, je m’apprête à lui passer par la bouche de l’égout le petit paquet en échange des billets de mille, mais à ce moment-là, Fantômas, j’ai foutu le camp.

– Triple imbécile, hurla le bandit.

– Peut-être, poursuivit le Bedeau, n’importe qui en aurait fait autant et peut-être toi-même.

– Pourquoi as-tu fui ?

– Parce que, éclata le Bedeau, la mèche était éventée, quelqu’un avait deviné le truc, toujours est-il qu’il y avait du monde dans l’égout et que je n’ai eu que le temps de déguerpir en abandonnant là le paquet, destiné au dénommé Fargeaux.

Fantômas serrait les poings, s’exaspérait contre la lâcheté du Bedeau :

– Il fallait résister, grommela-t-il, attaquer au besoin, te défendre en tout cas.

– Non, non, Fantômas, j’ai agi de mon mieux, bousculé l’obstacle et voilà tout, c’est déjà bien. Si j’avais imaginé de faire le malin, à l’heure qu’il est tu ne me verrais pas et tu serais en train de te ronger tes sangs à te demander ce que je suis devenu. Car celui, Fantômas, qui était à mes trousses, celui qui un instant courut après moi dans l’égout et que par un bonheur extrême, je suis parvenu à dépister, cet homme-là, c’était Juve.

Fantômas avait l’habitude des événements les plus inattendus et des révélations les plus tragiques, toutefois il ne put retenir un mouvement de dépit, un juron de colère.

Juve avait-il donc découvert ce qu’il manigançait ? Juve était-il donc sur ses trousses et si près de lui qu’il avait failli atteindre le Bedeau ?

– Nom de Dieu ! jura Fantômas.

Le bandit s’arrêta net. Quelqu’un frappait à coups redoublés de l’autre côté de la porte secrète, quelqu’un semblait taper dans la muraille.

Les deux hommes se regardèrent interdits. Le Bedeau hasarda :

– Il m’a peut-être suivi.

Le Bedeau sentait son cœur battre à rompre dans sa poitrine, mais cette émotion fut de courte durée. Le Bedeau reconnut en effet la voix d’un des apaches de la bande : celle de Bébé.

C’était, en effet, Bébé qui survenait. Fantômas, brutalement, l’apostropha ;

– Tu sais, fit-il, que je n’aime pas à être dérangé, de quel droit t’es-tu permis de venir frapper à cette porte ?

Bébé, baissant la tête respectueusement, s’expliqua. Il était encore tout essoufflé de la course qu’il venait de faire, il haletait à chaque mot :

– Vous pensez si j’ai cavalé, il n’y a pas plus de vingt-cinq minutes que je me suis débiné avec la dame que vous m’avez recommandée.

– Est-elle bien arrivée là-bas ? demanda Fantômas…

– Tout ce qu’il y a de bien, répliqua Bébé, mais sacré bon Dieu, que la mer était dure.

– Là n’est pas la question, fit Fantômas, qu’avais-tu besoin de revenir puisque la besogne s’est accomplie normalement ? Tu sais que je n’aime pas les raseurs et encore moins les gens qui cherchent à se faire valoir.

– Patron, fit-il, si je vous ai dérangé, c’est que j’ai cru bien faire. Et voilà pourquoi : au retour de là-bas, je m’amène, comme de juste, dans la tôle de José Farina, histoire de prendre un verre pour me réchauffer l’intérieur. Je rapplique dans un groupe d’aminches, de matelots, des types du port, quoi, et parmi ceux-ci, je trouve qui ? je vous le demande ?

– Imbécile, c’est à toi de le dire.

– Eh bien, je trouve Domenico, le gardien du phare, le deuxième gardien, celui dont la semaine commence précisément ce soir, à minuit.

– Alors ? fit Fantômas.

– Alors, j’entends le type qui dégoisait aux copains : « C’est pas tout ça, mes amis, mais l’heure est l’heure et le service est le service, je dois être avant minuit à mon poste et quoi qu’il arrive, j’y serai, n’essayez pas de me retenir, il n’y a rien à faire. »

– Domenico a dit cela ?

– Oui, fit Bébé, et c’est pour cela qu’en l’entendant faire cette déclaration de principe, je me suis esbigné de la grande salle et j’suis venu frapper à la lourde de ta carrée pour te prévenir du macaroni.

– Cet imbécile de Domenico, quel âne bâté, quelle buse.

L’attitude du gardien du phare, que venait de lui rapporter Bébé, menaçait en effet de contrecarrer tous les projets du sinistre bandit. Depuis quatre jours, Fantômas et ses hommes s’occupaient à cuisiner ce gardien de phare, afin d’obtenir de lui qu’il n’allât pas rejoindre son poste ce soir-là.

Fantômas, en effet, avait persuadé Domenico que son collègue désirait rester une semaine de plus et que Domenico le remplacerait ensuite pendant quinze jours consécutifs. Fantômas s’était ingénié à trouver à cela des explications vraisemblables, et pensait avoir persuadé Domenico de ne point partir pour le phare qui commandait l’embouchure de l’Adour.

Domenico semblait avoir parfaitement compris que son compagnon allait rester quinze jours au lieu de huit et puis voilà que, brusquement, il changeait d’avis, qu’il prétendait se rendre au phare. Or, cela, Fantômas ne le voulait à aucun prix, il avait ses raisons évidemment pour que le phare demeurât sans gardien pendant un temps déterminé.

La résolution de Fantômas fut rapidement prise :

– Le Bedeau, Bébé, ordonna-t-il, vous allez rentrer dans la salle commune, chacun par une porte pour n’avoir point l’air de vous être précédemment concertés. Moi-même, je reviendrai vous rejoindre, je vous ouvre un crédit illimité, il faut à toute force retenir Domenico et cela par tous les moyens. Quels sont ses goûts ? quels sont ses vices ?

Les deux hommes répondirent en même temps :

– La femme, déclara Bébé en clignant de l’œil…

– Le vin, poursuivait le Bedeau en hochant la tête.

Une demi-heure après, Fantômas trinquait avec Domenico. Le sinistre bandit avait prié José Farina de lui apporter son meilleur Xérès et l’aubergiste ne s’était pas fait faute d’aller choisir aux fins fonds de la cave les bouteilles qui coûtaient le plus cher.

À cette première bouteille en avait succédé une autre et Fantômas, généreux ce soir-là, commandait toujours du meilleur.

Domenico buvait, s’enivrait toujours plus. Mais l’honnête gardien de phare ne démordait point pour cela de son idée. Il lui restait une demi-heure, au bout de laquelle il partirait, rejoindrait son poste.

En vain le Bedeau, Bébé et même Fantômas s’évertuaient-ils à lui persuader que son collègue désirait prendre encore cette semaine de garde, en vain rappelaient-ils à Domenico que quelques heures auparavant encore, il était d’accord sur ce point, Domenico ne se souvenait plus de rien et voulait à toute force partir à l’heure dite pour aller au phare. Le moyen de l’en empêcher ? On ne pouvait matériellement pas lui interdire de gagner son poste. Fantômas et ses complices savaient que s’ils avaient voulu s’emparer de Domenico, il y avait dans la salle des buveurs, appartenant à la marine, au service du port, qui auraient protesté, qui auraient prêté main-forte à Domenico. Rien à faire non plus contre lui dans la rue, l’auberge de José Farina était à trois pas de l’embarcadère où Domenico devait trouver des hommes pour le conduire en barque jusqu’au phare. Il ne restait donc qu’un seul moyen : c’était de faire boire Domenico, jusqu’à ce qu’il fût ivre, complètement ivre, incapable de penser et encore moins d’agir. On buvait donc et furieusement.

Soudain, la porte du cabaret s’ouvrit, livrant passage à une personne dont l’arrivée déterminait un long murmure d’admiration :

C’était une superbe fille, une Espagnole assurément, qui portait une sorte de costume national tenant à la fois du navarrais et du castillan. Elle était toute jeune, très brune, elle portait au bras un grand panier de fleurs et tenait entre les dents, par la tige, une grosse rose rouge, aux pétales veloutés. Elle s’approcha des buveurs :

Instinctivement, elle était allée droit à Fantômas et, avec un gracieux sourire, lui demandait :

– Des fleurs, pour votre bonne amie.

– Hélas, grommela le bandit, je n’en ai point.

– Cela viendra, fit la bouquetière en clignant de l’œil.

Elle avait un regard hardi, narquois, presque téméraire, qui plaisait au bandit.

– Cela viendra, surtout, poursuivit-il galamment, si je rencontre souvent sur mon chemin des jolies filles comme toi. Je t’achète tout ton panier.

– Merci, señor, fit la bouquetière en éclatant de rire.

Le bandit l’attira auprès de lui.

– Que fais-tu ?

L’Espagnole fixait Fantômas de ses grands yeux sombres.

– Tout ce qu’il vous plaira, dit-elle.

– Et tu t’appelles ?

La jolie fille se pencha sur lui et murmura doucement, non sans une pointe de vanité dans son accent :

– Mon nom ? personne ne le sait, mais on me surnomme ici la Recuerda.

– Pas mal, fit Fantômas, cela ressemble à Recuerda, qui veut dire, si je ne me trompe « souviens-toi ! » et cela à la manière de « prends garde. »

– On m’oublie rarement, señor, répliqua la jolie fille, lorsqu’on m’a connue.

– Je songerai à toi et j’y songerai avec mon cœur, fit-il, si tu me rends un service.

– De quoi s’agit-il ? demanda l’Espagnole…

Fantômas désignant Domenico, expliqua :

– Il importe que pendant toute cette nuit tu empêches cet homme de sortir d’ici. Il faut le retenir, non point par force, mais par la douceur, montre-toi aimable avec lui et je serai généreux.

Fantômas mit une pièce d’or dans la main brune de l’Espagnole dont le regard s’illumina de joie.

– Il sera fait comme tu désires, noble seigneur, murmura-t-elle.

Cependant, Domenico semblait de plus en plus décidé à partir pour le phare.

Heureusement, il était aussi de plus en plus ivre et, s’il parvint à se lever avec l’intention de sortir de l’auberge de José Farina, il se trouvait toujours une chaise ou un escabeau pour le recevoir et cela était heureux, car, à chaque pas qu’il faisait, il chancelait et serait tombé par terre sans cet appui.

Une fois cependant, Domenico parvint à se rapprocher de la porte, mais, dès lors, surgissait devant lui la gracieuse Espagnole.

La troublante fille s’était saisie d’un tambourin et devant le gardien de phare, instinctivement attiré par la silhouette séduisante de l’Espagnole, celle-ci, esquissait les premiers pas d’une danse populaire. Ses yeux cherchèrent le regard vitreux du gardien ivre. Les bras potelés de l’Espagnole se nouèrent autour du torse puissant de Domenico :

– Avec moi, murmura-t-elle, danse avec moi.

Le gardien de phare cherchait à se dégager, mais, autour de lui tout tournait, il avait le vertige, il éprouvait le besoin de s’appuyer sur quelque chose, de perpétuellement se retenir à quelqu’un. Or, c’était le corps souple de l’Espagnole qui désormais, sans cesse, se trouvait là pour lui servir d’appui.

Un vague musicien, auquel on avait fait signe et qui dormait à moitié sur une table, avait pris sa guitare et accompagnait des accents de son instrument la chanson vibrante que commençait à interpréter la Recuerda, cependant que tous les buveurs, assemblés autour d’elle, reprenaient le refrain en chœur en frappant dans leurs mains. Une fête joyeuse s’amorçait, nul n’avait plus l’intention de s’en aller, bien au contraire, c’était à qui resterait.

Décidément, la Recuerda remplissait à merveille son rôle, seule femme au milieu de tous ces hommes, elle savait faire la conquête de tous, sans cependant cesser de s’occuper plus particulièrement de Domenico, ainsi que le lui avait recommandé le généreux señor.

Celui-ci cependant avait disparu depuis longtemps et, avec lui s’étaient éclipsés Bébé et le Bedeau. Les trois complices, évidemment, avaient à faire, puisqu’ils s’étaient résignés à laisser Domenico sous la seule garde de cette jeune Espagnole.

À l’aube, cependant, la fête diminuait d’intensité, on était quelque peu essoufflé. Beaucoup dormaient sur les tables, plus encore étaient allongés dessous. Domenico s’arracha à son assoupissement. Cette fois, rien ne pouvait le retenir, il poussait des cris sauvages, il voulait à toute force aller au phare rejoindre son poste, il se désespérait à l’idée que son collègue était parti depuis la veille et que le phare, toute la nuît, était resté sans gardien.

Il se précipita sur le seuil de la maison et, se haussant sur une borne, il parvient à voir à l’horizon la mer qui se profilait au lointain.

Mais soudain, Domenico poussa un cri de joie délirante :

– Ils avaient raison, hurla-t-il, et c’est moi qui me trompais, Matteo, mon collègue, est bien resté au phare et me remplace réellement puisque je vois les feux qui tournent autour de leurs fenêtres.

Et, en effet, des grands faisceaux lumineux, des pinceaux de lumière pale passaient régulièrement au-dessus de la tête de Domenico qui, désormais rassuré, rentrait dans l’auberge.

– Encore à boire, criait-il d’une voix que l’ivresse rendait pâteuse.

Puis il appela la Recuerda :

– Viens ici, la belle, t’asseoir sur mes genoux.

Mais l’Espagnole éclata de rire, fit un pied de nez à l’ivrogne ;

– Tu plaisantes, cria-t-elle, Domenico, j’ai dansé devant toi, tout à l’heure, parce que l’on m’avait payée pour cela, mais ma mission est terminée et je ne m’assois pas sur les genoux de ceux que je n’aime pas. Adieu, ganache.

La Recuerda se sauva.

Abasourdi, Domenico demeurait dans l’auberge, désormais vide et silencieuse.

Domenico s’étendit sur le sol, commença à dormir. Était-il seul ?

Non.

Au moment où les premiers ronflements du gardien du phare assuraient qu’il avait perdu conscience de ce qui se passait autour de lui, un des hommes étendus sur les banquettes se releva doucement. Il vint considérer de près Domenico, puis gagna la porte, cependant qu’il grommelait tout bas :

– Que signifie toute cette histoire ? Pourquoi Fantômas paye-t-il maintenant des danseuses pour empêcher des fonctionnaires de l’État de rejoindre leur poste et pourquoi a-t-il fait conduire par Bébé, lady Beltham au phare qui commande l’entrée de l’Adour ?

L’homme qui se posait cette question était un chemineau à la barbe rousse, toute embroussaillée : c’était Bouzille.

21 – L’AMATEUR

– Venez, nous avons à causer.

Dans le poste de police de Biarritz, Juve avait pris par le bras Timoléon Fargeaux qui n’avait nullement pensé à résister, tant il était surpris, atterré aussi, par la nouvelle que le policier venait de lui communiquer.

Que Martial Altarès fût mort, certes, ce n’était pas pour le mari de Delphine Fargeaux un chagrin bien cuisant. Il n’adorait pas son beau-frère, tout au contraire, et son décès n’était pour lui qu’un événement à peu près insignifiant. Mais ce qui terrifiait Timoléon Fargeaux, c’est que le jeune spahi eût été assassiné et assassiné à l’aide d’un boulet de canon, dont précisément on venait de lui rendre un morceau.

Les aventures se succédaient pour le gros homme avec une telle rapidité, que, n’ayant point l’esprit très délié, il s’y perdait. Tout s’embrouillait dans sa pensée, tout se confondait. Il avait encore le sentiment très net de la peur, mais sa peur devenait instinctive et il eût été incapable de préciser s’il avait peur pour lui ou s’il avait seulement peur de ce qui était déjà arrivé. Juve, de son côté, n’était pas moins troublé.

Au sortir de l’égout, le policier s’était précipité au poste avec la pensée bien nette de faire arrêter Timoléon Fargeaux, qui devait être coupable. Or, au poste, Timoléon y était mais bien volontairement, pour porter plainte, tout comme eût fait le plus honnête homme.

– Pourtant, songeait Juve, tandis qu’il entraînait le négociant, je ne puis pas m’y tromper, que diable. Il y a dans tout cela des coïncidences qui deviennent des charges terribles. Cet homme doit savoir comment est mort son beau-frère.

Juve, déjà, ne pensait plus : cet homme doit avoir fait tuer son beau-frère.

Le policier qui, par l’exhibition de sa carte d’inspecteur de la Sûreté, avait suffisamment stupéfié les gardiens de l’ordre de Biarritz pour que ceux-ci, dans leur propre poste, n’aient élevé aucune protestation au moment où Juve arrêtait en quelque sorte un plaignant, se hâtaient d’appeler une voiture et d’y faire monter Timoléon Fargeaux.

– Conduisez-nous à la gare, ordonna Juve au cocher.

Le policier se jeta à l’intérieur du coupé, il ne souffla mot jusqu’à la gare. Il prit deux billets à destination du château de Garros. Le hasard favorisait Juve. Dans le train où il montait quelques instants plus tard en compagnie de son prisonnier, le policier découvrit un compartiment vide. Il s’y installa, naturellement, avec Timoléon Fargeaux, et tout de suite, Juve commença à « cuisiner » le gros homme :

– Monsieur Fargeaux, il est inutile de vouloir ruser plus longtemps avec moi. Que savez-vous de la mort de votre beau-frère ?

– Mais je n’en sais absolument rien. Vous venez de me l’apprendre.

– Alors, pourquoi avez-vous payé vingt-cinq mille francs l’éclat d’obus que vous tenez encore ?

– Mais ce n’est pas cela que j’ai payé vingt-cinq mille francs. On devait me rendre les papiers volés, à l’ Impérial Hôtel.

– Allons donc ! S’il s’était agi des papiers volés, vous auriez prévenu la police, qui eût sans doute fait arrêter le maître chanteur.

– Ou qui l’aurait manqué. Non, j’aimais mieux payer et rentrer en possession de mes documents. En tout cas, je vous assure, Monsieur, que je ne m’attendais nullement à ce que l’on me remît un éclat d’obus.

Tout cela était si parfaitement vraisemblable que Juve était presque tenté de le tenir pour vrai.

Il était parfaitement possible, en effet, que Timoléon Fargeaux fût venu au rendez-vous qu’on lui avait donné par lettre, dans l’espoir de rentrer en possession de ses documents disparus.

Rien n’empêchait que le maître chanteur, l’homme qui s’était enfui devant Juve, eût, au contraire, dans le but d’égarer les soupçons de la police, remis au malheureux négociant, non pas ses papiers, mais l’éclat d’obus dont Juve s’était emparé et qu’il avait, en ses lieu et place, offert à Timoléon Fargeaux…

Mais, si cette explication était plausible, elle était étrange, et Juve, depuis longtemps, tenait pour certain qu’il importait de se méfier toujours, en tout cas, des explications présentant une apparence de vraisemblance, mais des détails extraordinaires.

Après quelques instants de réflexion, le policier, qui venait d’avoir une de ces petites quintes de toux qui trahissaient chez lui de profondes perplexités, rompit à nouveau le silence :

– Monsieur Fargeaux, commençait Juve, je ne vous crois pas. Je ne vous crois pas du tout, et même… je suis persuadé que vous êtes pour quelque chose dans la mort de votre beau-frère. Et, par conséquent.

– Vous n’allez pourtant pas m’arrêter, j’espère bien ?

– Hum, répondit Juve, je ne vais pas vous arrêter. Mais je vais faire mieux, Monsieur Fargeaux, je vous ramène à Garros, chez vous, nous y serons dans quelques instants, vous vous y installerez tranquillement et moi, je m’y installerai avec vous. Dame je ne vous dis pas que je vous arrête, mais pourtant, je vous préviens que s’il vous prenait fantaisie de vouloir vous en aller sans me prévenir, j’ai dans ma poche un excellent petit revolver qui se chargerait de vous immobiliser.

– Mais, Monsieur…

– Non, je vous en prie, écoutez-moi. Je ne sais pas, Monsieur Fargeaux, si vous êtes coupable ou non. Mais il y a quelque chose que je sais, c’est que, si vous êtes coupable, vous avez forcément des complices. Bien. Ceci admis, je raisonne de la façon suivante : si vous avez des complices, il y a grande chance pour que ceux-ci veuillent venir vous rendre visite. Comme je serai à côté de vous, près de vous, je serai témoin de leurs démarches et, de cette façon, j’apprendrai, j’espère, des choses intéressantes. Si, au contraire, vous êtes complètement innocent, personne ne viendra vous voir et, par conséquent, dans quelques jours, force me sera bien de renoncer à vous surveiller. Voyez-vous, Monsieur Fargeaux, je vais vous transformer tout bonnement par ce procédé, en une sorte d’appât. Le château de Garros sera le piège où j’espère prendre les criminels, et vous, vous serez chargé de leur donner envie d’y pénétrer.

Timoléon Fargeaux comprenait peut-être le plan habile auquel Juve se ralliait, mais, évidemment, il n’en admettait pas l’utilité.

– Monsieur, déclarait le gros homme, vous resterez tant que vous voudrez chez moi, vous me surveillerez d’aussi près que bon vous semblera, mais je vous assure que ce sera complètement superflu. Je ne suis pour rien dans ce qui arrive, et la preuve en est que je suis doublement victime des événements. J’ai perdu d’abord des documents qui me sont précieux et ensuite j’ai payé vingt-cinq mille francs un morceau d’obus qui me fait traiter d’assassin.

– Allons, ne vous plaignez pas trop, Monsieur Fargeaux, vos vingt-cinq mille francs ne sont pas perdus, les voici, je vous les rends.

Juve, en effet, tira de sa poche l’enveloppe qu’il avait reçue quelques heures avant, des mains de Timoléon. Or, le gros homme était peut-être plus surpris encore de cette restitution qu’il n’avait été chagrin de la perte de son argent :

– Mais, mon Dieu, c’est à devenir fou. Comment avez-vous cette enveloppe ? C’était donc vous qui étiez dans l’égout ?

– C’était moi.

– Alors, c’est vous qui m’écriviez les lettres ?

– Non, ce n’était pas moi.

Timoléon Fargeaux se tut, il n’essayait plus de comprendre, il s’abandonnait à la Destinée.

***

Deux jours plus tard, Juve était toujours au château de Garros, occupé à surveiller Timoléon Fargeaux. Rien d’anormal ne s’était passé et, dans le grand château inhabité, car Delphine était repartie pour Dax pour assister à l’enterrement de son frère, Juve et le brave châtelain inséparables s’ennuyaient de compagnie.

De temps à autre, Timoléon Fargeaux, à qui pesait fort la surveillance de Juve, demandait au policier :

– Vous voyez qu’il n’arrive rien. Que personne ne vient me voir, quand reconnaîtrez-vous que vous vous trompez ?

Juve, à ces moments-là, se contentait de prendre une cigarette, dont il tirait d’énormes bouffées.

– Je ne sais pas, je ne sais pas. Attendons, Monsieur Fargeaux, attendons.

Et il parlait d’autre chose.

Aussi bien, l’extraordinaire gardiennage auquel Juve se condamnait ne comportait aucune formalité vexante pour Timoléon Fargeaux.

Vis à vis des domestiques, Juve était tout bonnement un ami intime du maître de la maison. Il avait spécialement recommandé à Timoléon, en effet, de ne jamais l’appeler d’un titre quelconque qui pût faire deviner qu’il était agent de la Sûreté.

Timoléon Fargeaux, d’autre part, ne tenait nullement à ce que l’on sût, dans le voisinage, qu’il était astreint à une surveillance de police. Un accord s’était donc fait entre les deux hommes et Juve et Fargeaux semblaient toujours s’entretenir sur le ton d’une franche cordialité. Une chose pourtant devait paraître surprenante aux domestiques : c’est ainsi, par exemple, que Fargeaux couchait bien dans sa chambre, mais que Juve y couchait aussi, derrière un large paravent qu’il avait fait aménager dans un coin de la pièce et qui lui permettait, sans être vu, de voir continuellement ce que faisait le châtelain.

– S’il vous vient une visite, avait, en outre, spécifié Juve à maintes reprises, il est bien entendu, n’est-ce pas, que vous la ferez introduire dans votre chambre, et que j’assisterai à l’entretien en me plaçant derrière le paravent.

– C’est parfaitement entendu, répondait chaque fois Timoléon Fargeaux, je n’ai de secret pour personne, par conséquent, je ne vois aucun inconvénient à vous accorder ce que vous me demandez.

Mais personne ne se présenta, rigoureusement personne. Il y avait déjà cinq jours pourtant que Martial Altarès était mort. Delphine Fargeaux restée chez sa mère annonçait cependant son retour prochain.

Or, un beau soir, tandis que Juve, impatienté par l’inaction à laquelle il semblait voué et, de plus, fort inquiet de n’avoir toujours aucune nouvelle de Fandor, se demandait s’il ne faisait pas fausse route, un garde venait prévenir Timoléon Fargeaux qu’un paysan désirait lui parler… Le négociant semblait fort surpris.

– Un paysan ? répétait-il, qui donc ? Un de mes métayers ?

– Non, Monsieur, ripostait le garde, un gros, gros homme que je ne connais pas.

Déjà Juve, très intéressé, souriait vaguement…

– Faites-le monter dans ma chambre, ordonna Timoléon Fargeaux, avec un soupir résigné, je ne sais pas du tout qui ce peut être.

Cinq minutes plus tard, l’homme que Timoléon Fargeaux disait ne point connaître faisait son apparition dans la chambre du propriétaire de Garros, cependant que Juve, dissimulé derrière le paravent, s’apprêtait à ne point perdre un mot de l’entretien qui allait avoir lieu devant lui.

Le paysan que l’on introduisait méritait véritablement qu’on le considérât comme gros. La longue blouse bleue qu’il portait à l’habitude des métayers landais ballonnait littéralement autour de son corps. Il semblait que le malheureux fût véritablement difforme, tellement il était obèse, tellement il apparaissait extraordinairement épais. C’était un homme jeune pourtant. Son béret basque à la main, il saluait avec une certaine aisance Timoléon Fargeaux :

– Monsieur, commençait-il, je viens vous voir rapport à un cauchemar que j’ai eu cette nuit. Vous êtes bien, je pense, Monsieur Timoléon Fargeaux ?

– Oui, c’est bien moi, répliquait le propriétaire de Garros, que me voulez-vous ?

– Je vous l’ai dit, je viens vous voir, rapport à un cauchemar que j’ai eu cette nuit.

– Comment vous appelez-vous, mon ami ?

– Oh ! mon nom ne ferait rien à l’affaire : Nicolas, pour vous servir.

– Eh bien, Nicolas, je suis pressé, dites-moi rapidement et clairement pourquoi vous venez me déranger ?

Le paysan, têtu, obstiné, répétait encore :

– C’est rapport à un cauchemar que j’ai eu et pour une prédiction que je veux vous faire.

Mais déjà Timoléon Fargeaux s’impatientait :

– Je n’aime pas les plaisanteries, commençait-il, si vous avez quelque chose à me dire, dites-le-moi tout de suite, et ne me tenez pas d’incohérents propos.

Or, derrière son paravent, brusquement, Juve se sentait pris d’une rage froide.

– Mais, nom de Dieu, se déclarait le policier, est-ce que, par hasard, je ne suis pas en train de me faire rouler comme un enfant ? est-ce que Timoléon Fargeaux et ce paysan ne se payent pas ma tête de la plus belle façon ?

Le policier, en effet, venait d’avoir la pensée qu’il était fort possible qu’en réalité, en échangeant des propos insignifiants, le paysan et son hôte puissent se dire des choses beaucoup plus intéressantes.

– S’ils ont un mot d’ordre, songeait Juve, s’ils usent d’un langage secret, ils vont échanger devant moi, qui n’y comprendrai rien, la conversation la plus intéressante qui soit. Crédibisèque, comment sortir de la ?

Timoléon Fargeaux, pourtant, debout au milieu de la pièce, à côté du paysan, donnait des signes d’impatience.

– Voyons, répétait-il, qu’est-ce que c’est que cette histoire de cauchemar et de prédiction ? Je ne crois pas aux cauchemars et je vous trouve un beau toupet d’être venu me déranger pour me conter des balivernes.

– Des balivernes ? pensait Juve, qu’est-ce que ça peut vouloir dire pour eux ce mot-là ?

Le paysan, pourtant, quelle que fût l’impatience que lui manifestait Timoléon Fargeaux, ne semblait nullement se troubler. Il insista en souriant :

– Vous fâchez pas, Monsieur, vous allez voir comme ça, tout à l’heure, que c’est beaucoup plus cocasse que vous ne croyez. Et vous ne regretterez pas de m’avoir entendu. Ah ! au fait, je m’en vas vous en donner une preuve. Quelle heure est-il ?

Instinctivement, Timoléon Fargeaux considéra sa montre :

– Il est trois heures vingt-cinq.

– Exactement ?

– Oui, trois heures vingt-six, pourquoi ?

Le paysan se mit à rire d’un rire stupide.

– Mon bon Monsieur, déclarait-il, je m’en vas, illico, vous prouver que les rêves c’est des choses bien bizarres. Tenez, asseyez-vous là-dessus…

En disant ces mots, le gros paysan disposait une chaise devant la fenêtre, et de la main, invitait Timoléon à y prendre place. Or, Fargeaux, furieux, ne semblait nullement décidé à obéir.

– Qu’est-ce que c’est que cette comédie ? dit-il, vous allez m’expliquer tout de suite…

Mais, sans s’en apercevoir, Timoléon Fargeaux avait reculé tout contre le paravent derrière lequel Juve, stupéfait, écoutait les propos échangés.

Juve souffla :

– Faites ce que l’on vous dit de faire.

En même temps, le paysan, obstinément, répétait :

– Asseyez-vous sur cette chaise et dépêchez-vous, mon bon monsieur, je m’en vas tout de suite vous donner une preuve de l’intérêt de ce que je viens vous dire. Allons, là.


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